Tech & internet

Hommes et femmes politiques feraient mieux de s’abstenir de parler de Pokemon Go

Aude Lorriaux, mis à jour le 25.07.2016 à 0 h 27

Le candidat du parti Les Républicains Bruno Le Maire et la ministre Laurence Rossignol s’y sont essayé. Et ils se sont cramé les ailes.

 Pikachu Parade / Yoshikazu TAKADA via Flickr CC Licence By

Pikachu Parade / Yoshikazu TAKADA via Flickr CC Licence By

En général, s’exprimer sur les nouvelles technologies rapporte aux hommes et femmes politiques plus d’ennuis que de considération. Face aux hordes de geeks qui peuplent les réseaux sociaux, le moindre faux pas prend tout de suite des proportions gigantesques. Et aussi parce qu’en la matière, nos ministres et élus ont souvent un gros coup de retard.

Ça n’a pas manqué, encore une fois, ce dimanche 24 juillet, avec cette fois deux personnalités politiques de bords opposés - le candidat du parti Les Républicains à la primaire présidentielle, Bruno Le Maire, et la ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes, Laurence Rossignol - et le jeu Pokemon Go.

«PokémonGo se joue en vertical pas horizontal. Raté!»

Le premier a profité de la célébrité du jeu pour vanter sur Twitter ses plus de «400 déplacements depuis 2013» et «beaucoup d'autres à venir», qui seront selon lui «autant de chances d'en croiser quelques uns». Avec photo à l'appui de sa personne, en train, semble-t-il, de prendre en photo une de ces petites bestioles virtuelles. Malheureusement, la manoeuvre était grossière. Le candidat n’avait pas repéré de pokemon, mais son équipe manie bien le logiciel de montage Photoshop, comme l’a remarqué un journaliste:

«#PokémonGo se joue en vertical pas horizontal. Raté!», fait remarquer un autre journaliste. «Vous verrez, un jour, mentir sur la capture d'un Pokémon coûtera des points de sondage aux politiques», a tweeté avec humour notre journaliste Vincent Manilève. Moins d’une heure après le tweet, un internaute détournait la scène, comme l'a remarqué ce twitto:

«Le jeu est hypersocial»

La chute fut encore plus rude pour Laurence Rossignol, qui a ironisé sur le jeu, qui selon elle ne mènerait pas vraiment à plus de sociabilité, mais conduirait à s’enfermer dans son téléphone portable:

Un tweet qui a provoqué une avalanche de réactions. Plusieurs twittos ont fait remarquer à la ministre que les livres, la lecture de journaux ou aller voir un film au cinéma étaient des activités solitaires, mais pas mauvaises pour autant.

D’autres ont twitté des photos de députés plongés dans leur portable ou ne se parlant pas dans l’hémicycle. Certains ont exhumé des images de la ministre jouant à un jeu, Ruzzle, en plein débat parlementaire:


D'autres ont essayé de démontrer à la minsitre les aspects réellement positifs et sociabilisants du jeu. «Pokemon Go aide par exemple des enfants autistes à se sociabiliser», a fait remarquer un internaute, en mettant en lien un article relatant comment le jeu avait «changé la vie d’un enfant autiste». «Vous n’y avez probablement jamais joué. Le jeu est hypersocial. Sortez 5 minutes dans Paris pour vous en rendre compte :)», a glissé Julien Cadot, journaliste à Numerama.

A tel point que la ministre s’est sentie obligée de «remercier» les personnes qui lui ont fait des remarques, pour calmer le jeu, et appeler à se «parler gentiment». Car l'affaire avait pris une tournure fâcheuse, certains se lâchant complètement. «Neuf articles parce que Laurence Rossignol a ironisé sur le jeu Pokemon? Des insultes, des appels à la démission, vous êtes sérieux là?», s’est insurgée la blogueuse Sophie Gourion, qui travaille au cabinet de la ministre.

Révélateur

Ce déferlement de remarques est certainement outrancier pour un tweet malencontreux. Il n’empêche que le phénomène est révélateur d’un manque persistant de connaissances des hommes et femmes politiques des nouvelles technologies, des jeux vidéos et du numérique. A l’image de l’ex-ministre de la Culture Christine Albanel, tout de même chargée de la loi Hadopi, qui avait parlé du «pare-feu Open Office» censé accompagner le célébrissime outil de traitement de texte, ce qui avait fait rire les bancs de l’assemblée et les blogueurs spécialisés. Ou encore de Nicolas Sarkozy, qui, en 2016, ne connaissait toujours pas le site de petites annonces Le bon coin, ou avait parlé des sites de «screaming»:

 

Bref, à cela, une seule conclusion (ou deux): hommes et femmes politiques devraient peut-être s’intéresser un tout petit peu plus à la culture numérique. Et sinon, tourner leur langue sept fois dans leur bouche avant de s’exprimer sur ces sujets. Faire comme le président israélien: tester le jeu avant d'en parler. Ou bien ne pas en parler du tout: personne n'aurait reproché à Laurence Rossignol ou Bruno Le Maire de n'avoir pas dit un mot sur Pokemon Go. 


 

Aude Lorriaux
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