Monde

Trump exploite les histoires de jeunes tués par des immigrés illégaux

Claire Levenson, mis à jour le 19.07.2016 à 9 h 32

La première soirée de la Convention républicaine à Cleveland s’est distinguée par l’exploitation de tragédies personnelles à des fins politiques.

Donald Trump lors du premier jour de la Convention républicaine, le 18 juillet 2016, à Cleveland | Robyn BECK/AFP

Donald Trump lors du premier jour de la Convention républicaine, le 18 juillet 2016, à Cleveland | Robyn BECK/AFP

Le thème de la soirée d’ouverture de la Convention républicaine à Cleveland était la sécurité: «Make America Safe Again», soit «rendre l’Amérique plus sûre». Parmi les nombreux orateurs invités, il y avait une star du show de téléréalité Duck Dynasty, qui a accusé les journalistes de se tromper constamment car «ils ne traînent pas avec les vrais gens comme nous, qui chassent, pêchent, prient et travaillent pour gagner leur vie», ainsi qu’Antonio Sabato Jr, un ancien mannequin de sous-vêtements qui pense que Donald Trump favorisera l’unité du pays. 

Un des discours les plus applaudis a été celui de l’ancien maire de New York Rudy Giuliani, qui a rendu hommage au sacrifice des policiers américains. Trump a fait une brève apparition (avec «We are the Champions» et beaucoup de fumée) pour présenter sa femme Melania, qui a dit qu’obtenir la nationalité américaine était «le plus grand privilège au monde».

Mais cette première journée s’est surtout distinguée par plusieurs témoignages personnels tragiques, mis en scène pour enflammer les passions anti-immigrés de la foule. Trois parents d’enfants tués par des immigrés illégaux sont venus raconter leur histoire au public et, à chaque fois, la conclusion était similaire: Hillary Clinton préfère protéger les sans-papiers que les Américains, alors que Donald Trump protègera les Américains en priorité.

«Il faut construire le mur»

Sur le grand écran, Mary Mendoza, Sabine Durden et Jameel Shaw étaient tous présentés comme des «victimes d’immigrés illégaux». À chaque fois, une photo de leur enfant décédé apparaissait sur l’écran.

«C’est la légende pour les intervenants.» 

Jamiel Shaw, dont le fils a été tué en 2008 par un Mexicain sans-papier membre d’un gang, a déclaré que Donald Trump avait été le seul homme politique à s’intéresser à lui, avant de conclure: «Il faut construire le mur. Trump mettra l’Amérique d’abord, pas Hillary la menteuse.» Shaw avait déjà fait plusieurs apparitions pour la campagne de Trump.

Deux mères qui ont perdu leurs fils dans des accidents de la route provoqués par des sans-papiers ivres au volant ont également raconté leur histoire en pleurant. Mary Ann Mendoza a conclu qu’il était temps d’élire un gouvernement «qui s’intéresse plus aux Américains qu’aux sans-papiers» et Sabine Durden a accusé Hillary Clinton de ne parler que de ce «qu’elle va faire pour les sans-papiers et les réfugiés».

Diaboliser les «personnes à la peau foncée»

Parmi tous les parents victimes de tragédie aux États-Unis, certains auraient pu parler d’enfants tués par des blancs américains. Mais le choix orienté était clairement assumé: il ne s’agissait pas de parler de mesures concrètes pour améliorer la sécurité routière ou la lutte contre les gangs, mais plutôt de voir des mères en larmes et en colère contre les sans-papiers. Il s’agissait d’un appel direct à l’émotion pour diaboliser les immigrés, Hillary Clinton et Barack Obama, en évitant de dire que l’administration Obama a déjà expulsé plus de 2 millions de sans-papiers. 

«Des victimes d’un horrible traumatisme revivent leur traumatisme pour que le Parti républicain puisse accuser tous les sans-papiers de ce drame et faire passer des mesures contre ces gens», résume Jeremy Stahl dans Slate.com.

Comme l’a écrit un ancien conseiller du candidat républicain Marco Rubio,  l’idée centrale de la soirée était assez simple: «Les personnes à la peau foncée rendent l’Amérique moins sûre.»

Claire Levenson
Claire Levenson (141 articles)
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