Culture

Comment Garry Marshall transforma la carrière de Julia Roberts à jamais

Pauline Thompson, mis à jour le 21.07.2016 à 14 h 31

Sans le réalisateur de «Pretty Woman», décédé en Californie le 19 juillet, Julia Roberts ne serait sans doute pas la papesse de la comédie romantique.

Julia Roberts dans «Pretty Woman», de Garry Marshall | Warner Bros. France

Julia Roberts dans «Pretty Woman», de Garry Marshall | Warner Bros. France

Avec la mort du scénariste et réalisateur Garry Marshall le 19 juillet, à l’âge de 81 ans, 2016 confirme son statut d’année pourrie. Car Marshall est certes le créateur de Happy Days, la très célèbre et très niaise série américaine (qui eut tout de même le mérite de créer l’un des personnages les plus cools de la télé: Fonzie ou The Fonz), et des plus mauvaises comédies romantiques de ces dernières années: New Year's EveValentine's Day ou Mother's Day (dont le principe consistait chaque fois à réunir le plus de stars possibles autour d'une fête commerciale). Mais, en 1990, Garry Marshall aida aussi à la création d’un personnage cultissime: Vivian Ward, héroïne de son film Pretty Woman. Derrière la jeune prostituée: Julia Roberts, dont la carrière en fut à jamais transformée.

Avec la sortie de Pretty Woman, la jeune actrice de 23 ans qui incarne la prostituée la plus attachante de Los Angeles, est instantanément propulsée au rang de royauté hollywoodienne. Le film représente le plus gros succès commercial de l’histoire pour une comédie romantique, avec 463 millions de dollars de recette. Et ce succès doit beaucoup à Vivian, l’ingénue solaire, l’idéalisto-résignée, l’amoureuse sublime incarnée par Julia Roberts et sublimée par Garry Marshall. Cette amoureuse au cœur pur et au sourire sans fin est devenue l’image que le monde entier a retenu de Julia Roberts, confondant joyeusement l’actrice et le personnage et la transformant ainsi en héroïne éternelle du conte de fées le plus connu de la pop culture.

Création de Vivian-Julia

Lorsque Julia Roberts auditionne et obtient le rôle de Vivian, le scénario est tout à fait différent de celui de Pretty Woman. Il s’agit déjà d’une histoire entre un golden boy solitaire et une jeune prostituée mais le film s’appelle $3.000 en référence au montant des services rendus par Vivian pour une semaine. Celle-ci est droguée, et le deal qu'ils passent ensemble implique qu’elle promette de ne pas se droguer pendant la semaine passée ensemble, ce dont elle est incapable. Le scénario initial se termine donc sur le golden boy dégageant à coups de pieds la jeune Vivian hors de sa voiture. Pas vraiment la comédie romantique du siècle.

Jonathan Lawton, le scénariste originel de Pretty Woman, envisageait un film à la Wall Street, une critique des inégalités sociales grimpantes dans l’Amérique des années 80

Jonathan Lawton, le scénariste originel envisageait un film à la Wall Street, une critique du monde de la finance et des inégalités sociales grimpantes dans l’Amérique des années 80. C’était sans compter le rachat du scénario par Disney.

Exit la prostituée droguée et le golden boy sans pitié. La fin sera heureuse, donc réécrite. Et quoi de mieux pour faire une comédie compte de fée d’un drame blingo-social que l’homme qui a écrit la série la plus joyeuse des Etats-Unis?

 

Le scénario est retravaillé en amont mais beaucoup de situations sont réécrites au fil du tournage avec toute la candeur et l’humour de Gary Marshall. Et celui-ci comprend tout de suite le potentiel ravageur auprès du grand public de la prostituée au grand cœur, malmenée par la vie mais restée intègre et pleine d’espoir qui tombe éperdument amoureuse d’Edward Lewis, le financier humanisé par les yeux doux de Richard Gere.

Encore faut-il trouver l’actrice pouvant incarner ce rôle. Garry Marshall confie au New York Times lors de la sortie du film, à propos de Julia Roberts:

«Evidemment je n’avais aucun doute sur le fait qu’elle était magnifique. Elle était aussi très bonne actrice. Mais les jeunes et jolies filles n’aiment pas la comédie, surtout le comique de situation, parce qu’elles aiment paraître ravissantes et élégantes mais aiment rarement tomber.»

Et de fait la liste est longue des actrices ayant refusé le rôle, de Meg Ryan à Diane Lane en passant par Winona Ryder, ce qui conduisit les producteurs à garder la jeune actrice déjà castée pour $3.000, peu connue du grand public mais déjà remarquée dans Mystic Pizza et lors de sa nomination aux Oscars pour son second rôle dans Steel Magnolias dans lequel elle joue une jeune femme diabétique.

