Tech & internet

En famille aussi, il est important de lutter contre les hoaxes d’internet

Grégor Brandy, mis à jour le 02.08.2016 à 18 h 10

En période estivale, les discussions familiales sont parfois nourries de fausses rumeurs circulant sur le web. Il peut être utile d'apprendre à ses proches à les débusquer.

Secret | Wassim LOUMI via Flickr CC License by

Secret | Wassim LOUMI via Flickr CC License by

Il y a quelques jours, alors que j'étais en vacances, une petite phrase prononcée par quelqu'un de ma famille m'a légèrement agacé, avant que j'essaie de passer à autre chose. Je ne saurais pas dire ce que cela impliquait précisément, mais je me souviens que c'était un sujet que j'avais beaucoup vu passer sur mon fil Twitter quelques jours plus tôt, partagé par quelques journalistes spécialisés qui indiquaient que c'était faux.

En soit, cette personne n'avait pas repartagé l'information sur son fil Facebook, elle l'avait juste vu passer, partagée par un ami dans son flux d'actualité, et assumé que ce qui était affirmé était vrai, sans forcément aller plus loin. Et je comprends qu'elle ne ressente pas le besoin de tout revérifier pour s'assurer de la véracité de ce qu'elle voit passer sous ses yeux. Ce n'est pas son métier, et si un de ses amis partage un article ou une image sur son profil, je comprends qu'elle puisse le prendre pour argent comptant, et ne pas multiplier les recherches pour vérifier la fiabilité de la source, et la véracité du contenu. D'autant que parfois, c'est Facebook qui n'aide pas vraiment ses utilisateurs, même si le réseau social a fait des efforts pour limiter la portée de certaines de ces publications.


Mais (et cela biaise probablement ma façon de voir les choses) mon métier consiste à vérifier ces informations –même s'il m'arrive aussi de me faire avoir–, et je suis connecté une grande partie de la journée, et vois passer des dizaines d'articles qui viennent démontrer que certains propos n'ont jamais été prononcés, que des pages (ou des personnalités politiques par exemple) partagent délibérément des articles truffés d'erreurs... Alors forcément quand je vois quelqu'un propager ces mêmes rumeurs et erreurs, cela m'irrite quelque peu.

Plutôt que de reprocher à cette personne son erreur et de passer à autre chose, j'aurais dû la renvoyer vers quelques sites, expliquer pourquoi on ne peut pas faire confiance à certaines sources et donner quelques conseils pour ne pas se faire avoir. Parce que même si nous sommes entrés dans une ère où la vérité semble être devenue un concept dépassé, nous vivons dans une époque où –assez ironiquement– l'information et le fact-checking n'ont jamais été aussi développés. Chacun peut picorer les articles qu'il veut pour se conforter qu'il a raison (cette simulation du Wall Street Journal sur les flux d'actualité Facebook d'utilisateurs progressistes et conservateurs sur divers sujets montre d'ailleurs bien comment cela se présente), sans jamais se confronter au point de vue adverse, et donc ne pas toujours se fier aux faits.

Quatre types d'erreurs à éviter

Dans le Guardian, David Mikkelson, le fondateur de Snopes.com, un site américain de fact-checking, liste quatre types de publications qui peuvent nous prendre à défaut: les sites satiriques comme l'américain The Onion ou son équivalent français Le Gorafi (voire Football France, pour l'aspect sportif) ou belge NordPresse, que des gens prennent au premier degré, des sites d'informations qui reprennent une information sans la vérifier (comme la fausse mort en héros d'un homme lors de l'attentat de Nice, ou la découverte d'une cité Maya inconnue), les sites qui tordent la vérité, ou les faux sites qui vont jusqu'à inventer leur propres contenus click-bait, dans le but qu'ils soient le plus partagés.

