Culture

Faux Cul

Marc Ménonville, mis à jour le 27.10.2009 à 10 h 55

Pas d'illusions sur la droite; on prêtait aux gens de gauche - ah, fallait-il qu'on soit candide! - le courage de la franchise et l'amour de la liberté

On doit cette justice à Frédéric Mitterrand qu'il n'a jamais caché ses penchants. De la chronique Ca s'est passé comme ça, qu'il assurait sur Pink TV, à des références codées dans ses émissions plus grand public —à l'axiome de Baudelaire sur les femmes intelligentes, par exemple—il ne cessait d'affirmer d'autres goûts que celui du beau sexe.

Que Marine Le Pen ait retrouvé la tartufferie des trémolos bien-pensants du Gringoire d'avant-guerre, celui qui calomniait Roger Salengro avant de sombrer dans la Collaboration, ne peut étonner. Que les pères et les mères-la-pudeur de la Droite de papa lui aient emboîté le pas relève de l'ordre du monde. Réactionnaires authentiques ou faux culs par profession, ils se devaient de hurler avec les loups pour ne pas décevoir la pruderie de leur électorat. Ils étaient dans leur rôle. On sait pourtant, après quarante ans d'observation de la Chose publique, que nombre de ces hommes et de ces femmes, d'apparence rangés, ne mènent pas à la Ville des existences de nature à leur attirer des prix de vertu et des sièges aux jurys des rosières. Vers 1900, déjà, Clovis Hugues ne manquait pas de raisons de riposter par son «Vous préférez les cochineries!» à un ténor modéré qui critiquait à la Chambre les «ibsénités» du Nord.

On a été surpris, par contre, que se soit ouvert, en fanfare, le grand bal des faux culs de gauche. On n'avait jamais pensé qu'il pouvait se trouver de ce bord-là autant de Basile. On y voyait, comme à Droite, toutes sortes de défauts, de travers, voire de perversions, outre des vies privées loin des normes. On prêtait du moins aux gens de gauche - ah, fallait-il qu'on soit candide! - le courage de la franchise et l'amour de la liberté, y compris la liberté des mœurs. Ne les avait-on pas entendus tonner à tout instant contre l'homophobie, et s'indigner lorsque François Bayrou (mention spéciale pour l'emploi nouveau du mot problématique) reprochait à Daniel Cohn-Bendit «l'ignominie» d'un texte imprudent sur la sexualité de l'enfance? Las, de Benoît Hamon à Arnaud Montebourg, en passant par Martine Aubry et Manuel Valls, les faux culs se sont précipités pour le reniement ou le coup de pied de l'âne au ministre de la Culture. «Tous les braves gens s'y sont mis» raillait le Jacques Prévert de La chasse à l'enfant.

Conclusion: les faux culs et les démagogues s'avèrent aussi nombreux à Gauche qu'à Droite. Ça fait du monde!

N'importe quel faux cul, d'ailleurs, aurait, sans le lire, pardonné à Frédéric Mitterrand un essai sur Astolphe de Custine, une bio de Marcel Proust ou un hommage à Oscar Wilde. Il n'a eu que le tort d'emprunter avant son maroquin la voie de la sincérité et de l'aveu, non sans quelque complaisance pour le glauque et le sordide, disons-le. Les faux culs l'ont pris au piège de son égorrhée. L'auteur, qui ne craint pas de se citer lui-même, avait forgé ce substantif pour un manuscrit encore en quête d'éditeur, «1089 Mots qui n'existent pas». En voici la définition, tout à fait fantaisiste, illustrée par la citation, apocryphe, d'un critique de renom:

Courant littéraire qui voit l'auteur (e) parler sans frein (-rrhée) de lui (d'elle) -même (ego). Variante de l'auto-fiction, l'égorrhée a pris de l'ampleur depuis 1990. D'abord illustrée par des plumes masculines, l'égorrhée paraît devenue l'apanage, ou presque, des écrivaines.

«On espérait qu'avec «Moi et Papa», Christine Lafille, grande prêtresse de l'égorrhée, nous donnerait un livre méchant. Elle n'a commis qu'un méchant livre» - Pierre Assouline.

Ajoutons-y le commentaire qu'un Albert Simonin aurait mis dans la bouche d'un vieux sage: «Quand tu tartines un bouquin, mec, donne-la-toi sévère avant de débagouler. Vu que, de nos jours, les scripta manent à tout va et que les condés, ou tes bons potes, ils se gratteront pas pour te les fourrer sous le pif comme qui rigole si tu as le malheur de dérober»1.

SOS! Tous aux abris, vite! Les faux culs sont sortis du bois!

Marc Menonville

1.Traduction: Lorsque vous écrirez un livre, cher ami, veillez à peser chacun de vos mots. Car, aujourd'hui comme hier, scripta manent, si bien que les policiers, ou vos soi-disant amis, ne manqueraient pas de les retenir à votre encontre dans le cas où vous commettriez une erreur malencontreuse.

Image de une: Image de Une: Benoît Hamon et Manuel Valls Robert Pratta/ REUTERS

Marc Ménonville
Marc Ménonville (25 articles)
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