Monde / Économie

Derrière le café le plus cher du monde, le cauchemar d’un petit mammifère

Temps de lecture : 2 min

Les grains de café récoltés dans les excréments des civettes asiatiques valent une fortune à travers le monde. Sauf que les civettes en question sont en cage et sont maltraitées.

Parmi les excréments de ce mammifère indien, des grains de café vendus à prix d’or | Kaffiend via Wikipedia Commons License by

Tony Wild s’en mord les doigts. En 1991, c’est lui qui importait le premier en Europe les kopi luwak, ces grains prisés des connaisseurs de café. Deux décennies plus tard, le consultant reconnaît dans le Guardian être complice d’un «commerce absolument absurde et absolument hideux». Le site Quartz revient sur la maltraitance animale à l’origine de ce café de luxe, qui peut coûter plus de 100 dollars dans certains restaurants et bars occidentaux (le prix de vente au kilo des grains oscillant entre 200 et 400 dollars).

Ce café est réalisé à partir de grains issus des selles de la civette palmiste commune ou luwak, une espèce vivant en Asie du Sud-Est. À la base, cette pratique ne met en aucun cas en danger la santé du mammifère. Il suffit de laisser cette espèce inoffensive, entre la belette et le chat sauvage, rôder librement la nuit autour des plantations de café et manger les fruits du caféier. Comme le luwak digère leur pulpe mais pas leur noyau, ces fèves, devenues très peu acides et ayant acquis un arôme proche du caramel lors de leur passage dans son système digestif, se retrouvent dans ses excréments, prêtes à être récoltées, soigneusement lavées et séchées au soleil, avant d’être légèrement torréfiées.

Seulement, aujourd’hui, la récolte n’a plus rien d’artisanal ni de sauvage. La production s’est industrialisée. «La tendance au café de civette “en cage”, où les civettes vivantes sont retirées de leur milieu sauvage et élevées en captivité, est de plus en plus forte», selon une étude de mai 2016 de l’Institut Animal Welfare. Suralimentés, ces civettes deviennent claustrophobes, certaines se rongent les jambes et en viennent à se battre entre elles. Des situations de stress à l’origine de nombreux décès.

Selon cette étude, seize plantations de café ont émergé, ces cinq dernières années, sur l’une des voies touristiques les plus fréquentées de l’île indonésienne de Bali. Deux d’entre elles ne produisent d’ailleurs aucun grain de café et se contentent d’exposer les bêtes comme des attractions touristiques. «Quand les touristes les voient en cage, cela les convainc qu’ils boivent un café parfaitement authentique au point parfois de faire une photo et de la partager sur les réseaux sociaux», déplore le docteur coauteur de l’étude Neil D’Cruze dans un communiqué de l’association Worl Animal Protection.

La majorité de la production se situe en Indonésie mais d’autres pays sont concernés, la Thaïlande, la Chine, les Philippines et le Vietnam notamment. S’il est difficile de quantifier cette production, et encore plus de distinguer les grains issus de la maltraitance animale de ceux issues de civettes sauvages, ce commerce s’avère très lucratif. Entre mars et mai, Rustico Montenegro et sa femme récoltent chaque jour près de huit kilos de grains, rapporte Le Point.À 1.200 pesos le kilo, cinq fois le prix de grains classiques, ce couple philippin empoche environ 9.000 pesos (190 dollars) par journée de travail. Un Graal dans ce pays où un habitant sur cinq subsiste avec 1 dollar par jour.

Slate.fr

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