Monde

Hillary Clinton tente de séduire les électeurs mormons

Claire Levenson, mis à jour le 12.08.2016 à 9 h 49

Très conservatrice, la communauté mormone déteste Donald Trump et son adversaire y voit une opportunité de remporter l'Utah, un État qui n'a pas voté démocrate depuis cinquante ans.

Le temple mormon de Salt Lake City. GEORGE FREY / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Le temple mormon de Salt Lake City. GEORGE FREY / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

L'Etat de l'Utah, qui est à 60% mormon, n'a pas voté pour un candidat démocrate à la présidentielle depuis Lyndon Johnson en 1964. Mais cette année, ses habitants détestent tellement Donald Trump que l'équipe d'Hillary Clinton fait des efforts pour séduire ces électeurs, une initiative rare de la part d'un candidat démocrate. 

La stratégie de Clinton est de dire que Trump, avec sa dangereuse rhétorique anti-musulmans et anti-immigrés, est potentiellement dangereux pour une minorité religieuse comme les mormons, qui ont longtemps été persécutés aux Etats-Unis. Le 10 août, l'ancienne Première dame a publié un éditorial dans le journal Deseret News, une publication de l'Eglise mormone, intitulé: «Ce que j'ai en commun avec les dirigeants de l'Utah: la liberté religieuse et la Constitution». 

Des sondages plus serrés que prévu

La candidate démocrate, qui se présente comme une défenseure des minorités religieuses, rappelle que de nombreux mormons avaient critiqué le projet de Trump d'interdire les musulmans du territoire américain. En décembre, peu après l'annonce controversée de Trump, le gouverneur républicain de l'Utah, Gary Herbert, avait en effet rappelé sur sa page Facebook qu'en 1879, le gouvernement américain avait de même tenté d'interdire les mormons du territoire. 

Ce parallèle entre musulmans et mormons a été fait à plusieurs reprises en Utah ces derniers mois, au détriment de Trump. Egalement en décembre, le représentant républicain Jason Chaffetz s'était rendu dans une mosquée locale pour condamner les propos du milliardaire new-yorkais. 

Lors des primaires républicaines, en mars dernier, Trump était arrivé troisième (avec 14%) derrière Ted Cruz (69%) et John Kasich (17%). Il demeure malgré tout difficile pour une démocrate comme Clinton de remporter un tel Etat, qui désigne six grands électeurs au sein du collège électoral. Selon un récent sondage, Clinton est à 25% contre 37% pour Trump, avec 16% pour Gary Johnson, le candidat libertarien. Ceci dit, d'autres sondages étaient plus serrés entre les deux candidats, avec certains donnant une avance de seulement trois points pour Trump dans cet État que Mitt Romney, lui-même mormon, avait remporté avec 48 points d'avance en 2012, et John McCain avec 28 points d'avance en 2008. De plus, l'arrivée dans la campagne du conservateur anti-Trump Evan McMullin, qui est mormon, pourrait encore diviser le vote républicain et rendre possible une victoire de Clinton.

Lors d'un événement de campagne en Floride le 11 août, Trump avait avoué que l'Utah ne lui semblait pas acquis: «Nous avons de gros problèmes en Utah, avait-il déclaré. L'Utah, c'est différent.» Le fait que l'ancien président Bill Clinton fasse actuellement campagne dans l'Etat est en soi une nouvelle impressionnante. Par le passé, les démocrates n'auraient même pas songé à faire ce genre d'efforts tant l'Utah est normalement acquis aux républicains.

«Une minorité religieuse qu'on a voulu exterminer»

Au-delà de l'angle de la persécution religieuse, le discours anti-immigrés, et particulièrement anti-mexicains, de Trump déplaît fortement à la communauté mormone. Comme le rappelle dans Slate.com Max Perry Mueller, qui est auteur d'un livre sur les mormons, il y a désormais 1,4 million de membres de l'Eglise mormone au Mexique, ce qui en fait le pays avec la plus grande population mormone après les Etats-Unis.

En règle générale, les élus mormons, quoique conservateurs, sont également plus progressistes que leurs collègues républicains en matière d'immigration. Le gouverneur de l'Etat s'est montré particulièrement accueillant envers les réfugiés syriens, et les élus de l'Etat s'opposent aux expulsions de sans-papiers qui n'ont pas de casier judiciaire. Une approche aux antipodes du discours de Trump, qui n'hésite pas à faire des sans-papiers des boucs émissaires.

De plus, pour une communauté de missionnaires comme les mormons, qui passent plusieurs années de leur jeunesse à l'étranger, l'image des Etats-Unis à l'international est une question importante, et certains s'inquiètent de l'impact négatif que Trump pourrait avoir dans ce domaine.

Enfin, si les mormons n'aiment pas Trump, c'est aussi tout simplement une question de style personnel. Le côté vulgaire et tape à l'oeil, les multiples divorces, les épouses mannequins, tout cela va à l'encontre des valeurs mormones, qui encouragent l'humilité, la mesure et la modestie. Cette incompatibilité culturelle avait été résumée en mars par Mitt Romney, lui-même mormon, lorsqu'il avait dénoncé, à propos de Trump «la brutalité, l'avidité, la vantardise, la misogynie et l'absurde comportement digne d'un élève de CE2».

Romney a indiqué qu'il songeait à voter cette année pour le libertarien Gary Johnson. Plusieurs élus de l'Etat avaient décidé de ne pas se rendre à la convention de Cleveland en juillet, et le sénateur de l'Utah Mike Lee, proche du Tea Party, avait déclaré en juin à propos de l'intolérance de Trump:

«Il est très impopulaire dans mon Etat, en partie parce que mon Etat est habité par une communauté qui est membre d'une minorité religieuse, une communauté que le gouverneur du Missouri voulait exterminer en 1838... et les remarques [de Trump] l'inquiète.»

Claire Levenson
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Journaliste
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