Pour s'assurer de ne pas se faire piéger, on peut essayer plusieurs choses. On peut se rendre sur des sites d'information généraliste (ou spécialisés) fiables qui se consacrent à ce genre d'actualités, comme Le Monde et son équipe de Décodeurs, ou sur Libération qui a une rubrique Désintox, ou encore BuzzFeed qui tient un compte Twitter @Verifie sur les différentes rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux.

Nous prenons une rumeur que nous avons vue plusieurs fois être reprise, pour ne pas servir de caisse de résonnance

Hoaxbuster

D'autres médias n'ont pas forcément de rubrique dédiée mais se chargent régulièrement de débunker une rumeur qu'ils voient passer, ou de corriger des erreurs qui circulent. Dans le doute, un petit passage sur ces sites peut être utile. Et dans le doute sur un sujet très spécifique, dirigez-vous vers les sites spécialisés.

Plus largement, on vous conseille Hoaxbuster, qui a pour mission de «mettre un terme à la propagation des hoax et des rumeurs en circulation sur le web francophone». Alors oui, la tâche est immense. «Entre 10 % et 20 % des messages postés en ligne sont des hoax, quel que soit le vecteur de transmission», estimait Guillaume Brossard, co-fondateur du site dans un article du Monde, en mars 2014. Pour y répondre, le site se base sur des bénévoles:

«Le modèle de Hoaxbuster est unique parmi les sites s'intéressant aux rumeurs. Il est basé sur le participatif; les internautes peuvent contribuer, enrichir. [...] Nous prenons une rumeur que nous avons vue plusieurs fois être reprise, pour ne pas servir de caisse de résonnance. Puis, nous découpons l'information en éléments vérifiables, que nous détaillons un à un.»

Le conspirationnisme et l'anti-conspirationnisme

Dans le même genre, le site Snopes est une petite merveille pour les anglophones, notamment en cette période électorale. D'autant que le site tient autant à démonter les rumeurs qui circulent sur une approbation de la charia par Hillary Clinton, que celles sur Donald Trump qui aurait assuré à la fin des années 1990 qu'il serait en mesure de gagner la primaire républicaine, parce que ces électeurs sont des abrutis.

Pour les cas de conspirationnisme, on vous redirigera plus spécifiquement vers Conspi Hunter, la série documentaire de Spicee qui souhaite déconstruire les thèses complotistes, ou encore sur Conspiracy Watch, l'observatoire du conspirationnisme et des théories du complot.

Et si jamais ces quelques réflexes ne vous permettent pas de trouver la solution à votre problème, on peut toujours faire une recherche Google. Pour retrouver une citation, c'est toujours utile, et on peut également facilement découvrir qu'une image a été sortie de son contexte avant d'être repostée. Pour cela, si vous utilisez le navigateur Chrome, faites un clic droit sur l'image, puis cliquez sur «Rechercher une image avec Google», ou si vous utilisez un autre navigateur téléchargez-là sur votre ordinateur, allez sur Google images, puis cliquez sur l'appareil. Vous pouvez ensuite copier son adresse ou l'importer depuis votre ordinateur.

Si elle a déjà été utilisée par le passé, il est fort probable qu'elle remonte dans les résultats de recherche. Et comme l'indique Le Figaro, si vous souhaitez aller plus loin, et vérifier si une image a été retouchée, vous pouvez utiliser des logiciels comme FotoForensics ou Izitru. Ce sont des efforts personnels à fournir, mais des efforts nécessaires pour ne pas s’enfermer dans la désinformation (ou la réinformation, selon les sites que vous visitez).

(Tout ceci est bien entendu loin d'être exhaustif, et vous pouvez nous partager vos sites préférés sur Facebook et Twitter).

Et dans le doute, ne relayez pas. Mieux vaut se passer de quelques likes et partages plutôt que de participer à la propagation d'une rumeur qui peut parfois devenir désastreuse.

Grégor Brandy
Grégor Brandy (439 articles)
Journaliste
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