Monde

«Hillary en prison!»: la Convention républicaine prend des airs de chasse aux sorcières

Claire Levenson, mis à jour le 21.07.2016 à 9 h 19

La Convention s'est transformée en inquisition contre Clinton avec un slogan haineux constamment répété par la foule: «Enfermez-la! Enfermez-là!»

Cleveland, le 20 juillet 2016, lors de la convention républicaine. McNamee/Getty Images/AFP

Cleveland, le 20 juillet 2016, lors de la convention républicaine. McNamee/Getty Images/AFP

Les thèmes des premiers jours de la Convention républicaine étaient censés être la sécurité, l’économie et la politique étrangère, mais au lieu de cela, l’événement s’est transformé en violente inquisition contre Hillary Clinton, la candidate démocrate.

En dehors du stade à Cleveland, les T-shirts «Hillary en prison» sont des best-sellers, et à l’intérieur, les délégués ont trouvé leurs slogans préférés à scander en coeur: «Hillary en prison!» et «Enfermez-la!».

Le mercredi 20 juillet au soir, la foule s’est remise à crier «Enfermez-la!» dès l’ouverture des festivités, lors du discours du gouverneur de Floride, Rick Scott. Comme le résume The New Republic, «“Enfermez-la” a remplacé Make America Great Again comme thème de la Convention.»

Enhardi par l’atmosphère haineuse, un conseiller de Donald Trump, élu local dans le New Hampshire, avait déclaré à la radio plus tôt dans la journée qu’Hillary devrait «être exécutée pour trahison», et le Secret Service a ouvert une enquête.

Le jour d’avant, le gouverneur du New Jersey Chris Christie s’était complètement lâché dans le stade de Cleveland, avec une mise en scène de procès public où la foule, jouant le rôle du jury populaire assoifé de revanche, hurlait: «coupable!» à chaque fois que Christie assénait une accusation contre Clinton.

Certains chefs d’accusation étaient délirants, comme lorsque Christie a tenu Clinton et Obama responsables pour les kidnappings par Boko Haram au Nigéria. Le gouverneur a accusé le Département d’Etat d’avoir refusé de placer le groupe sur la liste des terroristes internationaux. Comme le note le New York Times, Boko Haram a été ajouté à la liste en 2013, et certains leaders du groupe y étaient déjà avant, sans compter que placer un groupe sur une liste n’empêche pas qu’il commette des violences. Mais Christie a plutôt évité les nuances, et son verdict était assez simple:

«En Libye et au Nigéria, coupable. En Chine et en Syrie, coupable. En Iran, en Russie et à Cuba, coupable».

Le déchaînement était tel que plusieurs observateurs ont dit qu’ils s’attendaient à voir la foule brûler une effigie de l’ancienne première dame:

«Je vais être surpris si ils ne brûlent pas une effigie de Clinton à la fin de la soirée».

La métaphore du bûcher de sorcières est fréquemment revenue:

«Version courte de la deuxième soirée de la Convention républicaine: Brûlez la sorcière!»

Le jour d’avant, la mère d’un employé d’ambassade tué dans un attentat terroriste à Benghazi en Libye avait accusé l’ancienne secrétaire d’Etat d’être personnellement responsable de la mort de son fils. 

«Comment a-t-elle pû me faire ça?», a lancé Patricia Smith, la voix pleine de sanglots, avant de finir par un désormais classique: «Hillary en prison!»

Comme pour renforcer l’atmosphère d’inquisition médiévale, l’ancien candidat républicain Ben Carson a semblé suggérer sur scène qu’Hillary Clinton était disciple de Lucifer. Carson a expliqué que Clinton avait écrit un mémoire sur le militant radical Saul Alinsky quand elle était à l’université (elle a depuis clarifié qu’elle ne soutenait pas toutes ses idées). Or Alinksy a écrit un livre sur le militantisme avec une préface dans laquelle il mentionne Lucifer. Carson en a conclu ceci: 

«Voulons-nous vraiment élire comme président quelqu’un dont le mentor cite Lucifer?»

Entre le jury populaire haineux et la référence à Satan, la mise en scène a rappelé à certains les procès en sorcellerie qui ont eu lieu à Salem aux Etats-Unis au 17eme siècle:

«Carson lie Clinton à Lucifer, et Christie invite la foule à chanter “Enfermez-la!” et “Coupable!”. La prochaine fois, la Convention devrait avoir lieu à Salem.»

Cette virulence est accompagnée d’un sexisme souvent outrancier et vulgaire. Un des orateurs invités à parler le premier jour de la Convention, Scott Baio, l’acteur qui incarnait Charles dans la série Charles s’en charge, avait récemment tweeté une image d’Hillary devant le mot «cunt», soit conne (mais le mot en anglais est utilisé beaucoup plus rarement qu’en français car il est considéré comme particulièrement sexiste).

Plusieurs journalistes présents sur place ont rapporté que les mots «bitch» (salope) et «cunt» étaient fréquemment utilisés en référence à Clinton, que ce soit sur les badges et t-shirts vendus ou dans la bouche des participants. 

«Il faut le dire, l’utilisation de “Bitch” dans cette Convention est répugnant et sans retenue».

Peu de projets politiques concrets ont été évoqués pendant ces trois soirs, et jusqu’ici, c’est surtout la haine contre la candidate démocrate qui permet d’unifier un parti en pleine crise d’identité. Plus que l’enthousiasme pour Trump, c’est la haine contre Clinton qui anime la Convention.

Claire Levenson
Claire Levenson (141 articles)
Journaliste
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