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Daech a-t-il changé de raisons pour haïr l'Occident?

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 01.08.2016 à 9 h 35

Dans le dernier numéro de sa revue Dabiq, l'Etat islamique liste les raisons de sa haine pour l'Occident.

Devant la paroisse de Jacques Hamel, tué par des terroristes dans l'église de Saint-Etienne du Rouvray le 26 juillet 2016

Devant la paroisse de Jacques Hamel, tué par des terroristes dans l'église de Saint-Etienne du Rouvray le 26 juillet 2016

Dans son nouveau numéro de Dabiq, le magazine de l'organisation État islamique, un article est consacré à la haine l'Occident: «Pourquoi nous vous haïssons et pourquoi nous vous combattons», s'intitule-t-il. 

Dans ce texte, sont listées les six raisons de cette «haine». La toute première: 

«Nous vous haïssons, avant tout, parce que vous êtes des mécréants; vous rejetez l'unicité d'Allah – que vous en ayez conscience ou non.»

Un peu plus loin:

«De la même manière que votre mécréance est la raison première pour laquelle nous vous haïssons, votre mécréance est aussi la raison première pour laquelle nous vous combattons, parce que nous avons pour ordre de combattre les mécréants jusqu'à ce qu'ils se soumettent à l'autorité de l'Islam, ou bien en se convertissant à l'islam, ou bien en payant la jizyah –pour ceux qui ont cette option– et en vivant dans l'humiliation sous la loi des musulmans. Donc, même si vous deviez cesser de nous combattre, le meilleur scénario que vous puissiez espérer en état de guerre, serait que nous arrêtions nos attaques à votre encontre –si nous le jugions nécessaire– pour nous focaliser sur des menaces plus proches et plus immédiates, avant de finalement recommencer nos campagnes contre vous. (...) Donc à la fin, vous ne pouvez attendre un arrêt définitif à notre guerre contre vous. Au mieux, vous pourriez l'arrêter temporairement.»

Le deuxième point repose sur la sécularité et la laïcité des sociétés occidentales: 

«Nous vous haïssons parce que vous êtes laïcs: les sociétés libérales autorisent précisément ce qu'Allah a interdit, tout en interdisant nombre de choses qu'il a permises: ce dont vous vous moquez, parce que vous séparez la religion et l'Etat, accordant ainsi l'autorité suprême sur vos caprices et vos désirs, via des législateurs que vous mettez au pouvoir par vos votes». 

Les points suivant énoncent: les athées parce qu'ils ne croient pas en Dieu, les crimes commis envers l'islam, ceux commis envers les musulmans, et seulement en sixième position: «nous vous haïssons parce que vous envahissez nos terres».

L'article précise: 

«Ce qu'il est important de comprendre ici, c'est que bien que certains puissent arguer que ce sont vos politiques extérieures qui suscitent notre haine, cette raison spécifique de vous haïr n'est que secondaire»

Changement de paradigme

La question des motivations de la violence de l'Etat Islamique remonte à sa formation, en 2006, et de manière plus virulente en France depuis les attentats qui ont brutalisé le pays en 2015. A l'époque, nous publiions d'ailleurs un long article à ce sujet: «Daech nous attaque-t-il vraiment "pour ce que nous sommes"?»

L'idée que l'EI attaque l'Occident pour «ce qu'il est» a toujours été évoquée: 

Au lendemain de l'attentat du Bataclan, le 14 novembre 2015, dans un entretien à Mediapart, l'ancien juge anti-terroriste Marc Trévidic soulignait ainsi: «les terroristes détestent notre façon de vivre, notre mixité et notre rapport à la laïcité». 

Dans l’avant-propos d'un précédent numéro de Dabiq on lisaitt d’ailleurs déjà:

«Les huit chevaliers ont mis Paris à genoux, après des années d’arrogance de la France devant l’islam.»

Mais un autre élément restait essentiel: l’engagement de la France sur différents théâtres d'opérations militaires extérieures. A tel point que les terroristes de l'EI ont plusieurs fois présenté leurs actes comme des vengeances. Le vendredi 13 novembre, dans la salle du Bataclan, l'un d'entre eux déclarait d'ailleurs:

«Vous pouvez remercier le président Hollande, parce que c’est grâce à lui que vous subissez ça. Nous, on a laissé nos femmes et nos enfants en Syrie, sous les bombes. On fait partie de ‘l’Etat islamique’ et on est là pour venger nos familles et nos proches de l’intervention française en Syrie.»

Le 26 juillet dernier, lors de l'attaque terroriste sur l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, les deux terroristes Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean se sont exprimé de manière similaire. L'une des religieuses présente à l'église a confié au journal La Vie que l'un des deux hommes lui avait demandé si elle connaissait Le Coran: «Oui, je le respecte comme je respecte la Bible, j’ai déjà lu plusieurs souratesEt ce qui m’a frappé en particulier, ce sont les passages sur la paix.» répond-t-elle. Il lui dit alors: 

«La paix, c’est ça qu’on veut. Quand vous passerez à la télévision, vous direz à vos gouvernants que tant qu’il y aura des bombes sur la Syrie, nous continuerons les attentats. Et il y en aura tous les jours. Quand vous arrêterez, nous arrêterons.» 

C'est exactement l'inverse qu'exprime aujourd'hui Dabiq dans ses colonnes. 

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (741 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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