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Quora est le meilleur site du monde (et vous ne le savez pas encore)

Robin Panfili, mis à jour le 16.03.2017 à 15 h 31

Cette plateforme de questions/réponses illumine ma vie.

Le slogan de Quora? «La meilleure réponse à n'importe quelle question» I Montage Slate.fr

Le slogan de Quora? «La meilleure réponse à n'importe quelle question» I Montage Slate.fr

Vous vous souvenez, il y a quelques années, quand on parlait du site Quora comme un adversaire sérieux à Facebook? Eh bien [spoiler] cela n'est jamais arrivé. En dépit des prédictions, des levées de fonds et des grands espoirs placés en lui, le site de questions/réponses –créé en 2009 par deux anciens de Facebook– n'est jamais vraiment parvenu à faire trembler le géant des réseaux sociaux. Mais, Quora n'a pas disparu pour autant. La preuve: Hillary Clinton et son colistier Tim Kaine –déjà connu sur la plateforme– ont choisi d'y faire une halte pour une session de questions/réponses en marge de leur campagne.

Comme d'autres concurrents et prétendants, Quora continue ainsi de mener sa barque dans le sillage des grands succès de la Silicon Valley. Le site a même atteint, en mars 2016, le seuil symbolique des 100 millions de visiteurs uniques par mois –dont 50% aux États-Unis et 15% en Inde. Un chiffre record pour le site, malgré un succès qui reste encore confidentiel en France. Chez mes amis et dans mon entourage, Quora demeure une contrée éloignée, voire inexplorée. C'est bien dommage.

Est-il possible de survivre à l'intérieur du ventre d'une baleine? (J'aime les baleines.) Pourquoi l'État islamique attaque l'Europe, mais pas l'Italie? Pourquoi, en avion, la plupart des célébrités voyagent en classe économique? Et, d'ailleurs, comment se sent-on lorsqu'on voyage à côté d'une vedette? Quand on blesse un insecte, vaut-il mieux le tuer ou le laisser vivre? Est-il impoli de demander la recette d'un plat que vous avez apprécié au restaurant? Voici un aperçu des questions/réponses que vous retrouverez sur Quora, au hasard de la navigation ou en fonction de vos centres d'intérêt.

L'objectif (très ambitieux) du site est le suivant: tenter d'offrir des réponses à n'importe quelle question, des plus existentielles aux plus anecdotiques, grâce au concours de ses utilisateurs et de ses experts bénévoles. Sur Quora, il y a souvent plusieurs réponses, plus ou moins précises, à une question donnée. Elles sont parfois même contradictoires. Pendant que des experts aux compétences très variées partagent leurs connaissances, des particuliers viennent y livrer un sentiment, un souvenir, une hypothèse, une anecdote.

En face de Quora et de ses contenus rédigés en anglais, quelques sites équivalents sont nés en France, à l'image de Gozil, en 2012. «Un clone français de Quora qui a eu des difficultés à attirer du monde» et qui s'est perdu dans «un contenu pauvre et une communauté plutôt inactive», expliquait Akian Decloitre, un utilisateur de Quora, en 2014. Car le succès de Quora tient à tout cela: une pluralité d'idées, une communauté active et une variété de points de vue. La qualité de ses contenus lui ont même valu des partenariats avec la presse américaine, notamment avec Slate.com.

 

«Le silence. Des millions de gens. Qui partagent du savoir en silence. C'est ça, le paradis?»

Le flou

Mais Quora appelle aussi, dans certains cas, à la prudence et au discernement. Car de nombreux utilisateurs du site ne sont «que» des utilisateurs et pas forcément des spécialistes des thématiques sur lesquels ils s'expriment. Les réponses relèvent ainsi parfois de leur vécu et d'une vision empirique d'un événement... plutôt que d'une réalité scientifique.

