Sports

Le dopage n’a pas toujours été le principal ennemi des Jeux olympiques

Temps de lecture : 2 min

Avant les années 1980, l’ennemi des valeurs promues par Pierre de Coubertin était le professionnalisme.

Un drapeau olympique flottant au-dessus de la cérémonie d'ouverture des J.O. de Rio, le 5 août 2016. OLIVIER MORIN / AFP
Un drapeau olympique flottant au-dessus de la cérémonie d'ouverture des J.O. de Rio, le 5 août 2016. OLIVIER MORIN / AFP

Fin juillet, le Comité international olympique annonçait que ce serait aux fédérations de chaque sport présent aux J.O. de choisir les athlètes russes qui pourraient y participer, et ce malgré de forts soupçons de dopage organisé. Au final, 271 des 389 athlètes russes qualifiés peuvent effectivement participer aux épreuves. Cette décision peut paraître très généreuse quand on se penche sur les détails du rapport indépendant de l’Agence mondiale anti-dopage. En effet, sur près d’une centaine de pages, l’auteur de l’enquête explique que l’État russe était responsable d’un incroyable système de dopage sophistiqué pour ses athlètes, les aidant même à couvrir leurs traces.

Aujourd’hui, dénoncer le dopage d’athlètes et les écarter des compétitions est quelque chose de tout à fait naturelle, mais des affaires comme celles-ci nous renvoient à une époque où le dopage était presque toléré. Pour Louisa Thomas du New Yorker, il s'agit d'un rappel que les idéaux de la compétition olympique ont évolué. Si aujourd’hui les cas de dopage sont vus comme une atteinte à la «crédibilité des Jeux olympiques», il a fallu attendre la compétition de Séoul en 1988 pour que cette notion s’impose.

Avant 1988, il fallait lutter contre le professionnalisme

Auparavant, l’amélioration non-naturelle des performances physiques semblait presque normale. En 1904 à Saint Louis, le marathonien Thomas Hicks reçoit en pleine course un petit shoot de strychnine (poison utilisé normalement contre les rongeurs) pour l’aider à se relever et finir la course. Arrivé second, il sera déclaré vainqueur après que l’ont ait découvert que le premier de la course, un autre Américain prénommé Fred Lorz, a utilisé la voiture de son entraîneur pour couvrir plusieurs kilomètres. «On a estimé que Lorz avait triché, pas Hicks», écrit la journaliste du New Yorker. Les exemples de ce type, bien que moins flagrants, vont émailler l’histoire des Jeux pendant de longues décennies. «Dans les années 1950, les patineurs de vitesse prenaient des sulfates d’amphétamines jusqu’à ce qu’ils soient malades. Les cyclistes prenaient des vasodilatateurs; en 1960, l’un d’entre eux est mort après un accident.» La guerre froide entre les Etats-Unis et la Russe a longtemps encouragé la prise de produits dopants, avec le fameux exemple des athlètes féminines soviétiques qui développaient une pilosité faciale et une voix plus grave à cause des stéroïdes. En 1973, un athlète américain déclara même lors d’une enquête du Congrès: «La large majorité des athlètes de piste que je connais aurait fait n’importe quoi pour améliorer leurs performances athlétiques.»

Pendant toutes ces années, estime le New Yorker, l’important n’était pas la lutte contre le dopage, mais contre le professionnalisme. L’amateurisme était vu comme un facteur de pureté indispensable, loin de l’argent et du mercantilisme. «Si un athlète concourait pour un gain matériel, l’esprit sportif était entaché», écrit la journaliste avant de mentionner Jim Thorpe, déchu de ses titres en 1912 parce que le CIO a découvert qu’il avait joué dans des matchs de baseball semi-pros avant la compétition. Des matchs qui lui avaient rapporté une cinquantaine de dollars à peine. En 1988 à Séoul, alors que les télés commencent à se disputer des droits de retransmission à coup de millions de dollars, les athlètes professionnels ont enfin été autorisés à participer. Dès lors, chaque pays veut sa «dream team», avec les meilleurs athlètes. C’est ainsi que les J.O. ont changé d’idéal: «Il ne s’agissait plus d’une question d’âme, mais de la question de la pureté du corps».

Slate.fr

Newsletters

 La LFP est-elle en train de tuer le football français?

La LFP est-elle en train de tuer le football français?

Que ce soit avec des huis-clos partiels ou une future programmation des matchs peu adaptée à ses supporters, la LFP prive par moment le football français d’un autre élément de spectacle: celui des tribunes. Comment l’expliquer?

Ce qu'il faut avoir en tête quand vous choisissez les activités extra-scolaires de vos enfants

Ce qu'il faut avoir en tête quand vous choisissez les activités extra-scolaires de vos enfants

Foot, natation, danse ou musique?

Supporter le Toulouse Football Club, ce drôle de sacerdoce

Supporter le Toulouse Football Club, ce drôle de sacerdoce

Alors que le club occitan joue son maintien en Ligue 1, un dernier carré de supporters tente de résister aux résultats décevants.

Newsletters