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Les candidats au djihad, des êtres «profondément égoïstes»?

Temps de lecture : 2 min

Dans le documentaire-choc «Dugma: The Button», on découvre le quotidien de candidats au martyr en Syrie. Une plongée saisissante dans la psychologie de ces kamikazes.

Mourir en martyr, "le rêve" de nombreux apprentis kamikaze selon le documentaire "Dugma - The Button" (capture d'écran youtube)
Mourir en martyr, "le rêve" de nombreux apprentis kamikaze selon le documentaire "Dugma - The Button" (capture d'écran youtube)

«Lorsque je m’approcherai de la cible, je presserai ce premier bouton de sécurité, puis sur ce bouton, le “dugma”. J’appuierai dessus. Et avec l’autorisation de Allah, je les enverrai tous en enfer.»


Avec un sourire tranquille, un candidat au martyr expose face caméra la marche à suivre pour assurer la destruction d’un camion bardé d’explosif. Dans le documentaire Dugma: The Button (disponible sur l'Itunes Store le 2 août), le journaliste norvégien Paul Refsdal a été autorisé à suivre durant près de six semaines un groupe de futurs «martyrs» appartenant au Front Jabhat al-Nostra (renommé depuis le mois de juillet Jabhat Fatah al-Cham, le Front de la conquête du Levant) en Syrie.

Entre scènes de la vie quotidienne, où un protagoniste saoudien admire des vidéos de sa fille via internet, ou rappels laconiques sur le nombre de vierges obtenues à l’entrée au paradis, le réalisateur dépeint sans commentaires l’acte kamikaze, qu’il décrit à l’AFP comme «l’arme de précision du pauvre».

A contrario de l’ État islamique qui, selon Paul Refsdal, «envoie des voitures piégées les unes à la suite des autres avec de très jeunes combattants trouvant la mort en masse», les candidats au martyr liés à Jabhat Fatah al-Cham sont minutieusement sélectionnés et attendent de longues semaines qu’une cible –toujours militaire– leur soit attribuée.

«Libérer les populations locales apparaît comme secondaire»

Si le modus operandi des terroristes sur le sol syrien diffère selon les organisations, le journaliste et observateur canadien Murtaza Hussain constate certaines similitudes psychologiques avec les combattants de Daech. Dans un article publié dans The Intercept, il explique que «les quelques Syriens présents dans le film parlent de leurs griefs à l’égard des crimes commis par le gouvernement» tandis que les nombreuses recrues occientales apparaissent en revanche «comme largement animés par des motivations personnelles».

«Libérer les populations locales de l’oppression apparaît comme une préoccupation secondaire. Périr au combat et récolter les honneurs liés à une telle mort semble avoir la préséance. [...] Derrière la volonté [des Occidentaux, ndlr] de rejoindre une guerre civile, les combattants font preuve de peu d'altruisme. Dans leur idéal de mort, ils transforment ce qui est en théorie un acte ultime d'autosacrifice –donner sa vie pour une cause– en un acte profondément égoïste.»

Cet «égoïsme» paradoxal dépeint par Murtaza Hussain fait alors écho aux véritables «mises en scène de soi» opérées par les djihadistes occidentaux sur les réseaux sociaux. Les selfies bravaches «en terre de Cham» et les hommages incessants à la mémoire des «frères martyrs» y sont de rigueur comme en atteste une enquête de Vice et font pleinement partie des techniques de communication et de recrutement de Daech.

De la même façon, Dabiq, le magazine de propagande de l'État islamique consacre à chaque numéro de nombreuses pages à la gloire des kamikazes tristement érigés en véritables «stars» du djihad. D'où la tentation de certains titres de presse de les anonymiser au risque de les hisser là encore au rang de divinités.

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