Culture

Les gares sont angoissantes et la SNCF a une bonne idée

Temps de lecture : 3 min

Au coeur d'un été secoué par les attentats, la SNCF a installé «Before I die I want to...» une oeuvre d'art collaborative incitant les parisiens à écrire ce qu'ils souhaiteraient faire avant de mourir...

Before I die, le projet participatif un brin anxiogène adopté par la SNCF (photo Agathe Charnet)
Before I die, le projet participatif un brin anxiogène adopté par la SNCF (photo Agathe Charnet)

«Avant de mourir… Je voudrais…»: C'est cette macabre inscription en lettres blanches sur tableau noir qui accueille à présent les voyageurs s’engouffrant dans le hall principal de la Gare de Lyon, à Paris. Entre le marchand de journaux et le panneau lumineux affichant les départs de trains, les parisiens sont invités à «arrêter leur course» et noter à la craie les rêves qu’ils aimeraient voir réalisés avant leur mort.

L’installation collaborative, pour le moment en période de test, a été mise en place la semaine dernière et quelques passants ont déjà apporté leur pierre à l’édifice en témoignant pêle-mêle vouloir «faire un voyage dans l’espace», «voir mes enfants réussir» ou «capturer un Pikachu» avant de connaître leurs derniers instants...

Le projet #BeforeIdie nait à la Nouvelle Orléans en 2011, lorsque Candy Chang, artiste américano-taïwanaise, frappée par le deuil, incite ses voisins à compléter la phrase «Before I die I want to…» sur le mur d’une maison désaffectée. Postées sur Internet, les photos de l’habitation recouverte d’inscriptions connaissent un engouement rapide et le projet a depuis été repris dans près de 2000 villes et 70 pays, de l’Irak à la Chine en passant par l’Afrique du Sud ou Israël.

En 2012, dans un TedTalk, l’artiste expliquait sa démarche:

«On nous décourage souvent de parler ou de penser à la mort mais c’est une chose les plus responsabilisantes que nous puissions faire. Nos espaces communs nous permettent de mieux refléter ce qui nous importe en tant qu’individus comme en tant que communauté».

Memento-mori anxiogène

Sauf qu'en cet été secoué par une nouvelle vague d’attentat, le projet Before I Die prend une résonance des plus funestes. Au sein d’une capitale frappée par deux fois par le terrorisme depuis 2015, ce memento-mori des temps modernes peut sembler, à bien des égards, anxiogène, voire déplacé. D’autant plus que les gares et autres points de transit sont désormais perçus –par les autorités comme dans l’inconscient collectif– comme des zones particulièrement à risque. Les voyageurs ont de plus en plus en tête la possibilité d'un attentat quand ils se déplacent, et les événements récents ne les laissent pas les oublier: le 28 juin dernier à l’aéroport international Atatürk, à Istanbul, un attentat provoquait la mort de 41 eprsonnes; en juillet dernier, une attaque terroriste à la hache dans un train en Bavière faisait quatre blessés graves. En août 2015, une tentative terroriste avortée s'était déroulée dans un Thalys reliant Amsterdam à Paris...

Par ailleurs, les affiches gouvernementales «réagir en cas d’attaque terroristes» placardées dans les espaces publics ou les fréquents appels à la vigilance face «aux colis suspects» n’ont de cesse de rappeler à l’innocent estivant comme au parisien pressé qu’une menace latente le guette. La suspicion est telle qu'en avril dernier, aux abords de la gare de Lyon justement, le client d'une brasserie s'est fait passer pour un kamikaze, faisant boucler la zone durant quelques heures.

Comme «les pianos en accès libre»

Interrogée sur la pertinence d’une telle installation artistique à moins d’un mois de la tuerie de Nice et du meurtre du père Hamel, l’équipe SNCF Gares et Connexions, en charge des événements dans les gares, précise à Slate.fr que Before I Die «n’a pas vocation à faire écho à l’actualité, quelle qu’elle soit» mais demeure «bien consciente que pour certains cela fait inévitablement écho aux émotions que suscite cette actualité».

A côté de l’œuvre participative, une légende compare le projet aux pianos installés dans les gares qui permettent aux mélomanes amateurs de faire passer en musique le temps d'attente entre deux trains:

SNCF Gares et Connexions a retrouvé dans Before I die ce qui a motivé l’installation dans les gares des pianos en accès libre: une capacité à créer du lien, à enrichir le quotidien, et à remettre le partage, l’échange, la beauté et le rêve au centre de la vie.

Sauf que la musique adoucit les mœurs. Penser à la mort un peu moins.

En savoir plus:

Agathe Charnet Journaliste

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