Égalités / Sports

Beach volley: messieurs, faites comme les joueuses, déshabillez-vous!

Temps de lecture : 5 min

Depuis 2012, les joueuses de beach-volley ne sont plus obligées de porter le bikini. Les hommes, eux, doivent toujours jouer en maillot et en t-shirt. Serait-ce judicieux de lutter pour qu’ils puissent tomber le haut?

Les équipes américaines de beach-volley au JO 2016. LEON NEAL / AFP
Les équipes américaines de beach-volley au JO 2016. LEON NEAL / AFP

Au premier jour du tournoi olympique de beach-volley, le 6 août dernier, il faisait 32 degrés sur la plage mythique de Copacabana, à Rio. Malgré la chaleur étouffante, les beach-volleyeurs portaient ce jour-là un short jusqu’en haut du genou et un t-shirt. Cette règle, c’est celle de la fédération internationale, qui a pourtant, dans la même discipline, imposé aux femmes, pendant plus d’une décennie, le port du bikini. Pour la Canadienne Melissa Humana-Paredes, qui représente la nouvelle génération du beach-volley, il est donc maintenant «injuste» que les hommes doivent rester aussi couverts.

Aux Jeux olympiques de Londres, en 2012, pour la première fois depuis 1996, année où le beach volley était devenu sport olympique, le (télé)spectateur pouvait voir les Américaines et les Britanniques servir en t-shirt moulant. Une tenue plus adaptée aux 13°C de la capitale britannique pendant la compétition. Quelques mois plus tôt, la Fédération internationale de volley (FIVB) avait assoupli ses règles vestimentaires pour le «beach». Le maillot de bain est devenu facultatif pour les joueuses, qui peuvent depuis batailler en tenues à manches longues et pantalon. Une petite révolution, car cela faisait treize ans que les beach-volleyeuses évoluaient en deux-pièces sur le sable.

L’illustration la plus récente, et la plus marquante, de cet assouplissement des règles est ce cliché, devenu viral, pris par la photographe de Reuters Lucy Nicholson: d’un côté du filet, la joueuse allemande Kira Walkenhorst, en bikini; de l’autre, son adversaire égyptienne Doaa El-Ghobashy, en pantalon et en t-shirt à manches longues et la tête couverte d’un voile.

«Le t-shirt et le short par quarante degrés, ce n’est pas très commode»

Si cet exemple symbolise l'ouverture du beach-volley, le bikini n'a pourtant pas été banni par les joueuses elles-mêmes. Lors des Jeux panaméricains de 2015 à Toronto, Melissa Humana-Paredes expliquait que même s'il n’était plus obligatoire, elle continuait de le porter parce qu’il est «pratique» et que «le t-shirt et le short par quarante degrés, ce n’est pas très commode». Si le maillot une-pièce est également autorisé, il est peu choisi par les beach-volleyeuses. L’Américaine Jen Kessy préfère aussi le bikini au short, «pas confortable car le sable s’encastre dans les poches». Comme elle, d’autres Américaines ayant grandi en Californie, berceau du beach-volley, défendent le bikini. «J’ai grandi sur la plage et donc en bikini», argumente sa compatriote Misty May-Treanor, triple championne olympique depuis Athènes.

Ces déclarations confirment la position de la fédération pendant toutes ces années. En 2008, lorsqu’on demandait à l’instance d’expliquer pourquoi elle ne rendait pas le bikini facultatif, la FIVB répondait que «si [les joueuses] n'aimaient pas la tenue, [la fédération aurait] reçu des tonnes de plaintes, mais ce n'est pas le cas».

La vérité est que pendant longtemps, les beach-volleyeuses ont souffert d’un manque de visibilité par rapport à leurs homologues masculins. Les tenues étaient une façon de vendre le beach-volley aux chaînes de télé et aux sponsors. Au «beach», les premières compétitions féminines ont eu lieu en 1993, soit sept ans après les hommes. En 1999, trois ans après que le beach-volley soit passé sport olympique, la FIVB instaure une standardisation des tenues justifiée par une volonté de rendre la discipline bankable. «Nous devons donner au volley-ball une chance de survivre, argumentait en 1998 Ruben Acosta, alors président de la fédération. Les sports qui n’auront pas les faveurs de la télévision disparaîtront.» Si la réticence est forte chez les fédérations au départ, les joueuses se plient aux exigences, évitant ainsi les amendes. Peut-être ont-elles alors saisi que le deux-pièces pouvait rameuter les (télé)spectateurs devant leur canapé.

Traitement médiatique sexiste

Car les médias ont vite compris que le bikini des volleyeuses attirait l’audience, ce qui se ressent dans la différence de traitement entre femmes et hommes. Aujourd’hui encore, il suffit de taper «beach-volley» sur Google pour compter par dizaines les photos de postérieurs de beach-volleyeuses en action. «Ce qui est intéressant, c’est de regarder un match féminin, de voir comment il est filmé, et de comparer avec un match masculin, décrypte Fabienne Broucaret, journaliste spécialisée en sport féminin et auteur de deux livres, dont Le sport, dernier bastion du sexisme. Pour les hommes, on évoque le match et la question de la tenue ne se pose pas. Pour les femmes, on va avoir des gros plans sur les fesses et sur la poitrine.»

