Monde

Trump est déjà un cauchemar. Mais pensez à celui qui pourrait venir après

Isaac Chotiner, traduit par Nora Bouazzouni, mis à jour le 22.07.2016 à 17 h 40

Le candidat du Parti républicain est complètement maboule. Mais un démagogue plus cool et policé pourrait bien prendre sa suite.

Donald Trump à la convention Républicaine, le 21juillet 2016, à Cleveland, Ohio. 
Brendan Smialowski / AFP

Donald Trump à la convention Républicaine, le 21juillet 2016, à Cleveland, Ohio. Brendan Smialowski / AFP

Le fait que nous l’ayons vu venir n’a pas rendu son avènement moins grotesque. On nous l’a rabâché ad nauseam: un dangereux démagogue et sa famille scandaleusement solidaire ont pris le contrôle du Parti républicain. Mais la nature particulière du discours prononcé par Donald Trump à la convention républicaine le 21 juillet, (un discours si excessivement alarmiste –et biaisé– qu’il en fut presque comique), a été véritablement inquiétante pour quiconque se soucie encore de valeurs désuètes comme la démocratie et la liberté. Et pourtant, cette allocution a dans le même temps démontré aux téléspectateurs pourquoi Trump n’avait que peu de chance de l’emporter en novembre. Car malgré le verbiage autour de son ju-jitsu politique, il n’a ni le talent ni le sang-froid d’un véritable autocrate.

Son discours a ôté jusqu’au dernier doute: nous avons bien affaire à un autoritaire désinhibé, dont l’élection serait désastreuse pour le pays comme pour le reste du monde. Lorsque le contenu de son allocution a fuité jeudi après-midi, les spécialistes ont pointé, à juste titre, sa noirceur, ainsi que le tableau très sombre qu’il dressait de l’Amérique d’aujourd’hui. Et ce texte, pour aussi sinistre et apocalyptique qu’il soit, n’est rien comparé au discours prononcé le soir-même par un fou furieux rougeaud et grimaçant. Empruntant à la méthode Rudy Giuliani, Trump en a hurlé certains passages, fronçant les sourcils sans réserve, se délectant du malheur et du pessimisme dont il faisait la démonstration.

Trump dépeint les États-Unis comme un pays au bord de la dépression

Jeudi soir, le plan de Donald Trump pour le pays s’est précisé. Il dépeint les États-Unis comme un pays au bord de la dépression, un pays qui doit donc prendre des mesures extraordinaires pour assurer son sauvetage. D’où l’accent mis sur la criminalité, le terrorisme et la désintégration sociale; d’où les statistiques trompeuses et les mauvais augures. Car l’objectif, en plus de gagner l’élection, est de structurer un discours autour de ce pays qu’il convoite: à situation extraordinaire, mesures extraordinaires.

Le problème avec Trump, et notre seule consolation, c’est qu’il n’est pas son meilleur commercial. Son discours, terriblement morose et inquiétant, fut aussi beaucoup trop long, trop sombre et trop vague. Les hurlements du candidat détonnaient dans certains passages de son allocution; l’imprécision totale de ses recommandations politiques a interpellé jusqu’à ceux dont le travail n’est pas d’écrire sur la politique; et le ton employé a éclipsé les passages ostensiblement plus légers. Cette allocution –qui s’est prolongée bien après 23 heures sur la côte Est– n’est pas vraiment ce qu’on a envie d’entendre avant d’aller dormir. Ses relents fascistes et son aura menaçante m’ont fait plusieurs fois penser à la célèbre pub 1984 réalisée par Ridley Scott pour Apple.

Cette incapacité à se modérer, étroitement liée à son incapacité à se contrôler, est ce qui handicape Trump depuis le début. Au lieu de produire un argumentaire contre l’immigration, il a fallu qu’il traite les Mexicains de violeurs et remette en cause l’impartialité d’un juge américain. Au lieu de s’en prendre simplement à Daesh, il a fallu qu’il propose l’interdiction à tous les musulmans d’entrer sur le sol américain. Et bien qu’il s’en soit tenu, pour la plupart, au texte posé sur son pupitre –au lieu d’improviser, comme le craignaient certains de ses conseillers et d’autres républicains– il a pourtant réussi à rendre une performance cinglée, typiquement trumpienne– parce que c’est ce qu’il est. Point barre. Sinon, Hillary Clinton aurait du souci à se faire.

Et c’est ça, le plus effrayant. Car il est intéressant de constater ce que Donald Trump a déclenché: outre nativisme et bigoterie, la preuve que le nationalisme blanc a de nombreux partians aux États-Unis. Dès lors, il ne faut plus seulement craindre une victoire du candidat républicain –possible, malgré ses faibles chances. Il faut s’attendre à ce qu’une version améliorée, plus cool et policée de Trump apparaisse dans son sillage. C’est une perspective –un danger– qui ne disparaitra pas, quelle que soit l’issue de l’élection présidentielle.

Isaac Chotiner
Isaac Chotiner (19 articles)
Journaliste
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