Faute de certification et de validation a priori des contenus, il arrive que certaines histoires ou anecdotes soient romancées ou améliorées par leurs auteurs. Il ne faut donc pas voir Quora comme une source d'information en tant que tel, mais plutôt comme une source d'inspiration, de questionnement ou de divertissement –ce que Slate.com a bien compris.

Lorsque je suis à la recherche d'une information précise, je ne me rends jamais (ou alors seulement très rarement) sur Quora. Je lui préfère un moteur de recherche classique, des sources officielles ou un bon vieux coup de téléphone. En revanche, lorsque j'ai un peu de temps devant moi, que je m'ennuie ou que je suis en avance pour un rendez-vous, je file m'y perdre. Et je m'y plais. D'abord pour son interface claire et efficace. Ensuite pour sa richesse et la dimension humaine des interactions. Là où Google répond à des recherches par mots-clés, Quora met en avant la mise en perspective et les idées de particuliers à travers de véritables échanges.

Dans le petit univers de Quora, je suis ce que l'on appelle un utilisateur «passif», puisque je ne poste ni questions, ni réponses. Je ne participe pas aux débats et n'alimente pas non plus les discussions déjà engagées entre Quorans –les utilisateurs de Quora. Je me contente simplement de naviguer entre mes «flux», mes thèmes présélectionnés à l'ouverture de mon compte (les baleines, la gastronomie italienne, les voyages, le café, le rap ou les sciences...) et ma newsletter. Je survole ensuite les histoires que me propose l'algorithme et je m'arrête sur les questions qui m'interpellent.

Le site sait flatter votre curiosité, vous faire explorer des sujets auxquels vous ne vous vous étiez jamais vraiment intéressés auparavant

Car là est toute la force de Quora. Le site sait flatter votre curiosité, vous faire explorer des sujets auxquels vous ne vous vous étiez jamais vraiment intéressés auparavant ou vous faire répondre à des questions que vous ne vous vous étiez jamais posées. En quittant le site, vous ressentirez à chaque fois la même sensation d'avoir appris quelque chose de nouveau, d'être plus mâlin que quelques heures auparavant. Et puis, il faut le reconnaître, il y a quelque chose d'agréable à s'imaginer que, quelque part sur Terre, quelqu'un (et non une machine) prend un peu de son temps pour partager son savoir et vous fournir la réponse dont vous avez besoin.

La communauté des Quorans

Un jour, j'ai cherché à savoir s'il existait des Quorans qui aimaient la plateforme autant que je l'apprécie. Je n'ai pas été déçu. J'y ai découvert une véritable communauté, des gens très impliqués dans les discussions de la plateforme et qui aimaient le site pour les mêmes raisons que moi: des discussions saines, polies, respectueuses, constructives. Le tout, avec bienveillance et bon esprit –contrairement à Yahoo! Answers. En 2013, un Quoran décrivait son attachement à Quora en ces termes:

«Quora est un village, un village calme et jovial fait d'intellectuels et de disciples».

Un espace virtuel qui reste parfois jugé comme trop parfait, trop étriqué d'esprit et peuplé d'utilisateurs trop prétentieux, comme sur la discussion «Pourquoi je déteste Quora?» où les détracteurs du site expliquent leur désamour pour Quora –une discussion elle même hébergée... sur Quora. Au fond, Quora est simplement à prendre pour ce qu'il est: un site participatif riche mais imparfait; davantage utile pour nourrir sa curiosité et se divertir qu'à prendre comme une vérité absolue.

Mais, que l'on aime Quora ou qu'on le déteste, malhonnête serait celui qui ne lui reconnaîtrait pas sa principale qualité: apprendre à ses utilisateurs quelque chose de nouveau chaque jour. Depuis hier, par exemple, je sais qu'il est possible de traverser la Lune d'un bout à l'autre, sans se perdre, à condition d'être suffisamment équipé.

Robin Panfili
Robin Panfili (190 articles)
Journaliste à Slate.fr
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