Lors des Jeux d’Athènes, en 2004, la chercheuse américaine en journalisme Kimberly Bissell a analysé les angles de caméra pendant la compétition féminine de beach-volley. Il ressortait de cette étude que 20% des images étaient centrées sur les poitrines des joueuses et 17% cadraient la zone des fesses. Partant du fait que le postérieur des volleyeuses attirait plus les caméras que les actions de jeu, Metro US s’était amusé à publier en 2012 un diaporama de photos de sports olympiques, où on voyait les fesses d’un lutteur, d’un nageur ou encore d’un basketteur. Une façon explicite de rendre ridicule cette sexualisation du beach-volley.

Le traitement médiatique de la photo de Lucy Nicholson lors du match Egypte-Allemagne montre qu’il y a encore des obstacles à franchir. Beaucoup de médias ont traité la photo via le contraste culturel qu’elle représente et ont omis deux informations sportives primordiales. Le score, d'une part: «Peu de sites indiquent le résultat du match, relève Fabienne Broucaret. La performance sportive est passée au second plan.» D’autre part, il s’agit de la première participation d’une équipe de beach-volleyeuses égyptiennes aux Jeux olympiques, et cet élément, bien qu’historique, a parfois été occulté.

«Que la tenue devienne un non-sujet»

C’est pour arriver à des premières de ce type que la FIVB a rendu le bikini facultatif. «Nous voulons ouvrir le volley-ball à d’autres cultures, justifiait en 2012 la fédération, via son porte-parole Richard Baker. Certains pays ont des exigences culturelles et religieuses donc l’uniforme doit être plus flexible.» En 2006 et 2007, lors de compétitions en Asie, certains pays s’étaient opposés au port du maillot de bain. Lors des Jeux asiatiques à Doha, en 2006, seize nations musulmanes avaient ainsi concouru mais seul l’Iran avait envoyé une équipe féminine, les soeurs Lisa et Lida Agasi, de confession chrétienne. Les autres s'étaient contentées du tableau masculin.

Alors, pourquoi la FIVB n’a t-elle pas aussi assoupli les règles pour les joueurs dans le sens inverse, en les autorisant à se déshabiller? A Rio, d’après le règlement du tournoi olympique, ceux-ci doivent jouer en t-shirt sans manches et en short, et ne peuvent donc pas choisir de jouer torse nu et/ou en maillot de bain. Mais en 2012, juste avant les Jeux, cette différence hommes-femmes n’avait pas l’air de déranger Phil Dalhausser, médaillé d’or à Pékin en 2008. «Elles sont plus belles que nous de toute façon», répondait le joueur américain face à la presse. Son coéquipier Todd Rogers avait renchéri en expliquant que «contrairement aux femmes, les hommes sont guidés par leur vision» et que «voir le "paquet" d'un homme, ce n'est pas comparable». Mais April Ross, vice-championne olympique, avait estimé qu’il fallait que les hommes laissent tomber leur haut. «On demande tout le temps que les hommes jouent torse nu. Ils ont des beaux corps, eux aussi. Ils ne devraient pas jouer avec des t-shirts. Donnez-leur des shorts et laissez les jouer torse nu.»

Faut-il en venir à autoriser les hommes à tomber le maillot pour que l’image sexiste du beach-volley disparaisse ou pour que le traitement médiatique soit plus équitable? Selon Fabienne Broucaret, ce serait contre-productif. «En fin de compte, on ne ferait que tomber dans le même travers que pour les femmes. On déplacerait juste sur les hommes la question de l’hypersexualisation du sportif», qui est le vrai problème. Selon la journaliste, il y a néanmoins un message important véhiculé par la photo de Lucy Nicholson. Désormais, les beach-volleyeuses ne sont plus obligées de porter le bikini. «Maintenant, elles ont le choix. C’est un premier pas pour que la tenue devienne un non-sujet.»

Assia Hamdi Journaliste indépendante spécialisée en sport

Newsletters

Un site de rencontre sans photos pour la communauté queer

Un site de rencontre sans photos pour la communauté queer

Pour se concentrer sur les mots plus que sur le physique.

Quand les actrices cédaient leurs corps et leur vie personnelle aux studios

Quand les actrices cédaient leurs corps et leur vie personnelle aux studios

En devenant une industrie, Hollywood s'est structuré en studios, avec le corps des femmes, actrices malléables à volonté, comme valeur marchande, et avec les avortements forcés, le «slut shaming» ou le chantage comme outils de coercition.

La Maison de la diversité, censée abriter les fans de foot LGBT à Saint-Pétersbourg, n'a finalement pas ouvert

La Maison de la diversité, censée abriter les fans de foot LGBT à Saint-Pétersbourg, n'a finalement pas ouvert

Cette maison se voulait être un lieu sûr où les supporters issus de la communauté LGBT ou de minorités ethniques puissent regarder les matches de la Coupe du Monde.

Newsletters