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Ramener l’or olympique en tant que porte-drapeau: le défi de Teddy Riner

Cyril Simon, mis à jour le 25.07.2016 à 13 h 05

Aux Olympiades d’été, moins d’un porte-drapeau français sur dix est reparti avec l’or.

Teddy Riner, le 28 juillet 2012 à Londres après sa victoire aux JO | TOSHIFUMI KITAMURA/AFP

Teddy Riner, le 28 juillet 2012 à Londres après sa victoire aux JO | TOSHIFUMI KITAMURA/AFP

1960, Olympiades de Rome. La piste s’effondre sous les pieds de celui qu’on surnomme D’Artagnan. L’escrimeur Christian d’Oriola, double champion olympique, vient de perdre sa couronne. Il termine septième. Septième. Jamais, depuis quatorze ans, l’empereur du fleuret n’avait quitté les deux plus hautes marches d’un podium. Quelques jours plus tôt, c’est lui qui brandissait le drapeau tricolore lors de la cérémonie d’ouverture. Relation de cause à échec? Ce serait beaucoup dire. Ce qui est certain néanmoins, c’est que les cas de faillite chez les porte-drapeaux français sont légion.

Comment alors ne pas avoir une pensée pour Teddy Riner, invaincu depuis 2010 et qui hissera le drapeau tricolore le 5 août 2016 à Rio? Le nom de l’heureux élu, choisi par un panel de cinquante-deux sportifs, est tombé le dimanche 24 juillet au soir, en marge de l’arrivée du Tour de France sur les Champs-Élysées. Son grand ami Tony Parker, lui aussi pressenti, n’endossera donc jamais ce rôle. Une bonne nouvelle peut-être pour l’équipe de France de basket, qui ne s’expose pas à la malédiction du porte-drapeau déchu.

Car, depuis l’apparition de cette distinction aux Jeux olympiques d’été en 1912, seuls deux ambassadeurs sur vingt-deux ont remporté le titre suprême dans leur discipline l’année où ils ont porté l’étendard tricolore: il s’agit de la supersonique Marie-Josée Pérec en 1996 sur le tour et demi-tour de piste à Atlanta et du judoka David Douillet quatre ans plus tard à Sydney. Quatre autres Français ont tout de même arraché une médaille individuelle en tant qu’ambassadeur: le bronze pour Jean Debuf en 1956 en altérophilie et Jean-François Lamour en 1992 au sabre, ainsi que l’argent pour le cycliste Daniel Morelon en 1976 et le judoka Angelo Parisi en 1984. Le reste du temps, le podium échappe au porte-drapeau. Exemple: en 1952, à Helsinki, Ignace Heinrich se déplace une vertèbre en pleine extension. Les soins médicaux ne permettent pas au sauteur en longueur de défendre sa médaille d’argent obtenue quatre ans plus tôt en Grande-Bretagne. Tiens, un abandon après une médaille à Londres... Et si le scénario se répétait?

Être tenant du titre n’arrange rien, loin de là

D’autant que les statistiques sont encore plus mauvaises si le porteur d’espoir, celui qui doit montrer l’exemple à toute une délégation, débarque avec le statut du champion en titre. Ce scénario rappelle quelques-unes des heures les plus sombres de l’olympisme français (et encore, on ne se penche pas sur les olympiades d’hiver). Dans la banque des souvenirs douloureux, celui du faux pas du kayakiste Tony Estanguet est sans doute le plus vivace. Le 12 août 2008, à Pékin, le double champion olympique en titre est éliminé à la surprise générale en demi-finale de la compétition. Ses espoirs de gagner une troisième médaille d’or consécutive dans une même discipline, exploit inédit en France, s’évanouissent.

Il refusera cependant de mettre cet échec sur le dos de son statut d’ambassadeur: «C’était inédit pour moi de vivre ces Jeux avec ce statut-là. C’était une chance extraordinaire, assure-t-il au micro d’Eurosport. Je fais justement du sport de haut niveau pour vivre des situations inédites et j’ai trouvé ça à la fois très excitant et très excitant. Je savais au fond de moi que ce serait très compliqué. Mais encore une fois, je ne pense pas que ce soit l’explication de mon échec. L’explication principale, c’est que sportivement comme techniquement parlant, je n’ai jamais bien navigué ici. Ici, il m’arrive tout le temps des tuiles.»

Cette histoire ou encore celle de Jean-François Lamour, défait en 1992 après deux éditions dorées, reviennent de manière lancinante aux oreilles de l’octuple champion du monde de judo. Mais peu importe. «Je ne le vis pas comme une pression, assurait-il au Figaro au printemps. Je sais que tout le monde parle d’une malédiction du porte-drapeau, mais je n’y accorde aucune importance. Pour moi, ce serait juste un moment inoubliable de ma carrière que d’avoir l’honneur et le privilège de faire entrer la délégation française derrière le drapeau bleu-blanc-rouge.»

 

Évidemment, on voit mal comment ce rituel pourrait venir perturber le programme d’un champion à la préparation millimètrée. Surtout que Teddy Riner a tenu à poser ses conditions, quelques minutes après l’officialisation de sa nomination. La première semaine, il restera le plus possible dans sa bulle. «J’ai un rôle à endosser, mais je dois aussi être prêt le 12, a analysé le judoka au micro d’iTélé. Dès que cette journée sera passée, je serai dans chaque enceinte pour supporter les Français et faire en sorte que chacun ramène la plus belle des médailles.» Une note d’espoir pour terminer: l’Euro 2016 fut le tournoi des fins de série, alors pourquoi pas Teddy Riner pour venir chasser d’un ippon la malédiction olympique?

Cyril Simon
Cyril Simon (28 articles)
Journaliste
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