Monde / Culture

Un orchestre américain, c’est surtout des femmes... dirigées par un homme

Temps de lecture : 2 min

À San Francisco, moins de 5% des concerts de l’Orchestre symphonique seront dirigés par des femmes lors de la saison 2016-2017.

L'orchestre philarmonique de New York au Canergie Hall, le 7 octobre 2015 | ANDREW TOTH/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP
L'orchestre philarmonique de New York au Canergie Hall, le 7 octobre 2015 | ANDREW TOTH/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP

Un léger manque d’harmonisation plane autour des orchestres symphoniques américains. Comme un air désaccordé. En majorité sur scène, les femmes sont pourtant quasiment absentes des postes à responsabilité, et notamment de celui de chef d’orchestre, constate Bloomberg.

À première vue, il y a de quoi se réjouir, observe dans son édito Melvyn Krauss, agrégré supérieur à l’Institution Hoover de l’Université de Stanford. En cinquante ans, les femmes occupent plus de la moitié des postes de musicien d’orchestre des 250 plus grands ensembles américains. L’Orchestre philharmonique de New York par exemple n’était constitué que d’hommes en 1964 et 41% de musiciennes y siègent désormais; à l’Orchestre symphonique de Chicago, les femmes sont passées de 3 sur 104 en 1964 à 41 sur 102 en 2016, soit une présence quatorze fois plus importante.

Plus qu’un engagement de politique publique en faveur du droit de femmes, c’est l’instauration des auditions à l’aveugle qui explique cette évolution. Copinage et recommandations de pair en pair ont été mises au placard. Place à un concours où chaque musicien joue derrière un rideau. Cette pratique semble bénéficier aux orchestres du monde entier, puisque le niveau technique général tend à s’élever.

Malgré tout, comme dans d’autres domaines, un «plafond de verre» freine l’ascension des musiciennes. Les postes à responsabilités sont toujours masculins. En 2012-2013, parmi les vingt-deux plus grands orchestres du pays, il n’y avait qu’une femme chef d’orchestre, rappelle le magazine Mother Jones. À San Francisco, moins de 5% des concerts de l’Orchestre symphonique seront dirigés par des femmes lors de la saison 2016-2017.

«Le public va s’habituer»

Si les musiciens ont de moins en moins de mal à concevoir qu’une femme les dirige, d’autant plus que les quelques femmes qui échappent à l’autocensure et tentent de devenir cheffe d’orchestre sont souvent celles ayant le plus de talent sur la scène internationale, «cela devrait prendre un peu de temps avant que le public ne s’habitue à une femme cheffe. Le public des orchestres philarmoniques est très conservateur. Mais il va s’y habituer», assure le collaborateur de Bloomberg. À Birmingham, une Lituanienne très talentueuse, âgée seulement de 29 ans, Mirga Grazinyte-Tyla, vient de remplacer un homme. Susanna Malkki vient elle d’être élue «cheffe invitée» de l’Orchestre philharmonique de Los Angeles, une distinction que seulement deux personnes au total (deux hommes) avaient eu jusqu’alors le privilège de recevoir.

En France, les femmes cheffes d’orchestre sont également largement minoritaires: 21 femmes pour 586 hommes en 2016, selon les chiffres de la SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques). «Le pouvoir est tenu par des équipes d’hommes qui ont leurs habitudes de fonctionnement. [...] Je me suis tellement battue pour que le chef soit considéré comme une personne et non un genre», témoigne la pionnière et cheffe de file du mouvement Claire Gibault, dans le cadre d’une enquête de France Musique. Au début des années 2000, la musicienne avait été lâchée lors des répétitions par ses musiciens alors qu’elle assistait le grand chef d’orchestre italien Claudio Abbado.

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