Santé / France

En 2004, la présidente de l’Ordre des pharmaciens défendait une clause de conscience pour l’IVG

Temps de lecture : 2 min

La présidente du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens a violemment nié mardi 19 juillet qu’une clause de conscience du nouveau code de déontologie puisse permettre aux pharmaciens de refuser de délivrer des produits liés à la contraception, et a dit être «très attachée aux droits des femmes trop souvent chèrement acquis». Mais un article de 2004 montre qu’elle avait déjà défendu une clause de conscience pour les pharmaciens s’agissant de l’IVG médicamenteuse.

PHILIPPE HUGUEN/AFP
PHILIPPE HUGUEN/AFP

Le projet de clause de conscience pour le futur code de déontologie des pharmaciens n’en finit pas de susciter des remous. Ce projet est accusé par des professionnels de santé opposés au texte de préparer un futur blanc-seing aux officines qui ne souhaitent pas vendre la pilule ou des méthodes de contraception par conviction religieuse. À la suite de ces révélations, la présidente du conseil national de l’Ordre des pharmaciens a violemment réagi en se disant dans un communiqué «très attachée aux droits des femmes, trop souvent chèrement acquis». Mais un article datant de 2004 montre qu’elle a pourtant défendu à un moment une clause de conscience pour les pharmaciens s’agissant de l’IVG (interruption volontaire de grossesse) médicamenteuse.

Cet article a été publié le 10 juillet 2004 sur le site du Moniteur des pharmacies, une revue professionnelle. À cette époque, Isabelle Adenot n’était pas encore présidente du Conseil national de l’Ordre mais simple présidente de section. L’article décrit l’arrivée de l’IVG médicamenteuse chez les médecins généralistes de ville, alors que jusque là celui-ci ne pouvait être effectué qu’à l’hôpital. Les pharmaciens n’ont pas à délivrer le produit directement aux patients, mais aux médecins, qui le leur fournissent ensuite. Les produits permettant de réaliser l’IVG médicamenteuse sont en effet parmi les rares médicaments à ne pouvoir être délivrés directement au patient, même avec une ordonnance.

Pourtant, et malgré ces précautions, Isabelle Adenot jugeait à l’époque qu’on aurait dû ménager une clause pour permettre aux pharmaciens de refuser de le faire, clause qui existe déjà pour les médecins. «On aurait pu prévoir exactement le même système pour le pharmacien, regrette Isabelle Adenot [...]. À charge pour lui d’indiquer quel autre pharmacien pourrait dispenser le produit», rapporte le Moniteur, qui conclut que, «malgré le refus de la DGS [direction générale de la Santé; NDLR], l’Ordre pourrait réitérer sa demande» d’une clause de conscience.

Réplique cinglante

Voilà qui risque d’envenimer encore plus les relations du conseil de l’Ordre des pharmaciens et du ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes. Après la publication d’articles de presse faisant état de cette clause de conscience, Laurence Rossignol, à la tête de ce portefeuille, a estimé que «le simple fait d’interroger les pharmaciens sur ce sujet nous rappelle que l’accès à la contraception et à l’IVG, en tant que droits à part entière, n’est jamais définitivement acquis». S’inquiétant d’un texte flou, qui octroie aux pharmaciens le droit de «refuser d’effectuer un acte pharmaceutique susceptible d’attenter à la vie humaine», elle a aussi demandé à la présidente du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens de «clarifier l’objet de cette consultation et de réaffirmer l’attachement de l’Ordre à assurer aux femmes leur autonomie et la liberté de choisir leur contraception».

La réplique du conseil de l’Ordre, cinglante, ne s’est pas fait attendre. Quelques minutes après la publication du communiqué du ministère, Isabelle Adenot publiait son propre communiqué pour dénoncer les propos de Laurence Rossignol, «consternants à ce niveau de responsabilité de l’État» selon elle, accusant la ministre de créer «un climat de désinformation très préjudiciable pour les patients et le public».

Les propos tenus en 2004 par la présidente du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens vont donner de l’eau au moulin du ministère en charge des droits des femmes. Cet article risque aussi de renforcer les craintes du collectif de pharmaciens à l’origine d’une pétition contre le texte, qui assimile le projet d’article à un «encouragement» aux «pharmaciens les plus réactionnaires, qui souhaitent avoir le droit de ne pas délivrer certains médicaments par convictions personnelles».

Aude Lorriaux Journaliste

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