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Pollution automobile: la Mairie de Paris entre esbroufe et démagogie

Eric Leser, mis à jour le 07.08.2016 à 9 h 45

Anne Hidalgo est partie en croisade contre la circulation automobile au nom du combat légitime contre la pollution de l’air. Le problème, c’est que les mesures discriminantes et antisociales prises n’ont et n’auront aucun effet. Elles pourraient même exposer les Parisiens a encore plus de particules nocives. Cherchez l’erreur!

Paris, le 18 mars 2015. FRANCK FIFE / AFP

Paris, le 18 mars 2015. FRANCK FIFE / AFP

La Mairie de Paris s’est fait une spécialité depuis plusieurs années d’apporter de mauvaises réponses à de bonnes questions et à de vrais problèmes. Face aux stratégies de communication et aux petits calculs politiques, les faits ont peu d'importance. L’exemple de la pollution de l’air et de la circulation routière est sans doute le plus caricatural. Peu importe l’efficacité des mesures imposées, ce qui compte c’est l’affichage d’une volonté sans faille. Anne Hidalgo s’est lancée dans une croisade. La cause est noble: améliorer la santé des parisiens et l’ennemi désigné est l’automobile. La voiture, c’est le mal, le métro, le bus et le vélo sont le bien. Une idéologie simpliste.

La réalité est bien plus compliquée et les mesures prises depuis deux ans et demi sont au mieux sans effet sur la pollution de l’air, voire contreproductives.

Inefficace et contreproductif

Commençons par la dernière décision en date: l’interdiction, depuis le 1er juillet 2016, de circulation en semaine, entre 8 heures et 20 heures, des véhicules immatriculés avant 1997. Et ce n’est qu’un début. Anne Hidalgo entend bannir de ces rues dans quatre ans, en 2020, les véhicules immatriculés avant 2011 et même interdire les voitures à moteur diesel.

Selon différentes associations dont 40 millions d’automobilistes, la mesure entrée en vigueur le 1er juillet concerne 870.000 voitures en Île-de-France. Selon la ville de Paris, 430.000 véhicules sont touchés et elle estime à 4.000 par jour ceux qui seront bannis des rues de la capitale. Si seulement 4.000 véhicules par jour sont concernés, cela affecte un peu moins de 1% du parc automobile qui circule à Paris par jour (600.000 selon la Mairie) et n’a aucun impact autre que symbolique.

La mise en place d'une politique antipollution ne produirait d'effet significatif que si elle concernait un large périmètre

C’est exactement ce que disait Airparif, organisme public qui contrôle la qualité de l’air en région parisienne. Il a publié un rapport il y a quatre ans afin de déterminer si le retrait des véhicules polluants permettait de faire diminuer les teneurs en particules dans l’atmosphère à Paris. Il n’y avait alors d’effet positif constaté que sur le territoire allant jusqu’à l’A86 et à condition d’interdire la circulation de véhicules immatriculés avant 2006.

«Pour être réellement efficace, la mise en place d'une politique antipollution ne produirait d'effet significatif que si elle concernait un large périmètre comprenant Paris et les autres territoires (76 communes) intra-A86», affirme l'étude.

Pire, si la ville de Paris prend seule la décision de restrictions de circulation à l'encontre des véhicules les plus anciens, les spécialistes craignaient alors «un effet de bord» qui reporte le trafic aux limites des zones réglementées avec une conséquence, l'accroissement des bouchons. C'est-à-dire exactement le contraire de ce que l'on annonce: améliorer la santé des Parisiens.

Une analyse faussée de la réalité

Sommé de justifier la mesure, Airparif, estime, selon un rapport récent qui a opportunément fuité, que la mesure pourrait faire baisser de 3% les émissions de particules fines. Il y a tellement de facteurs, notamment atmosphériques, qui entrent en compte, que ce calcul est très douteux. Sans le secours des villes de la première couronne, Paris ne peut pas espérer abaisser les émissions polluantes. Comme le nuage de Tchernobyl s'arrêtant aux frontières, il est tout simplement mensonger d’affirmer qu'une action sur la seule agglomération de Paris puisse avoir des effets sur les niveaux de pollution.

Et il y a un autre problème. Non seulement, la mesure revient à chasser les plus pauvres de Paris, mais elle se trompe de cible! «Une voiture de 1995 parfaitement entretenue et qui a passé le contrôle technique avec succès, et notamment son contrôle anti-pollution, s'avère beaucoup plus propre qu'un véhicule plus récent et mal entretenu», assure le Conseil national des professions de l'automobile (CNPA).

