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Comment Los Angeles a sauvé les Jeux olympiques

Temps de lecture : 5 min

Pour la troisième fois de son histoire, après 1932 et 1984, Los Angeles rêve d’accueillir les Jeux olympiques en 2024 en s’appuyant notamment sur le succès retentissant de l’édition d’il y a trente-deux ans.

Carl Lewis en 1984 à Los Angeles I AFP
Carl Lewis en 1984 à Los Angeles I AFP

Cet article est le deuxième volet d'une série en trois parties sur les villes ayant symbolisé emblématiquement les Jeux olympiques avant l'ouverture de ceux de Rio ce vendredi 5 août.

Premier volet: Montréal.

Dans le chaos actuel du mouvement olympique, entre dopage institutionnalisé en Russie et explosion des coûts des Jeux de Rio sur fond de crise économique, le Comité international olympique va devoir tenter de retrouver son souffle. Alors que les prochains Jeux d’été, à Tokyo en 2020, sont dans leur phase préparatoire –avec un budget adressant des premiers signaux d’alerte–, il s’agira déjà au Brésil de penser à ceux de 2024 qui seront inévitablement impactés par le climat actuel.

Les votants, qui trancheront à Lima, le 13 septembre 2017, entre les candidatures de Budapest, Los Angeles, Paris et Rome (si la capitale italienne ne se retire pas de la course en octobre), éliront la ville organisatrice qui leur permettra de garantir à la fois une sécurité maximale et, hypothétiquement, d’infléchir une tendance inflationniste en promettant de maîtriser les dépenses. Les conversations, qui auront lieu en marge des compétitions brésiliennes auprès des délégations des quatre cités requérantes (François Hollande se déplace à Rio pour appuyer Paris), tourneront inévitablement autour de ces sujets.

De ce point de vue, Los Angeles est à ce stade probablement la mieux placée en raison de sa position excentrée, à l’écart des actuelles tensions en Europe, et parce qu’elle a déjà éprouvé des modèles économiques gagnants lors des deux olympiades dont elle a eu la responsabilité en 1932 et 1984.

En 1932, les Jeux de Los Angeles avaient dégagé un surplus d’un million de dollars, mais c’est surtout en 1984, que la mégalopole californienne a fait la différence et s’est véritablement inscrite durablement dans l’histoire des Jeux olympiques. Il y a eu un avant et après Los Angeles 1984 et depuis trente-deux ans, les JO continuent d’être influencés par cette réussite.

Seule ville candidate

À l’époque, les Jeux olympiques n’étaient pas non plus dans une forme flamboyante. Les Jeux de Munich en 1972 avaient été marqués par la tragédie vécue par la délégation israélienne. Ceux de Montréal en 1976 avaient été un fiasco financier et ceux de Moscou en 1980 avaient été la preuve de la division est-ouest du monde en raison du boycott de nombre de pays occidentaux, dont les États-Unis. Ceux de Los Angeles en 1984 n’ont pas échappé à cet environnement glacé des relations internationales avec l’absence de l’URSS et de quelques-uns de ses états satellites, mais malgré ce handicap, ils ont été un succès à tous les niveaux et ont véritablement relancé et transformé la machine olympique.

Ces Jeux, où le sponsoring avait fait une entrée en force, ont dégagé une marge de 232 millions de dollars au regard de son budget

Pour devenir ville olympique une deuxième fois, Los Angeles avait profité de la situation de faiblesse du CIO puisqu’elle s’était retrouvée… seule ville candidate en 1978 lors du choix final. À la différence notable que ses finances étaient alors asséchées, la crise de confiance qui touchait le CIO était pratiquement semblable à celle qu’il endure aujourd’hui et qu’a notamment soulignée la présence de seulement deux villes candidates à l’organisation des Jeux d’hiver de 2022 (Pékin, Almaty): modèle économique contesté, tension est-ouest (revisitée en 2016 par les affaires de dopage), perception plus négative que positive des JO.

Si Juan Antonio Samaranch, élu président du CIO en 1980, a été l’homme qui a réveillé l’institution en la mettant en phase avec le sport professionnel et sa marchandisation mondialisée, il n’a pas été l’inspirateur solitaire de ce redémarrage. Peter Ueberroth, à la tête de l’organisation privée des Jeux de 1984 à compter de 1979, a été l’initiateur et l’accélérateur de ce bouleversement et le modèle que cet homme d’affaires a proposé pour 1984 a été immédiatement capté puis repris à son compte (certains diront vampirisé) par le CIO.

