Science & santé

L'homme n'est pas le seul primate à aimer se mettre une petite mine

Repéré par Peggy Sastre, mis à jour le 04.08.2016 à 15 h 20

Repéré sur Royal Society Open Science, New Scientist

Après l'humain et le chimpanzé, le aye-aye et le loris lent viennent grossir la liste des «singes bourrés»

Aye-Aye | Frank Vassen via Flickr CC License by

Aye-Aye | Frank Vassen via Flickr CC License by

On savait les chimpanzés amateurs de vin de palme et autres nectars alcoolisés. Grâce à une étude publiée dans le numéro de juillet de la revue Royal Society Open Science, on sait désormais que cette espèce (en plus de la nôtre) n'est pas la seule à apprécier une petite mine de temps en temps. Le aye-aye (Daubentonia madagascariensis), fascinant lémurien de Madagascar, et le loris lent (Nycticebus coucang), par ailleurs victime de sa mignonnerie virale, sont aujourd'hui à ajouter à la liste des «singes bourrés», pour reprendre le titre du livre de Robert Dudley détaillant les origines évolutives et les bénéfices adaptatifs du goût pour la boisson.

Interrogé par le New Scientist, Dudley précise d'ailleurs qu'il s'agit de «la première étude –menée sur des primates en captivité– à montrer une préférence pour des concentrations élevées d'alcool».

En règle générale, le aye-aye est sobre comme un chameau. Il passe le plus clair de son existence à boulotter des larves de scarabées qu'il attrape à l'aide de son long doigt, objet de bien des superstitions à Madagascar en grande partie responsable de son statut d'espèce en voie d'extinction. Mais quand la saison des pluies arrive, il compense la pénurie d'insectes en consacrant 20% de son temps à siroter le nectar de l'arbre du voyageur, qu'une fermentation naturelle induite par des levures véhiculées par des pollinisateurs peut faire titrer à 5°.

Dans les forêts du Sud-Est asiatique, son habitat naturel, le loris lent est un peu plus soûlard, vu que l'essentiel de son régime alimentaire est constitué du nectar du palmier Eugeissona, pouvant contenir jusqu'à 3,8 % d'alcool.

D'où l'idée de Samuel R. Gochman, Michael B. Brown et Nathaniel J. Dominy, chercheurs en biologie affiliés au Dartmouth College, de donner aux petits primates le choix entre des récipients remplis d'eau du robinet ou d'eau sucrée avec ou sans alcool –entre 0 et 5° pour les aye-aye, entre 0° et 4° pour les loris, histoire de correspondre au degré d'éthanol consommable dans la nature.

Sur une trentaine de tests, les conclusions des chercheurs sont sans appel: les bestioles biberonnent deux fois plus leur coupette quand celle-ci est alcoolisée.

Selon Samuel Gochman, ce penchant pour l'alcool pourrait avantager les primates, car son odeur les aide à mieux localiser des fruits et des fleurs comestibles. Selon Matthew Carrigan, un autre spécialiste de l’alcoolémie chez les primates, le phénomène pourrait aussi avoir des bénéfices diététiques, vu que l'ingestion d'éthanol ralentit le métabolisme et favorise le stockage des graisses. Autant d'hypothèses en accord avec le paradigme du «singe bourré» de Dudley.  

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