Life

Faites l'amour, mais lentement

Laure Watrin, mis à jour le 26.10.2009 à 21 h 37

Le Slow Sex peut même s'apprendre dans des formations spécifiques.

Un petit coup vite fait sous la douche histoire de maintenir la moyenne? Vous êtes tellement dernier siècle les gars! Si vous voulez être dans le coup, justement (et donc potentiellement un bon coup), le truc, aujourd'hui, c'est le Slow Sex. A pratiquer sans hâte et sans modération. Dans sa version décontractée, ça donne: on coupe les portables (parce qu'il paraît qu'une personne sur 5 s'interrompt pour répondre à un texto ou au téléphone quand elle fait l'amour...), on oublie la performance, on est à l'écoute de l'autre et on prend son temps (l'occasion de rappeler une différence majeure entre les hommes et les femmes: ces dernières ont en moyenne besoin de vingt minutes pour atteindre leur pic d'excitation contre dix minutes pour les premiers...). Bref on oublie tout ce que l'industrie du porno et des sex-toys peut véhiculer et on pratique la «décélération érotique» chère à Alberto Vitale, l'homme à qui l'on doit l'expression «Slow Sex», utilisée pour la première fois en 2002 en Italie.

Un séminaire spécial Slow Sex

Dans sa version «gourou», le Slow Sex, ça donne le centre One Taste Urban, une communauté fondée à San Francisco par Nicole Daedone, une «sex diva» qui se présente comme l'une des chefs de file du Slow Sex. Le credo de One Taste: prendre son temps pour prendre son pied. Enfin surtout pour que la femme prenne son pied car le plaisir féminin est au coeur des préoccupations de la quarantaine de personnes qui vit ici à demeure et pratique intensément le yoga et la méditation pour parvenir à ce noble but. Acmé de leur apprentissage: la «pratique matinale». Dans le New York Times, qui n'a pas hésité à envoyer l'une de ses journalistes vérifier de visu (mais non «de tactu») les méthodes du centre, on a ainsi pu découvrir la réalité de cette pratique quotidienne: «A 7 heures du matin, une douzaine de femmes à moitié dénudées s'allongent, yeux clos, dans une salle tendue de rideaux de velours, pendant que des hommes habillés se pressent autour d'elles pour les caresser, dans un rituel connu sous le nom de méditation orgasmique «Oming». Les couples, qui ne sont pas forcément amoureux, se définissent sous le terme de partenaires de recherche»... L'idée, une fois son diplôme de Slow Sex Coach en poche (car il y a un diplôme... à ne pas forcément mettre sur son CV ), c'est d'aller prêcher le sexe tantrique à l'extérieur. Si ça vous tente, la prochaine formation démarre le 15 janvier (mieux vaut ne rien avoir à faire d'urgent, ça dure un an).

Le Slow Sex à la pointe du Slow Mouvement

S'il peut sembler croustillant et anecdotique, le Slow Sex est en réalité l'une des nombreuses manifestations d'un phénomène plus large: le Slow Movement, ou l'éloge de la lenteur. Vous avez sans doute déjà entendu parler du Slow Food, fondé en 1986 par un sociologue italien (l'Italie étant manifestement le berceau de la lenteur épicurienne) en réaction aux fast-foods et autres chantres de la malbouffe et de la standardisation des goûts, qui compte aujourd'hui plus de 82 000 membres (dont 2000 en France) et qui milite pour le «manger bon, propre et juste» en privilégiant les traditions régionales culinaires et les produits locaux et de saison.

Le Slow Food a lancé le mouvement. Mais connaissez-vous le Slow Travel ? Le Slow Parenting ? La Slow Fashion ? Le Slow Design ? Là, vous vous dites, le doigt sur la souris de votre ordinateur, en râlant parce que votre connection Internet ne charge pas assez vite la page, «ok, c'est bien, mais est-ce que tout cela ne relève pas finalement du bon sens?» Sans doute... Privilégier la qualité, laisser le temps aux enfants de rêver, de jouer, et tout simplement de s'ennuyer, pour mieux se construire, décider qu'on n'a pas besoin d'un énième t-shirt capsule Uniqlo ou d'un énième petit haut Zara... le Slow Movement revient à faire du neuf avec du vieux et à donner des conseils de bon sens. Et alors ? Dans nos sociétés modernes essoufflées, droguées à l'activité et à la vitesse, c'est finalement plus difficile à faire qu'on ne veut bien se l'avouer. En nous forçant à revisiter nos modes de vie, en particulier nos modes de consommation, la crise économique a donné un second souffle à l'Eloge de la lenteur, le best-seller de Carl Honoré, le journaliste canadien qui a théorisé le «Slow» il y a cinq ans.

Bientôt la Slow Politique?

Ca commence à se traduire dans certains discours politiques, chez les Ecologistes depuis longtemps bien sûr, chez les adeptes de la décroissance, mais aussi d'une façon plus récente par exemple quand Martine Aubry déclare «Nous devons inventer le post-matérialisme». Et même, mais là je vous l'accorde je vais le chercher loin, quand Jean Sarkozy renonce à briguer la tête de l'Epad, ne peut-on pas y voir une philosophie (pour une fois) aux antipodes de celle de son hyperprésident de père ? Une philosphie que l'on pourrait résumer par le fameux proverbe chinois: «Ne vous inquiétez pas d'avancer lentement ; inquiétez-vous seulement si vous êtes arrêté.»

Laure Watrin

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Image de une: body part par Violet Carson via Flickr

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Laure Watrin (7 articles)
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