Science & santé

Les virus, premiers moteurs de l'évolution humaine

Repéré par Peggy Sastre, mis à jour le 27.07.2016 à 9 h 39

Repéré sur eLIFE, Phys.org

Si nous sommes devenus ce que nous sommes aujourd'hui, c'est notamment parce que les organismes de nos ancêtres ont livré (et gagné) d’âpres batailles avec les pathogènes.

Quatre chercheurs de Stanford ont mis à profit les big data pour révéler l’impact global des virus sur l’évolution des humains | kevin slavin via Flickr CC License by

Quatre chercheurs de Stanford ont mis à profit les big data pour révéler l’impact global des virus sur l’évolution des humains | kevin slavin via Flickr CC License by

Depuis la séparation de nos ancêtres d’avec les ancêtres des chimpanzés, quel a été le premier moteur de l’évolution humaine? On peut penser au climat, à l’alimentation, à l’écologie, qui les associe. Sans oublier les interactions avec nos congénères, qui auront permis le développement de notre intelligence sociale. Reste que tous ces phénomènes font bien pâle figure face aux pathogènes en général, et aux virus en particulier. Selon un article paru dans la revue eLIFE, pas moins de 30% de tous les changements adaptatifs des acides aminés de notre génome ont comme origine des virus. Selon l’équipe de Dmitri Petrov, biologiste à l’Université de Stanford, pour l’ensemble des mammifères, les virus seraient d’ailleurs LE moteur évolutif le plus puissant.

La guerre permanente que se livrent les pathogènes et leurs hôtes est depuis longtemps connue comme facteur évolutif essentiel, mais, jusqu’à présent, il manquait aux scientifiques les outils adéquats pour détecter de tels processus sur tout un ensemble d’espèces et de génomes. Dans l’étude d’eLIFE, les chercheurs ont su mettre à profit l’analyse des big data pour révéler l’impact global des virus sur l’évolution des humains et des mammifères en général.

«Quand vous avez une pandémie ou une épidémie à un moment quelconque de l’évolution, la population touchée par le virus doit s’adapter, sinon elle disparaît, explique David Enard, un des auteurs. Nous le savions, mais nous avons été réellement surpris par la puissance et la clarté du motif que nous avons trouvé. C’est la première fois que l’impact des virus sur l’adaptation a été démontré avec une telle force.»

«La grande avancée ici, c’est que cela ne concerne pas uniquement des protéines immunitaires très spécialisées qui s’adaptent contre les virus, ajoute-il. Quasiment tous les types de protéines susceptibles d’être en contact avec les virus peuvent participer à l’adaptation contre les virus. Et en fin de compte, il semblerait qu’il y ait au moins autant d’adaptations en dehors de la réponse immunitaire qu’en son sein».

Parer aux menaces virales contemporaines

«Cela fait des milliards d’années que tous les organismes vivent aux côtés des virus; ce travail montre combien ces interactions ont pu affecter toutes les parties de la cellule», confirme Dmitri Petrov.

Qui plus est, parce que les protéines sont à l’œuvre dans tous un tas de fonctions cellulaires littéralement vitales, en parvenant à révéler quelles modifications dans la forme ou la composition des cellules ont pu aider les humains à survivre aux virus, même en étant minimes, l’étude pourrait grandement contribuer à la découverte et à la mise en œuvre de nouvelles pistes thérapeutiques pour parer aux menaces virales contemporaines.

«Nous apprenons quelles parties de la cellules ont servi à combattre les virus dans le passé, probablement sans conséquences délétères pour l’organisme, détaille Petrov. Ce qui pourrait nous aider à trouver des protéines à étudier pour développer de nouvelles thérapies.»

En particulier, les chercheurs espèrent se servir de ces travaux pour décrypter des épidémies relativement récentes. Ils pensent notamment au VIH, le virus du sida, qui s’est diffusé au sein des populations humaines et animales ancestrales à divers moments de l’histoire évolutive. Chercher (et trouver) les effets de ces virus au cœur des cellules de populations ciblées pourraient nous offrir une belle longueur d’avance dans la guerre perpétuelle et réciproque que nous menons aux pathogènes viraux.

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