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Au-delà du selfie souriant, pas facile d'être une Nord-Coréenne aux JO

Repéré par Emeline Amétis, mis à jour le 11.08.2016 à 14 h 58

Repéré sur BBC, Washington Post

Les participants sont étroitement surveillés et la pression sur les résultats est forte.

La photo des deux gymnastes sud et nord-coréennes a fait le tour du monde. (Capture d'écran d'un tweet de Ian Bremmer)

La photo des deux gymnastes sud et nord-coréennes a fait le tour du monde. (Capture d'écran d'un tweet de Ian Bremmer)

Il s’agit sans doute déjà d'un des selfies marquants de l’année 2016. À l’image, deux gymnastes concourant aux Jeux olympiques de Rio, originaires de la même région du globe. Pourtant, tout les sépare: l’une, Lee Eun-ju, représente la Corée du Sud; l’autre, Hong Un-jong, porte les couleurs de l’un des régimes les plus autoritaires du monde, la Corée du Nord. «C’est à ça que servent les Jeux olympiques», s’est aussitôt réjoui l’analyste politique Ian Bremmer sur Twitter: à réunir deux nations ennemies historiques.

La Corée du Nord est réputée pour être un «royaume ermite», note le Washington Post: un pays dont les citoyens ont très peu, voire pas du tout, de contact avec le monde extérieur. On pourrait donc croire que poser avec une athlète sud-coréenne n’est pas l’idée la plus judicieuse pour la nord-coréenne, qui pourrait être jugée «coupable» de «fraternisation avec l'ennemi».

La gymnaste nord-coréenne avait déjà serré dans ses bras une athlète américaine en 2014. (AFP/KAZUHIRO NOGI)

Craindre cela, ce serait pourtant oublier qu’elle avait déjà serré dans ses bras la gymnaste américaine Simone Biles en 2014, à l’occasion d’une compétition internationale, rappelle le site de la BBC:

«Vous pensiez peut-être qu’en embrassant une athlète originaire d’un pays qualifié d’"ennemi juré", Hong Un-jong aurait encouru la censure et l’interdiction de participer aux Jeux olympiques de Rio. Mais ce n’est pas arrivé.»

Pressions et étroite surveillance

S’ils sont plus libres que ce que les Occidentaux présument, les athlètes de la délégation nord-coréenne sont tout de même étroitement surveillés. Ce qui expliquerait pourquoi aucun d’eux n’a tenté de fuir ou de demander l’asile depuis la première participation du pays aux Jeux olympiques en 1972, contrairement à des sportifs erythréens, par exemple

«Il est possible que l’absence de cas de désertions soit due à un contrôle strict des forces de l’ordre nord-coréennes et à de potentielles menaces de punitions pour les membres des familles restés sur place», suppose le Washington Post.

Pas de tourisme, ni de cadeaux pour eux non plus: selon Radio Free Asia, les responsables nord-coréens ont refusé de donner aux membres de leur délégation les Samsung Galaxy S7 offerts à l’ensemble des athlètes. L'agence Yonhap notait d'ailleurs que contrairement à la plupart des athlètes des autres délégations, les Nord-Coréens ne portaient pas d'appareils photo ou de caméras pendant la cérémonie d'ouverture.

La pression sur les résultats est forte: si, en 2014, la Corée du nord avait remporté quatre médailles d’or, dont les lauréats avaient été reçus en héros à Pyongyang, le dictateur Kim Jong-un attend de la part des sportifs au moins cinq médailles d’or cette année selon le Washington Post, un objectif plus ambitieux que celui fixé par les instances sportives.

«Je ne suis pas un héros en Corée du Nord, parce que je n’ai pas décroché l’or», a admis l’haltérophile Om Yen-chul après avoir reçu sa médaille d’argent.

«Il paraît clair que les Nord-Coréens ont véritablement un désir de rendre leur pays fier», estime le Washington Post. D’autant plus que les heureux médaillés d’or reçoivent des récompenses considérables de l’Etat, comme un meilleur logement à Pyongyang, par exemple.

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