Laisser le contribuable en paix

À l’époque, Ueberroth, aidé du maire de Los Angeles, Tom Bradley, avait imposé ses vues au Comité olympique en s’appuyant sur sa position dominante de seule ville intéressée par les Jeux de 1984: c’était à prendre ou à laisser. L’idée était de mettre sur pied des Jeux qui ne coûteraient à peu près rien au contribuable, ne nécessiteraient pas d’intervention gouvernementale, feraient entièrement confiance à des ressources privées et n’engendreraient la construction que de très rares installations (seuls le vélodrome et la piscine étaient sortis de terre). Lors d’un vote, les habitants de Los Angeles s’étaient même déclarés largement hostiles à tout usage d’argent public (une part avait tout de même servi à garantir la sécurisation des sites).

Non contents de faire le spectacle par le biais notamment d’une cérémonie d’ouverture totalement dépoussiérée à travers un véritable show hollywoodien, ces Jeux, où le sponsoring avait fait une entrée en force, ont dégagé une marge de 232 millions de dollars au regard de son budget. Dans la mémoire collective, ils demeurent les plus efficaces de l’histoire sur le plan économique avec, donc, les seuls Américains aux commandes de l’aventure.

Sur les 225 millions de dollars payés par la chaîne ABC pour être le diffuseur de ces JO, le CIO n’en avait reçu que 33. Autre temps, autres mœurs, car Samaranch a vite compris ce qu’il devait faire. À partir de 1985, le CIO s’est lié à une agence de marketing (ISL créée par Horst Dassler, le patron d’adidas, qui avait aidé Samaranch à devenir président) pour contrôler ses droits télévisés et ses licences de marketing. La poule aux œufs d’or n’allait plus cesser de grossir…

Un nouveau cahier des charges

Aujourd’hui, Ueberroth, observateur lointain, mais consulté, pense que Los Angeles a toutes les cartes en main pour 2024 sauf que l’actuelle candidature californienne ne peut plus jouir des libertés qui avaient été les siennes au début des années 1980. Elle doit se conformer, comme ses trois autres villes rivales, à un fastidieux cahier des charges imposé par le CIO qui exige notamment un soutien politique au niveau national. La candidature s’adapte donc à la nouvelle donne en sachant qu’elle est pleinement en phase avec l’exigence imposée, sur le papier, par le CIO de promettre sobriété financière, durabilité et héritage. Là encore, merci Ueberroth…

Le Memorial Coliseum, le stade olympique des JO de 1932, avait servi de cadre en 1984 et ce sera encore le cas en 2024 si Los Angeles décroche les Jeux

Cette notion d’héritage, devenue l’alpha et l’oméga de toute candidature notamment pour chasser les éléphants blancs, ces installations sportives ensuite inutiles après la quinzaine olympique, a été, véritablement sanctifiée par Los Angeles en 1984. D’abord, et ce n’est pas anodin, parce que Los Angeles a sauvé le mouvement olympique en lui assurant des jours plus glorieux. Ensuite, parce qu’il y a trente-deux ans, le Memorial Coliseum, le stade olympique des JO de 1932, avait servi à nouveau de cadre en tant qu’arène principale –ce sera encore le cas en 2024 si Los Angeles décroche les Jeux. Enfin, parce qu’une fondation, appelée LA84 Foundation et inspirée par Ueberroth, était née dans le sillage immédiat de cette olympiade en récupérant d’emblée 40% des bénéfices des Jeux de 1984 pour sa création et qu’elle a continuellement soutenu depuis différents types de projets sportifs en Californie du sud.

À Los Angeles, contrairement à Barcelone, il est difficile, en revanche, de trouver une véritable trace urbaine liée aux Jeux olympiques. En réalité, la ville n’avait pas besoin des JO pour se projeter, notamment du point de vue de ses structures de transport, dans l’avenir ou pour se faire mieux connaître. C’est encore le cas aujourd’hui. Comme Paris et Rome, villes olympiques en 1924 et 1960, Los Angeles n’attirera pas plus de touristes ou d’investisseurs après 2024 parce qu’elle sera choisie ou non par le CIO. La bataille de l’image sera ailleurs. Chacun devra donner du sens à sa candidature entre évocation du passé et imagination du futur. Et dans ce match, Los Angeles ne se privera pas de tirer sur le fil doré, comme une médaille, de 1984, avec le sentiment d’avoir un avantage sur ses adversaires.

Yannick Cochennec Journaliste

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