Faux Cul
Pas d'illusions sur la droite; on prêtait aux gens de gauche - ah, fallait-il qu'on soit candide! - le courage de la franchise et l'amour de la liberté
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On doit cette justice à Frédéric Mitterrand qu'il n'a jamais caché ses penchants. De la chronique Ca s'est passé comme ça, qu'il assurait sur Pink TV, à des références codées dans ses émissions plus grand public —à l'axiome de Baudelaire sur les femmes intelligentes, par exemple—il ne cessait d'affirmer d'autres goûts que celui du beau sexe.
Que Marine Le Pen ait retrouvé la tartufferie des trémolos bien-pensants du Gringoire d'avant-guerre, celui qui calomniait Roger Salengro avant de sombrer dans la Collaboration, ne peut étonner. Que les pères et les mères-la-pudeur de la Droite de papa lui aient emboîté le pas relève de l'ordre du monde. Réactionnaires authentiques ou faux culs par profession, ils se devaient de hurler avec les loups pour ne pas décevoir la pruderie de leur électorat. Ils étaient dans leur rôle. On sait pourtant, après quarante ans d'observation de la Chose publique, que nombre de ces hommes et de ces femmes, d'apparence rangés, ne mènent pas à la Ville des existences de nature à leur attirer des prix de vertu et des sièges aux jurys des rosières. Vers 1900, déjà, Clovis Hugues ne manquait pas de raisons de riposter par son «Vous préférez les cochineries!» à un ténor modéré qui critiquait à la Chambre les «ibsénités» du Nord.
On a été surpris, par contre, que se soit ouvert, en fanfare, le grand bal des faux culs de gauche. On n'avait jamais pensé qu'il pouvait se trouver de ce bord-là autant de Basile. On y voyait, comme à Droite, toutes sortes de défauts, de travers, voire de perversions, outre des vies privées loin des normes. On prêtait du moins aux gens de gauche - ah, fallait-il qu'on soit candide! - le courage de la franchise et l'amour de la liberté, y compris la liberté des mœurs. Ne les avait-on pas entendus tonner à tout instant contre l'homophobie, et s'indigner lorsque François Bayrou (mention spéciale pour l'emploi nouveau du mot problématique) reprochait à Daniel Cohn-Bendit «l'ignominie» d'un texte imprudent sur la sexualité de l'enfance? Las, de Benoît Hamon à Arnaud Montebourg, en passant par Martine Aubry et Manuel Valls, les faux culs se sont précipités pour le reniement ou le coup de pied de l'âne au ministre de la Culture. «Tous les braves gens s'y sont mis» raillait le Jacques Prévert de La chasse à l'enfant.Conclusion: les faux culs et les démagogues s'avèrent aussi nombreux à Gauche qu'à Droite. Ça fait du monde!
N'importe quel faux cul, d'ailleurs, aurait, sans le lire, pardonné à Frédéric Mitterrand un essai sur Astolphe de Custine, une bio de Marcel Proust ou un hommage à Oscar Wilde. Il n'a eu que le tort d'emprunter avant son maroquin la voie de la sincérité et de l'aveu, non sans quelque complaisance pour le glauque et le sordide, disons-le. Les faux culs l'ont pris au piège de son égorrhée. L'auteur, qui ne craint pas de se citer lui-même, avait forgé ce substantif pour un manuscrit encore en quête d'éditeur, «1089 Mots qui n'existent pas». En voici la définition, tout à fait fantaisiste, illustrée par la citation, apocryphe, d'un critique de renom:
Courant littéraire qui voit l'auteur (e) parler sans frein (-rrhée) de lui (d'elle) -même (ego). Variante de l'auto-fiction, l'égorrhée a pris de l'ampleur depuis 1990. D'abord illustrée par des plumes masculines, l'égorrhée paraît devenue l'apanage, ou presque, des écrivaines.
«On espérait qu'avec «Moi et Papa», Christine Lafille, grande prêtresse de l'égorrhée, nous donnerait un livre méchant. Elle n'a commis qu'un méchant livre» - Pierre Assouline.
Ajoutons-y le commentaire qu'un Albert Simonin aurait mis dans la bouche d'un vieux sage: «Quand tu tartines un bouquin, mec, donne-la-toi sévère avant de débagouler. Vu que, de nos jours, les scripta manent à tout va et que les condés, ou tes bons potes, ils se gratteront pas pour te les fourrer sous le pif comme qui rigole si tu as le malheur de dérober»1.
