Sciences

L’hostilité des villes accélère l’évolution des espèces

Temps de lecture : 2 min

Oiseaux, rongeurs et plantes s’adaptent à la ville, qui en chantant plus fort et plus haut, qui en s’armant contre les métaux lourds et qui en modifiant les caractéristiques de ses graines. Beaucoup plus vite qu'on ne le pensait.

A Bird on my Balcony | katie_mccolgan via Flickr CC License by
A Bird on my Balcony | katie_mccolgan via Flickr CC License by

Comme le faucon pèlerin ou la buse à queue rousse, le merle a envahi les villes. Il n’est pas rare de le voir squatter balcons et jardins. Mais le merle de bitume est différent de son homologue d’il y a 200 ans. Il a un bec plus long, une voix plus haut perchée, et migre moins. Beaucoup de ces différences sont des traits d’adaptation au milieu urbain, comme le fait de chanter plus haut pour pouvoir se faire entendre au milieu des klaxons. Elles sont le résultat d’une évolution génétique de l’oiseau, depuis 200 ans.

Pendant longtemps, les biologistes ont pensé qu’il fallait des milliers d’années pour qu’une espèce évolue. Mais ils sont en train de se rendre compte que cette évolution peut aller beaucoup plus vite, et particulièrement dans les milieux hostiles, difficiles, où la sélection naturelle est plus rude, comme en ville.

Des graines de plus en plus lourdes

Le phénomène ne touche pas que les merles, constate Menno Schilthuizen, biologiste spécialiste de l’évolution, dans le New York Times. La souris à pattes blanches, qui peuple les parcs de New-York, est plus résistante aux métaux lourds, probablement parce que les sols de la mégapole américaine sont plein de plomb et de chrome. Certaines souris ont développé un système immunitaire plus performant, peut-être parce que les maladies se développent plus dans les endroits à forte densité humaine, postule un autre biologiste, Jason Munshi-South.

En France, des chercheurs de l’université de Montpellier ont réalisé que le crepis, une plante vivace à fleurs jaunes que l’on trouve au bord des trottoirs et au pied des arbres qui scandent les avenues, et qui d’habitude produit deux types de graines - des légères et des plus lourdes - produisait de moins en moins de graines légères. Pas étonnant, selon Menno Schilthuizen, puisque les graines légères ont plus de chances d’être emportées au loin, sur le bitume, où elles n’ont aucune chance de pousser…

«Nous, les biologistes de l’évolution, sommes en train de troquer notre matériel de camping sauvage pour des tickets de métro, et étudions désormais l’herbe des villes et les moustiques qui envahissent les appartements plutôt que les orchidées des forêts et les oiseaux des montagnes», conclut le scientifique dans le New York Times. Mais que les évolutions de l’évolution fassent évoluer les biologistes de l’évolution, quoi de plus naturel, après tout?

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