Ni le marché, ni les aides ne sauveront l'agriculture
A quoi ont servi les 1 000 milliards d'euros versés à l'agriculture européenne depuis 20 ans?
- -
L'expérience de la crise laitière doit être analysée. Les éleveurs luttent pour des revenus décents et on peut les comprendre. Mais ce faisant, ils mènent un combat catégoriel alors que la question est par essence collective. La demande est financière mais la solution est politique. L'élevage laitier est emblématique d'un modèle agricole en crise. Quelle agriculture sera présente sur le marché, demain?
Le modèle champêtre et rassurant, avec des vaches dans les champs, ou des élevages en ateliers/usines hors sol, avec des vaches en batterie, aux cornes limées, comme il existe des poulets sans plume et sans bec, des porcs sans dent, formatés pour l'abattage. Le combat agricole d'aujourd'hui, c'est le choix de l'herbe ou du ciment, de la diversité des espèces ou de la vache unique, de l'agriculture qui a encore les pieds sur terre et d'une autre qui suit les cotations de la poudre de lait à Hanovre. Les deux modèles peuvent-ils coexister? En restant fixés sur des revenus, les agriculteurs renoncent aux appuis qu'ils trouveraient s'ils posaient les vraies questions.
Car la Politique agricole commune (PAC) ne sera sauvée que si l'opinion considère qu'elle est utile. Non seulement profitable aux agriculteurs, mais utile. A tous. Pour une sécurité alimentaire, pour la confiance qu'elle inspire, pour le modèle qu'elle transmet, pour le respect qu'on doit à ceux qui nous font vivre et manger. L'agriculture d'aujourd'hui traverse une crise de légitimité. La PAC n'est plus qu'un budget sans politique, une assistance sans direction. Les agriculteurs se passeraient volontiers des primes européennes s'ils pouvaient, si les prix étaient suffisants. Mais, désormais sous la pression internationale, ils ne le sont pas et chaque crise se traduit par des subventions supplémentaires. Le système est ainsi construit, de fuite en fuite, d'enveloppe en enveloppe. Jusqu'à quand?
Les manifestations agricoles visent à resserrer les rangs, distendus depuis la grève du lait. Alors qu'il faudrait plutôt ouvrir les bras, répondre aux interpellations de la société, tout aussi légitimes que la défense des revenus des producteurs, et imaginer d'autres modes de fonctionnement. Il faut sans doute penser l'agriculture autrement. Il y a bien longtemps que l'agriculture a cessé d'être une question agricole. Si l'agriculture va de crise en crise, c'est que ni les dogmes libéraux ni le mythe d'une agriculture pastorale ne fonctionnent. Ou que quelque chose manque.
Manque d'argent? Mais à quoi ont servi les 1 000 milliards d'euros versés à l'agriculture européenne depuis 20 ans dont 200 milliards en France? Pour restructurer, pour être compétitif, mais avec quel résultat? Les restructurés sont encore trop nombreux et les compétitifs ne le sont jamais assez! Il y a quelque chose d'incompréhensible. Pour tout le monde. Y compris pour les principaux intéressés. Il manque une pédagogie de crise.
Et si, le manque c'était l'autre, le lecteur qui lit ces lignes, qui consomme des produits alimentaires et de l'autre le producteur qui produit. Tout se passe comme si les deux sphères étaient indépendantes. Le producteur se contente d'être un fournisseur de matières premières. Comment réguler des productions si personne ne parle jamais de la demande? La régulation de l'offre n'a de sens que si elle s'accompagne d'un plan de commercialisation, comme le font le Canada ou la Suisse. Bien des crises auraient pu être évitées si l'on avait procédé ainsi. C'est à la fois élémentaire et tellement révolutionnaire qu'il faudra sans doute encore plusieurs manifestations pour y penser vraiment.
Nicolas-Jean Brehon
Image de Une: Des tracteurs parqués à Metz lors d'une manifestation d'agriculteurs Vincent Kessler/Reuters
Mis à jour le 27/10/2009 à 7h18













































Il semble effectivement que le problème soit celui de la définition des objectifs. La politique agricole ressemble en cela à la politique de la santé avec le maintien des hôpitaux dangereux dans les petites villes, à la politique de maintien des bureaux de poste, des sous préfectures ou jusqu'à peu des casernes. Le maître mot de cette politique est que l'aménagement du territoire passe par une préservation du passé et la dispersion généreuse des fonctionnaires et subventions sur le territoire.
Grâce à cela mon voisin (qui travaille certes de façon très soutenue avec sa famille) reçoit environ 25% de son chiffre d'affaires avec la vente de son bétail et 75% avec les subventions du FEADER.
Quand s'apercevra-t-on que pour structurer un pays et offrir à sa population les mêmes chances sur l'ensemble du territoire, il faut offrir des moyens de communication (autoroutes, voies ferrées, voies navigables, ports) et de télécommunication (en particulier Internet) et offrir aux entreprises des conditions favorables d'implantation plutôt que de payer en subvention 75% de la vache de mon voisin ?
Mais nos politiques (notre précédent président est à ce sujet emblématique) tenant tellement à conserver leur électorat c'est pas demain la veille que quelque chose changera.