Monde

Le Brexit, un vote des «laissés-pour-compte» de la société britannique

Repéré par Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 26.07.2016 à 19 h 09

Repéré sur London School of Economics

Deux chercheurs reviennent sur l'analyse détaillée des résultats du référendum.

ADRIAN DENNIS/AFP

ADRIAN DENNIS/AFP

Si le résultat du Brexit est à présent clair et sans appel, beaucoup reste à comprendre sur les raisons de cette victoire des partisans de la sortie de l’Union européenne. Sur le site de la London School of Economics, deux chercheurs en sciences politiques, Matthew Goodwin et Oliver Heath, résument les enseignements d’une analyse électorale menée à un niveau géographique fin sur les 382 circonscriptions du référendum du Brexit.

On savait déjà que le vote en faveur de la sortie («Leave») était très faible à Londres et en Écosse, et avait performé dans les autres zones du pays. Les chercheurs détaillent les autres clivages révélés par ce vote. Le premier est éducatif. Dans les vingt zones du Royaume-Uni qui comptent la plus grande proportion de gens peu éduqués, le vote «Leave» l’a emporté alors que le «Remain» a dominé dans les vingt zones les plus éduquées. C’est selon les auteurs ce qui explique la relation qui existe entre l’âge et le vote lors du référendum. Les jeunes générations ayant un niveau d’étude plus élevé que leurs aînés, le vote en faveur du maintien dans l’UE dominait dans les zones les plus jeunes du Royaume-Uni.

Sentiment de marginalisation

Lors de la campagne du Brexit, les partisans d’une sortie de l’UE ont concentré leur argumentaire sur le rejet de l’immigration, notamment celle de citoyens d’autres pays membres de l’Union. Or une première comparaison entre les circonscriptions en fonction de la part des immigrés originaires de pays de l’UE montre que cette dernière n’a pas d’influence sur le vote. Analysant des statistiques disponibles uniquement pour l’Angleterre et le Pays de Galles (qui excluent donc l’Écosse et l’Irlande du Nord), les chercheurs montrent que ce n’est pas tant le niveau de l’immigration européenne qui conditionne le vote en faveur d’une sortie de l’UE que la soudaineté du processus, dans la mesure où les zones ayant connu un afflux important d’immigrés de l’Union au cours des dix dernières années étaient plus favorables au «Leave».

Les résultats de l’analyse électorale confirment donc que les partisans de l’Ukip, le parti eurosceptique populiste en pointe dans la campagne pro-Brexit, sont les plus susceptibles de voter «Leave», puisque les électeurs de ce parti se recrutent parmi les classes populaires blanches âgées peu qualifiées. Pour autant, la majorité obtenue par le Brexit dépasse de loin la partie du pays qui a voté Ukip –27,5% lors des élections européennes de 2014– et ces nouvelles recrues se compteraient parmi les jeunes électeurs.

Même si elle ne rend pas compte de l’intégralité du vote Brexit, les chercheurs concluent à la confirmation de la thèse d’un vote des «laissés-pour-compte», étant définis comme la partie de la population «repoussée dans les marges non seulement par la transformation économique du pays, mais par les valeurs qui ont fini par dominer une classe politique et médiatique plus socialement libérale. À cet égard le vote Brexit émane des “laissés-pour-compte”, des groupes sociaux qu’unit un sentiment général d’insécurité, de pessimisme et de marginalisation, qui n’ont pas l’impression que les élites, qu’elles soient de Bruxelles ou de Westminster, partagent leurs valeurs, représentent leurs intérêts et éprouvent réellement de l’empathie pour leur intense inquiétude du changement rapide».

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