Monde

L'incroyable parcours du fils d'un martyr d'al-Qaïda qui avait fini par rejoindre Daech

Repéré par Camille Malnory, mis à jour le 05.08.2016 à 17 h 59

Repéré sur The Washington Post

Mohammed al-Masri est aujourd'hui repenti.

Des soutiens à Oussama Ben Laden, au Pakistan, en 2012 Banaras Khan

Des soutiens à Oussama Ben Laden, au Pakistan, en 2012 Banaras Khan

L’histoire de Mohammed al-Masri est plutôt unique en son genre. Fils de Abu Khabab al-Masri, un chimiste égyptien ayant collaboré à des attaques d’al-Qaïda, il symbolise à lui tout seul, le conflit entre l’organisation de Ben Laden et l’Etat islamique: il fait partie des rares personnes à avoir été membre des deux organisations, rapporte le Washington Post.

Né en Jordanie et émigré au Pakistan, Mohammed al-Masri a passé son adolescence dans des camps d’entraînements d'al-Qaïda en Afghanistan, où il accompagnait son père. De cette époque, il garde le souvenir d’un «camp de vacances». À partir du milieu des années 1990, et l’installation de Ben Laden sur le sol afghan, Mohammed al-Masri ne le reverra plus.

Arrêté en 2000 en Égypte, à cause de son lien de filiation, il passera huit ans en prison tandis qu’al-Qaïda étend son influence sur le monde. À la suite du 11-Septembre, son père devient une cible «de grande valeur» pour les États-Unis: une récompense de cinq millions de dollars est lancée pour des informations sur ses activités. Il est finalement abattu par un drône de la CIA. Martyr respecté dans le milieu des djihadistes, son nom va suivre son fils toute sa vie.

Recrue pas comme les autres

Lorsque la Syrie entre en guerre civile en 2011, Mohammed al-Masri rejoint le combat contre Bachar al-Assad et fait rapidement ses armes, auréolé par le nom de son père et son expérience des camps afghans. La montée en puissance de l’État islamique, à partir de 2012, va changer la donne. Dès lors, Al-Masri va lutter entre sa loyauté envers al-Qaïda et ce nouveau califat qu’il juge trop violent envers les musulmans, notamment en Irak et en Syrie. Il finit pourtant pas le rejoindre, entraîné par un de ses amis.

«Mon père était un grand nom et signifiait beaucoup de choses parmi les mudjahiddines [les combattants contre l’envahisseur soviétique en Afghanistan des années 1980-90, ndlr]. L’État islamique essaye de tirer à lui le manteau d’al-Qaïeda. Ils voulaient m’utiliser comme trophée», précise Mohammed al-Masri.

Si al-Masri va suivre les ordres de Daech et accepter les armes et le salaire qui va avec, il va éviter coûte que coûte d’aller au front pour combattre Jahbat al-Nusra, la branche syrienne d’al-Qaïda et ennemie jurée de ses nouveaux frères ou de tourner des vidéos de propagandes pour dénoncer l’organisation de son père. Rattrapé après une première fuite vers la Turquie, il est alors considéré comme un traître et enfermé, avant d’être exfiltré par un réseau de dissidents loyal à al-Qaïda, au sein même de Daech.

Amertume

Aujourd’hui, al-Masri donne des interview pour expliquer son parcours et continue de dire qu’il «aide le peuple syrien à se libérer», sans expliquer comment. Contrairement à son célèbre père, il n’est pas recherché par les États-Unis, même si, d’après le Washington Post, il est plus que probable qu’il ne puisse pas entrer ni sur le territoire américain, ni européen. Il refuse d’être pris en photos ou d’indiquer son lieu de résidence, car il craint une attaque ciblée de ses anciens frères de Daech.

Son rapport à son père est très particulier, entre vénération et amertume. Dans sa bouche, ce dernier n’a jamais «voulu tuer des innocents» mais seulement combattre l’oppresseur. Mais il ne nie pas que ses activités ont joué sur la vie de toute la famille: deux de ses frères ont également été emprisonné à cause de leur nom et un troisième est mort, descendu par un drône de la CIA.

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