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Comment la Croix-Rouge fait parvenir des lettres aux otages

Brian Palmer, mis à jour le 28.10.2009 à 14 h 39

Les parents d'otage partout dans le monde peuvent communiquer avec les captifs grâce à un formulaire.

David Rohde, reporter au New York Times, a écrit un récit en cinq volets rapportant la pénible épreuve qu'il a traversée lorsqu'il était prisonnier des talibans. Dans la troisième partie, publiée lundi, Rohde raconte que lui et les autres otages recevaient des lettres de leurs familles par le biais de la Croix-Rouge Internationale. Comment la Croix-Rouge fait-elle parvenir les lettres aux otages ?

Avec un formulaire de deux pages. Cela fait quatre-vingt-dix ans que le Comité international de la Croix-Rouge remet des messages en mains propres aux otages, prisonniers, soldats et civils vivant dans des zones en guerre à l'aide d'un formulaire officiel (pour en obtenir un, la famille d'un otage peut contacter la société de la Croix-Rouge ou du Croissant Rouge de son pays). Au recto de la première page, les expéditeurs doivent indiquer leurs coordonnées, leurs dates de naissance et le nom entier de leurs parents, pour eux-mêmes comme pour le destinataire. Au verso, ils écrivent un message personnel à la main, pour que l'otage puisse voir qu'il vient bien de sa famille. La page contient 18 lignes, soit assez d'espace pour 300 mots en écrivant tout petit. L'auteur de la missive indique ensuite son lien de parenté avec l'otage en bas de la page, signe et date le formulaire. La deuxième page reste vierge car elle sert de réponse au captif ainsi que d'accusé de réception. Les deux pages sont reliées par des pointillés détachables, pour que l'otage puisse séparer la lettre reçue de la réponse (certains otages sont sortis de captivité avec une pile de premières pages de formulaires de la Croix-Rouge amoureusement conservées). Le formulaire n'est jamais mis sous enveloppe scellée, puisque les ravisseurs liront la lettre, à l'affût de messages idéologiques ou d'indications d'espionnage. Le formulaire spécifie que seules "les nouvelles de caractère familial et/ou personnel" sont autorisées.

La société nationale de la Croix-Rouge transmet le message au Comité international de Genève, qui tente de le transmettre à l'otage en utilisant son réseau. L'organisation a des contacts dans presque tous les mouvements d'insurrection et les groupes terroristes possibles et imaginables, et les communications ont souvent lieu à un très haut niveau. Un haut responsable à Genève peut très bien obtenir un chef taliban au téléphone, par exemple, et convenir d'un itinéraire de livraison du message. S'il est possible de remettre la lettre en personne, c'est le moyen privilégié. À défaut, la Croix-Rouge utilise des intermédiaires. Quand il s'agit de groupes plus petits et récents, l'organisation établit le contact par le biais de l'une de ses sections locales.

Malgré les vastes ressources en communication dont elle dispose, la Croix-Rouge refuse de jouer le rôle de médiateur dans les négociations d'otages, pour ne pas risquer de mettre sa neutralité en jeu. Une fois les termes de la libération convenus, cependant, elle participe aux négociations à trois pour ce qui concerne la logistique de remise des otages. Elle fournit du personnel pour l'échange et obtient la promesse du gouvernement local qu'aucun avion ne survolera la zone pendant l'opération de libération. L'otage doit donner en personne son accord à sa destination finale.

La Croix-Rouge entretient sa réputation de loyauté en organisant des rassemblements avec des groupes rebelles qui peuvent aller de réunions officielles avec les commandants régionaux aux thés avec des insurgés à la petite semaine. L'organisation bénéficie aussi d'un statut spécial selon le droit international humanitaire. Ses membres sont protégés par les Conventions de Genève, et il est illégal d'employer abusivement le célèbre emblème (le gouvernement colombien a récemment violé cette provision en affichant la croix rouge lors d'une opération armée de sauvetage d'otages).

L'Explication remercie Bernard Barrett et Simon Schorno du Comité International de la Croix-Rouge. Merci aussi à Guy Maxtone-Graham de nous avoir posé la question.

Brian Palmer est un auteur free-lance vivant à New York. Vous pouvez lui écrire à [email protected].

Traduit de l'anglais par Bérengère Viennot

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