Si Garry Marshall a vu dans Pretty Woman et dans la relation entre Edward et Vivian un ersatz de My Fair Lady et de Pygmallion, sa relation avec la jeune actrice créé un deuxième effet miroir. Pour incarner le personnage de Vivian, il réussit à mettre en scène à la fois la beauté, la gaucherie, le comique, la spontanéité et le sourire infini de la jeune actrice dans lequel se reflètent toute la force de vie et l’espoir de la jeune prostituée. C’est par exemple lui qui décide de garder la scène mythique pourtant prédestinée au making off du fou rire de Julia Roberts lorsque Richard Gere lui ferme la boîte à bijoux sur les doigts.

 

Ce rire spontané et flamboyant est depuis devenu un des trademarks de Julia Roberts qu’elle use à tire-larigot dans ses films et dans chaque interview depuis plus de 25 ans (car oui, si vous n’aviez pas déjà fait le calcul, Pretty Woman a déjà 26 ans...).

Et c’est ce mélange d’innocence, de combativité et de vulgarité qui font de Vivian un personnage terriblement humain et tout à la fois drôle, sensuel, parfois fragile mais surtout puissant, tour de force assez remarquable pour un genre cinématographique qui à l'époque –à l’exception de Quand Harry Rencontre Sally sorti un an plus tôt– ne laisse généralement pas la part belle aux rôles féminins. Par transparence et parce que Julia Roberts les incarne si bien dans le film et que Garry Marshall les met si bien en scène, ces attributs resteront collés à la peau de l’actrice pour toute sa carrière.

A la suite du succès du film, les comédies romantiques connaissent un nouvel âge d’or dans les années 90 après avoir passées plusieurs décennies reléguées au placard de la ringardise. Et Julia Roberts devient presque malgré elle l’incarnation de ce genre –aux côtés de Meg Ryan bien sûr. Si elle devient en même temps l’actrice la mieux payée d’Hollywood, elle refuse par exemple les rôles féminins de Nuit Blanche à Seattle, Shakespeare in Love et L’Amour à tout prix et privilégie les drames et les thrillers. Mais le public a soif de Vivian, et Julia revient ainsi à ses premiers amours dans Le Mariage de Mon Meilleur Ami, gros succès au box office avec quasiment 300 millions de dollars de recettes et rejoignant Pretty Woman au Panthéon des classiques du genre.

Garry Marshall a rendu le monde entier amoureux de Julia Roberts.

Icône de la pop culture

L’actrice devient ainsi une icône et une nouvelle incarnation de la star-girl-next-door. Et le flou artistique entre son identité et les personnages qu’elle incarne devient le sujet quasi central (derrière l’histoire d’amour) d’un nouvel énorme succès, cette fois-ci écrit par Richard Curtis (à qui l’on doit Quatre Mariages et un Enterrement)Coup de Foudre à Notting Hill. Tous les éléments mis en place dans Pretty Woman sont à nouveau à l’œuvre et la magie opère à nouveau bien que Vivian soit montée en grade et devenue Anna Scott, une superstar mondiale:

 

La confusion devient encore plus grande lorsque la même année Garry Marshall refait appel à Julia Roberts et Richard Gere pour incarner les amoureux de Just Married (Ou Presque) une histoire qui ressemble étrangement à ce qui est arrivée à l’actrice quelques années plus tôt, lorsqu’elle s’était enfuie de son mariage laissant le pauvre Kiefer Sutherland seul devant l’autel.

 

Le film est à nouveau un succès au box office et Garry Marshall a remis tous les ingrédients dans la marmite jusqu’au chewing gum bouche ouverte, accessoire ultime de l’actrice depuis Pretty Woman.

Julia Roberts est devenue, plus qu’une grande actrice, une icône de la pop culture, d’une apparition dans Friends en amoureuse revancharde, à son incarnation de la «dreamgirl» du Dave Matthews Band dans le clip de la chanson du même nom et jusqu’à son Oscar pour Erin Brockovich pour lequel elle dépasse le temps imparti au discours de remerciement dans la bonne tradition de son trop plein de vie, Julia Roberts reste l’amoureuse de l’Amérique.

 

Jusqu'à l'année dernière, où les deux actrices de la série Broad City reprenaient encore, dans un épisode hilarant, une autre scène mythique de Pretty Woman lorsque Vivian revient vers la vendeuse qui a refusé de lui vendre des vêtements:

Si les derniers films que Garry Marshall a réalisés avec Julia Roberts (la fameuse trilogie Valentine’s Day, New Years Eve et Mothers’ Day) sont très loin d’être des chefs d’œuvre le réalisateur a réussi avec son actrice à façonner le(s) personnage(s) Julia Roberts et à infuser en lui/eux son humour, sa bonhomie et son romantisme. En 1990, il expliquait au New York Times: «J’aime faire des films très romantiques, très sentimentaux. C’est un sal boulot mais il faut bien que quelqu’un le fasse.»

Pauline Thompson
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