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Le profil du tueur de Munich écarte le spectre du terrorisme et ses récupérations politiques

Daniel Vernet, mis à jour le 23.07.2016 à 18 h 07

Ce n'est pas du côté de l'État islamique qu'il faut chercher les motivations du forcené de 18 ans qui a tué neuf personnes à Munich, mais d'actes comme ceux du copilote de la Germanwings Andreas Lubitz ou d'Andres Breivik en Norvège.

Près du lieu de la fusillade à Munich, le 23 juillet. Karl-Josef Hildenbrand / dpa / AFP

Près du lieu de la fusillade à Munich, le 23 juillet. Karl-Josef Hildenbrand / dpa / AFP

Si la grande majorité des responsables politiques allemands se sont montrés extrêmement prudents à la suite de la fusillade de Munich qui a coûté la vie à dix personnes, dont le tireur, certains n’ont pu se retenir de tenter d’en tirer un profit politique. Un député de la démocratie-chrétienne a tweeté: «la culture de l’accueil est mortelle» pour dénoncer la politique d’Angela Merkel vis-à-vis des réfugiés. Avant d’effacer son message. Un représentant du parti populiste eurosceptique, Alternative pour l’Allemagne (AfD), a demandé la fermeture des frontières. Sans doute ignorait-il alors que l’auteur de la fusillade était né en Allemagne.

Samedi en fin de matinée, le président de la police de Munich, Hubertus Andrä, a donné quelques précisions sur l’identité du tueur. Il s’agit de David S. –la loi allemande interdit de citer son nom-, un jeune homme irano-allemand de 18 ans qui n’avait aucun lien avec l’Etat islamique et aucun rapport avec les réfugiés. Il était encore écolier et suivait un traitement médical et psychiatrique pour dépression. Le chef de la police estime que la tuerie de vendredi est l’acte d’un forcené. Ce n’est pas un hasard si David S., qui sur Facebook se faisait appeler Ali S., a agi le 22 juillet. C’était le cinquième anniversaire de la tuerie perpétrée par le militant d’extrême-droite Andres Breivik à Oslo et Utoya, en Norvège, qui fit 77 morts et 151 blessés dans un camp de jeunesse.

David S. avait, semble-t-il, planifié son geste depuis quelques mois. Il s’était procuré une arme et avait encore dans son sac à dos quelque 300 cartouches quand il s’est donné la mort. Il avait attiré des jeunes dans le fast food où il a commencé à tirer sur un compte Facebook piraté: «Je vous offre ce que vous voulez, mais pas trop cher». Huit des neuf victimes ont entre 14 et 20 ans. Dans sa chambre, la police a retrouvé de la littérature sur les passages à l’acte de forcené, dont un livre «Amok im Kopf –warum Schüler töten» («La folie dans la tête – pourquoi des écoliers tuent»).

La politique de Merkel épargnée

Si la coïncidence avec l’attentat de Wurtzbourg, lundi 17 juillet, où un jeune Afghano-pakistanais a blessé à la hache les passagers d’un train régional, a pu faire penser à une attaque terroriste liée à l’État islamique, la tuerie de Munich rappelle plutôt le geste désespéré d’Andreas Lubitz. Copilote du vol de la Germanwings Barcelone-Düsseldorf, celui-ci a entrainé dans la mort, le 24 mars 2015, 144 passagers et 6 membres d’équipage, en lançant son appareil contre les contreforts alpins.

En Bavière, un débat a déjà commencé sur les effectifs et l’armement de la police, dont tout le monde par ailleurs loue le professionnalisme. Un renforcement des lois, au niveau régional et/ou fédéral, est aussi à l’ordre du jour. Dans sa première déclaration Angela Merkel n’y a pas fait allusion. Elle s’est adressée d’abord aux victimes et à leurs familles, ainsi qu’à la population de Munich qui a manifesté un grand sang-froid et un sens de l’entraide. L’absence apparente de motivation politique au geste de David S. permet au moins à la chancelière d’échapper à un pénible débat sur sa politique d’ouverture vis-à-vis des réfugiés.

Daniel Vernet
Daniel Vernet (438 articles)
Journaliste
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