Allemagne

Des artistes allemands partent en guerre contre les cadenas d'amour

Temps de lecture : 2 min

Ils dénoncent une forme de «street-art réactionnaire» et de «terrorisme esthétique».

L'Eiserner Steg à Francfort | Schermannski via Flickr CC License by
L'Eiserner Steg à Francfort | Schermannski via Flickr CC License by

On inscrit dessus ses initiales et clic, on ferme le cadenas et on jette la clef à l'eau. Depuis plusieurs années, les cadenas d'amour encombrent les ponts des villes de la planète. La marie de Paris en sait quelque chose. Elle a fait retirer en 2015 les milliers de cadenas qui s'amoncelaient sur les rambardes du pont des Arts, laissés par des couples de touristes espérant ainsi s'offrir l'amour éternel, au point que l'ouvrage menaçait d'aller rejoindre la rivière de petites clefs tapie au fond de la Seine, comme nous vous le rapportions sur Slate.

À Francfort, l'élégant Eiserner Steg, une passerelle métallique qui enjambe le Main, est lui aussi devenu la proie des couples romantiques. Mais un collectif d'artistes nommé Frankfurter Hauptschule a décidé d'en débarrasser la ville. Pas pour éviter que le pont ne s'écroule, comme cela a déjà été le cas durant la Seconde Guerre mondiale, mais pour s'attaquer à ce qu'ils appellent du «terrorisme esthétique», une «insulte artistique» ou encore «du street-art réactionnaire».

De leur point de vue, ces cadenas sont tout sauf romantiques, comme l'explique à l'hebdomadaire Der Spiegel une des membres du collectif, qui a préféré garder l'anonymat :

«Nous sommes contre cette symbolique de l'amour comme une prison. Nous ne voyons pas un signe d'affection dans ces cadenas. Nous trouvons répugnant que ces cadenas soient accrochés en masse sur les ponts européens, et qu'il est nécessaire de s'y opposer. Ce sont des ceintures de chasteté modernes, il n'est pas question d'amour mais de possession.»

Les artistes francfortois projettent donc de récupérer cette semaine les cadenas qui s'entassent sur l'Eiserner Steg, puis de les faire fondre de manière à créer une sculpture de métal à partir de ces innombrables promesses de longs fleuves tranquilles, qui sera ensuite exposée du 18 août au 3 septembre dans une galerie de la ville, con[SPACE], explique le quotidien Journal Frankfurt.

Performance participative

Pour y arriver, le collectif ne prévoit pas d'aller scier les cadenas sur le pont. Il compte sur le soutien des habitants qui ont eux-mêmes accroché un cadenas sur le pont et qui se sont malgré cela séparés de celle ou de celui à qui ils avaient juré fidélité, explique la porte-parole:

«Nous souhaitons que les habitants de cette ville réfléchissent à ce qui reste de leurs relations et aux symboles. En échange, nous compensons les peines de cœur en argent liquide –nous payons un euro pour chaque cadenas qui sera retiré.»

Reste à voir si les amoureux déçus répondront à l'appel et quels moyens ils seront prêts à mettre en œuvre pour récupérer un cadenas dont ils ont sans doute oublié l'emplacement exact, qui risque fort d'avoir été recouvert entre temps par une nouvelle couche géologique de cadenas, et dont ils n'ont de toute façon plus la clef... pour aller ensuite le déposer à la galerie cette semaine, «entre 13 heures et 15 heures».

D'autant plus qu'un autre projet du collectif a déjà fait pschittt par le passé: en novembre 2015, rappelle le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, la Frankfurter Hauptschule avait fait parler d'elle après avoir annoncé la tenue d'une performance durant laquelle une artiste devait s'injecter de l'héroïne dans le bras face au public, pour protester contre la gentrification du quartier de la gare de Francfort et l'éviction des junkies zonant dans les environs. L'affaire avait fait les choux gras de la presse locale, la galerie qui devait accueillir l'événement s'était ravisée et avait annulé la soirée, et ladite performance avait finalement eu lieu dehors, sous la pluie, devant quelques curieux, et s'était résumée à un simulacre de piqûre. Bonne chance.

Slate.fr

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