Il en va de même de toutes les mesures de restriction de la circulation automobile prises par la Mairie de Paris comme la baisse de vitesse de 10 kilomètres heure sur Périphérique ramenée de 80 à 70 kilomètres heure ou la circulation alternée en cas de pic de pollution. De la poudre aux yeux.

Airparif toujours, dont les capteurs sont disposés tout au long du périphérique parisien, n'a mesuré, en faisant beaucoup d’efforts, qu'une infime amélioration de la qualité de l'air depuis que la vitesse moyenne a été diminuée de 10 kilomètres/heure. Idem en cas de pic de pollution avec la circulation alternée réclamée par la mairie de Paris (les véhicules à plaque d’immatriculation paire ou impaire sont tour à tour frappés d'une interdiction de circulation). Dans le premier cas, c’est parfaitement logique puisque la vitesse moyenne du périphérique est de 37 km/h. Et dans le deuxième cas, l’explication tient au fait que la pollution de l’air n’est pas majoritairement liée à l’automobile et que par ailleurs les masses d’air circulent sur des centaines de kilomètres.

Remplacer la voiture par les transports en commun expose les Parisiens à autant de particules fines (en bus) et surtout à plus de particules fines en vélo et en RER

Évidemment, la fermeture à la circulation à Paris des voies sur berges n’améliorera pas la circulation et devrait l’aggraver en augmentant les temps de circulation et les bouchons dans la capitale et donc la pollution de l’air. Quant à la multiplication des zones à 30 kilomètres heure dans la capitale, qui devraient représenter 50% de la voirie dans le courant de l’année 2017, cela aura un impact limité sur les accidents (la vitesse moyenne dans la capitale est de 15 kilomètre/heure selon la mairie de Paris) et devrait augmenter la congestion quand la circulation pourrait être fluide.

Tout cela part d’une analyse volontairement faussée de la réalité et des origines de la pollution de l’air à Paris, d’une autophobie idéologique maladive qui tient du mépris social et de la suffisance d’une administration qui pour imposer sa volonté se moque des faits et confond «l’intérêt général» avec une stratégie politique visant à s’attirer les bonnes grâces d’électeurs mal informés ou désinformés.

Chasser les pauvres sans réduire la pollution

Cela ne serait qu’un exemple de plus de démagogie politique, si les conséquences des mesures prises n’étaient aussi néfastes. Socialement, en ostracisant les possesseurs de voitures et notamment les pauvres et leurs «vieilles voitures». Économiquement, en repoussant des activités et des emplois hors de Paris. Et même pour la santé des Parisiens!

Réduire la circulation automobile à Paris et dans les grandes métropoles est évidemment souhaitable et améliorer la qualité de l’air encore plus. Mais il faut un plan réfléchi associant l’ensemble des acteurs politiques et économiques de la région parisienne. Cela nécessite des investissements pour réduire les bouchons et offrir des transports alternatifs et des parkings. La régulation par le stationnement qui libérerait les rues de la capitale des voitures qui les encombrent est une des solutions à étudier tout comme la création de péages urbains qui aurait un effet bien plus sensible que le rejet arbitraire de véhicules selon leur âge. Et il faut mesurer étape par étape l’efficacité du plan. Cela n’a rien à voir avec l’enchaînement de mesures punitives et incohérentes pour donner le sentiment de faire quelque chose.

Car aujourd’hui remplacer la voiture par les transports en commun, expose les Parisiens à autant de particules fines (en bus) et surtout à plus de particules fines en vélo (à cause de l’effort physique) et surtout dans le métro et le RER. Toujours selon les relevés d'Airparif, le métro et le RER sont bien plus dangereux pour nos bronches que les rues! Le réseau souterrain contient en moyenne trois à quatre fois plus de particules fines que le périphérique qui est la zone la plus polluée de la capitale (300 mg/m3 pour les quais du métro et jusqu'à 500 mg/m3 sur les quais du RER, contre 52 mg/m3 aux abords du périphérique).

La même étude révèle aussi que 41% des particules fines en suspension émises par le trafic routier viennent en fait de l'abrasion des pneus, du revêtement routier et des garnitures de freins. Même les voitures électriques, encensées par la mairie de Paris, disposent de pneus et d'un système de freinage et continueront donc de polluer…

Enfin, les polluants de l'air ne sont pas issus majoritairement des pots d'échappement mais de l'industrie et du chauffage domestique. Les pics de pollution à Paris coïncident souvent avec la persistance de phénomènes météorologiques qui rabattent l'air chargé de polluants venu d'Angleterre et du Danemark…

Mais ne vous inquiétez pas braves gens, à l’hôtel de ville de Paris on sait vraiment ce qui est bon pour vous.

Eric Leser
Eric Leser (67 articles)
Journaliste
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