Science & santé

Une faille énorme a été découverte dans des milliers d’études scientifiques

Repéré par Aude Lorriaux, mis à jour le 31.07.2016 à 15 h 25

Repéré sur Quartz

Un réglage standard pour le scanner permettant de réaliser des images par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) était en fait un assez mauvais réglage, avec une marge d'erreur bien plus grande que prévue.

Cerveau | A health blog via Flickr CC License by CC

Cerveau | A health blog via Flickr CC License by CC

Les sciences reposent de plus en plus sur des machines, et les découvertes scientifiques sur des calculs effectués par ces machines. Ces réglages sont la plupart du temps standardisés. Mais voilà que des chercheurs ont découvert que l’un de ces réglages, qui a été utilisé par des milliers d’études dans le monde entier, serait tout simplement… très à côté de la plaque.

En l'occurrence, il s’agit d’un réglage adopté pour l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), une technique qui permet de visualiser, de manière indirecte, l'activité cérébrale.  

Rien qu’en 2015, plus de 3.500 études utilisant l’IRMf ont été publiées.

Visualisation du cerveau

L'IRM fonctionnelle est fondée sur l'observation en temps réel des variations de l'oxygénation du sang et des débits sanguins cérébraux locaux. Les chercheurs l’utilisent notamment pour essayer de comprendre à quelles activités complexe (lecture, écriture, émotions, etc.) correspondent quelles activités cérébrales.  

C’est ainsi qu’on a pu comprendre comment le cerveau a conscience de la rougeur du rouge, ou bien que dépression et sentiment de culpabilité sont liés. Ou qu’on a pu établir que les hommes avaient deux fois plus de problèmes pour reconnaître une émotion sur le visage d'une femme que sur celui d'un autre homme.

3.500 à 16.500 études concernées

En se penchant sur les différents réglages possibles de l’IRMf, un chercheur suédois, Anders Eklund, s’est rendu compte que la marge d’erreur prévue pour ce réglage était bien plus élevée que celle communément admise. Cette marge d’erreur, habituellement estimée à 5%, correspond au «bruit» produit par l’environnement extérieur. C’est ainsi que des chercheurs, qui avaient mis un saumon mort sous un scanner IRMf, ont pu voir en un petit point rouge, comme si le saumon était en train de penser.

Mais les recherches d’Anders Eklund montrent que pour l’un de ces réglages, la marge d’erreur est plutôt de… 90%.  Voilà qui est embêtant, et remet gravement en cause les résultats de 3.500 à 16.500 études scientifiques publiées sur 20 ans.

Pas de quoi jeter le bébé avec l'eau du bain

Cela n’a pas pour autant alarmé la communauté scientifique. Les scientifiques n’ont pas toujours la possibilité de répéter leurs études, pour vérifier la validité des résultats obtenus. Lorsqu’ils en ont la possibilité, ou qu’une équipe reprend les résultats d’une équipe antérieure des années plus tard,  il est courant que des résultats soient invalidés. Ces remises en questions touchent parfois même des dizaines d'études, et des théories bien établies, comme celle dite de «l’épuisement du moi», qui fit autorité en psychologie pendant des années, et qu'une contre étude de grande ampleur n'a pas réussi à valider. On parle d'une vraie «crise de reproductibilité» en sciences.

Rassurons-nous: les résultats les plus solides, les plus significatifs pour la science, ont quant à eux été répliqués de nombreuses fois, si besoin avec des machines et des réglages différents. Pas de quoi donc tomber dans le scepticisme du Professeur Faust, le célèbre personnage de la pièce éponyme de Goethe, qui après des années de recherches scientifiques, s’exclama: «Et je vois bien que nous ne pouvons rien connaître!». Il faut simplement être prudent avec les études qui n’ont pas été très largement éprouvées par la communauté scientifique.

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