SOS! Tous aux abris, vite! Les faux culs sont sortis du bois!
Marc Menonville
1.Traduction: Lorsque vous écrirez un livre, cher ami, veillez à peser chacun de vos mots. Car, aujourd'hui comme hier, scripta manent, si bien que les policiers, ou vos soi-disant amis, ne manqueraient pas de les retenir à votre encontre dans le cas où vous commettriez une erreur malencontreuse.
Image de une: Image de Une: Benoît Hamon et Manuel Valls Robert Pratta/ REUTERS
Mis à jour le 27/10/2009 à 10h55











































[Vers 1900, déjà, Clovis Hugues ne manquait pas de raisons de riposter par son «Vous préférez les cochineries!» à un ténor modéré qui critiquait à la Chambre les «ibsénités» du Nord.]
Petite demande de renseignement: d'où tenez-vous cette citation?
Merci d'avance.
Si l'auteur de ce billet a réalisé que le fait d'être un faux cul n'avait rien à voir avec une identité politique, c'est déjà ça de gagné. Il n'y a pas si longtemps que ça, le PCF ne rigolait pas avec la morale sexuelle, même si un homme comme Brejnev par exemple avait une solide réputation. On pourrait dire la même chose de la Chine de Mao, et du comportement de Mao lui-même. :~)
Mais bon, ça n'est pas vraiment la question soulevée implicitement par ce billet, mais plutôt qu'est-ce qu'un faux cul ?
Lorsque dans un premier temps, Frédéric Mitterrand et Bernard Kouchner ont dénoncé un procureur américain qui s'acharnait 30 ans après sur Polanski pour "une affaire de moeurs", pouvait on faire plus faux cul ? C'est certain, comme l'a montré la suite, que s'ils avaient désigné cette "affaire de moeurs" pour ce qu'elle était, la sodomisation d'une jeune fille de 13 ans non consentante après lui avoir fait boire de l'alcool et avaler un tranquillisant, leur indignation aurait supposé un travail d'explication beaucoup plus important. Mais le moins que l'on puisse dire, c'est que le "courage de la franchise" était aux abonnés absents.
Ensuite l'amalgame homophobie et homosexualité n'a été à ma connaissance pratiquée que par Marine Le Pen.
Alors soit l'auteur est faux cul lui-même, pédophile et amateur de tourisme sexuel, mais plutôt que de défendre une opinion qu'il pense minoritaire préfère faire un amalgame entre les propos de Benoît Hamon et ceux de Marine le Pen pour disqualifier Benoit Hamon sans avoir à se justifier sur le fond du discours, soit il considère que toute critique contre Frédéric Mitterand, parce qu'il est connu pour son homosexualité, serait une critique de l'homosexualité et à ce titre insupportable. Ce n'est pas être faux cul dans ce dernier cas, mais être stupide.
Si maintenant être faux cul, c'est dénoncer la pédophilie ou le tourisme sexuel alors que que nombre de ces hommes et de ces femmes, d'apparence rangés, ne mènent pas à la Ville des existences de nature à leur attirer des prix de vertu et des sièges aux jurys des rosières., alors il faut qu'il s'explique sur les contradictions qui existent selon lui entre la vie réelle de "ces hommes et femmes" et leur discours publique. On ne peut pas faire plus faux cul que de sous entendre, sans les désigner nommément que "les hommes et les femmes d'apparence rangés" qui ont participé au débat sont pédophiles et/ou adeptes du tourisme sexuel. Si ce qu'il leur reproche, ce sont des pratiques sexuels contraire au discours de l'église catholique, il est faux cul parce que hors sujet.
La comparaison avec François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit me semble particulièrement éclairante sur ce qui a pu être reproché à F. Mitterrand. Bayrou a sorti cet argument, totalement hors contexte, et alors que cela s'inscrivait dans une époque et des engagements bien éloignés dans le temps au regard de la carrière menée depuis par Cohn-Bendit.
S'indigner de ce que l'on demande aujourd'hui à Monsieur Mitterrand, fraichement nommé Ministre de la Culture par un gouvernement qui entend lutter contre le tourisme sexuel, ce qu'il pense du sujet alors que 5 ans plus tôt il a écrit dans une biographie qu'il éprouvait dégoût et fascination pour ces pratiques sexuels, me semble plutôt faux cul.