France

La gauche toujours aux abonnés absents

Thomas Legrand, mis à jour le 26.10.2009 à 12 h 44

Les débats et les polémiques sont menés par les médias, pas par une opposition souvent inaudible et incohérente.

Mais où est donc passée la gauche? C'était la question que suggéraient les membres de la majorité qui, reprenant en cœur la consigne Elyséenne, affirmaient, pendant la série de polémique qui vient de secouer la vie politique française, que l'opposition avait été remplacée par la presse.

Mais au-delà de cette affirmation à deux coups, un pour intimider ceux qui peuvent l'être dans notre corporation, l'autre pour décrire une opposition à la ramasse, la question de la disparition de la voix de la gauche est réelle. D'ailleurs certains, à gauche, accusent aussi les médias de ne pas relayer assez leur message... C'est évidement beaucoup plus compliqué que ça.

D'où vient alors l'atonie de l'opposition en général, et du PS en particulier, dans un contexte politique qui devrait pour le moins lui être favorable. On peut déceler plusieurs raisons. D'abord la droite génère ses propres débats. La concentration des pouvoirs à l'Elysée, le fait que toute initiative politique vient du chateau, aboutit à ce que toute la partie de la majorité qui n'est pas strictement sarkozyste, qui n'est pas insider, fait entendre une musique différente. Et cette musique différente, c'est assez tragique pour la gauche mais on ne l'écoute plus, on ne lui donne plus de crédit, qu'elle vienne du parti socialiste ou des écologistes. Tout simplement parce que dans un système de prise de décision très centralisé, le seul débat utile est celui de l'intérieur.

Un débat médiatiquement utile, c'est un débat qui peut faire changer le cours des choses. Pour qu'un projet voulu par l'Elysée ait une chance d'être amendé ou repoussé, il faut que ça vienne de l'intérieur. Obtenir de vraies compensations à la suppression de la taxe professionnelle, tenter de soustraire la CRDS ou la CSG du bouclier fiscal, ou même obtenir l'arrêt des expulsions par charter d'immigrants afghans, n'ont une chance d'aboutir que si la fronde à droite est forte. Voila pourquoi lorsqu'il y a débat dans la majorité c'est — médiatiquement — beaucoup plus intéressant que lorsqu'il y a débat classique entre la gauche et la droite.

D'ailleurs cette semaine, le groupe PS a eu sa niche parlementaire. Pendant une journée les députés socialistes ont pu présenter leurs propositions de loi. Les parlementaires de l'UMP, Jean-François Copé en tête, ont ignoré ces débats. La presse les a à peine relatés parce que l'on savait que de toute manière, toutes les propositions seraient rejetées. Il n'y avait aucun enjeu.

Le PS n'arrive finalement à peser sur un projet parlementaire qu'à force de ruses, en se planquant derrière les rideaux de l'Assemblée et en surgissant au dernier moment pour créer un surnombre surprise dans l'hémicycle, comme ce fut le cas en avril lors du rejet de la première version de la loi HADOPI. Ou alors il faut qu'un député UMP se trompe de bouton et vote «pour» alors qu'il pensait «contre» sur l'augmentation de 10% de l'impôt sur les bénéfices des banques. Mais dans ces deux cas, il faudrait probablement parler d'acte manqué d'une droite mal à l'aise avec la politique du gouvernement. Il faudrait ouvrir une chaire de psychologie parlementaire à l'académie de psychanalyse... On pourrait avantageusement étendre tout le groupe parlementaire de Jean-François Copé sur un vaste divan rouge, fait du velours des sièges du palais Bourbon.

Alors cette situation faite à l'opposition n'est pas nouvelle, elle était à peu près la même sous les précédents présidents mais l'opposition palliait cette carence due, en partie, à la force du fait majoritaire par un leadership un tant soi peu charismatique. De toute évidence, Martine Aubry n'a pas pris la dimension nécessaire et Ségolène Royal, plus réactive, parle d'une voix de plus en plus dissidente du PS. Il y a donc toujours un problème de leadership au PS. Le porte-parole Benoit Hamon ne semble pas toujours porter la parole de son parti, on l'a encore vu sur l'affaire Mitterrand.

Le PS n'est, de ce fait, pas en mesure de répliquer fortement et surtout rapidement et de façon cohérente aux rafales d'annonces et d'initiatives de l'Elysée. Le groupe socialiste s'épuise au Parlement sur des projets traités en procédure d'urgence. La discussion qui a lieu dans l'Hémicycle n'a quasiment pas d'échos hors des murs de l'Assemblée parce que, en général,  le débat en lui-même s'est déroulé dans les médias, il a déjà agité la société plusieurs mois avant d'arriver au Parlement. Il a vécu et prospéré lors de l'annonce de la mesure correspondante faite par l'Elysée, de façon à alimenter la polémique dans la presse, à la radio et à la télévision plutôt que dans les institutions faites pour le débat démocratique. Exemple: Le débat fondamental sur la loi carcérale a subi ce traitement qui laisse forcément le PS en plan.

C'est tout un enchainement dans lequel le PS se laisse prendre, embringué dans un faux rythme. Il ne s'y laisserait pas prendre s'il avait un vrai leader. Une personnalité réactive, à l'affut des débats qui montent, capable même d'en créer, Une personnalité que l'on sentirait heureuse d'être à la tête de son parti, respecté et solidement assis sur une légitimité incontestée. On en est loin!

Thomas Legrand

Lire également: La Gauche en Europe: changer ou périr et Epad: la victoire du prince Jean, la défaite de la cour.

Image de Une: REUTERS

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