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- Par Jean-Yves Nau
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Journaliste et docteur en médecine, Jean-Yves Nau a été en charge des questions de médecine, de biologie et de bioéthique au Monde pendant 30 ans. Il est notamment le co-auteur de «Bioéthique, Avis de tempête».
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Jean-Yves Nau
Journaliste et docteur en médecine, Jean-Yves Nau a été en charge des questions de médecine, de biologie et de bioéthique au Monde pendant 30 ans. Il est notamment le co-auteur de «Bioéthique, Avis de tempête».
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«Il n'y a pas eu de “vague de suicides” à France Télécom»
A l'occasion des changements à la tête de France Télécom, Slate republie un entretien avec le professeur Viviane Kovess Masfety.
France Télécom va finalement changer de patron plus tôt que prévu. L'opérateur de télécom a annoncé lundi 1er février dans la soirée la nomination de Stéphane Richard, actuel numéro 2, au poste de directeur général à partir du 1er mars. Le Pdg, Didier Lombard, conservera le poste de président du conseil d'administration jusqu'en juin 2011, date de la fin de son mandat, mais perd toute fonction opérationnelle. La gestion de la crise sociale et la communication de Didier Lombard avaient été fortement critiquées lors de la «vague de suicides». Stéphane Richard, ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde au ministère des finances, a été nommé à France Télécom en septembre 2009. Reste à savoir s'il y a vraiment eu une «vague de suicides».
***
Une polémique est née ces derniers jours après les affirmations de René Padieu, président de la commission de déontologie de la société française de statistique selon lequel il n'y avait pas de «vague de suicides» au sein du personnel de France Télécom. Dans cette entreprise de 100.000 personnes, 23 suicides en 20 mois dont la grande majorité concerne des fonctionnaires hommes, de plus de 50 ans et techniciens ont été recensés. Entretien avec le professeur Viviane Kovess Masfety (directrice EA 4069 ; épidémiologie, évaluation, politiques de santé), de l'Ecole des Hautes études en santé publique.
Les méthodes statistiques permettent-elle ou non de conclure ici à une augmentation du taux de suicides? Si oui de quelles manières? Si non, pourquoi? Quelles sont ici les difficultés, les limites? Que peut-on ou non conclure?
Viviane Kovess Masfety: René Padieu n'est pas le seul à penser que le taux n'est pas particulièrement élevé. La plupart des personnes qui sont habituées à travailler sur les statistiques de suicide le savent; il est ce qu'on appelle le taux «attendu» mais il est bien difficile de dire cela sans être considéré de ce fait comme un ennemi des salariés de l'entreprise faisant le jeu de la direction. Même si en fait cette interprétation des statistiques ne signifie en rien un cautionnement du sort qui est fait à ces salariés et la façon dont ils sont traités. On a donc du mal à communiquer sur un tel chiffre sans être happé par la polémique, quand justement il faudrait calmer le jeu et trouver des portes de sortie par le haut à la situation actuelle.
En revanche, il est vrai que l'on ne peut avoir une grande précision et ce pour plusieurs raisons. D'une part parce que (fort heureusement) le suicide est un phénomène rare: 16/100.000 personnes par an. De ce fait, les variations du taux à l'échelle d'une sous population limitée comme celle de France Télécom (ou d'un territoire géographique) ne peuvent se concevoir qu'en «lissant», c'est à dire en considérant les données disponibles sur plusieurs années, puisqu'un ou deux cas de plus ou de moins peuvent faire grimper ou baisser artificiellement les taux, sans correspondre à une tendance. D'autre part, ces taux sont différents pour les hommes (25/100.000 ) et les femmes (8,5/100.000). Ils sont différents également en fonction de l'âge ou suivant l'âge: 27/100.000 pour les plus de 65 ans et jusqu'à 50/100.000 pour les hommes de 65 ans et plus et suivant qu'on prend la population «active» 20-60 ans puisque on ne suicide pas avant l'âge de 14/15 ans.
Le type d'activité professionnelle peut-il être un facteur déclenchant?
La question du suicide par type de profession a été largement étudiée. Il ne faut cependant pas oublier que les personnes qui se suicident le plus sont celles qui n'ont pas d'emploi; en partie parce que les personnes souffrant de maladies mentales ont du mal à avoir accès à un emploi et que les autopsies psychologiques démontrent qu'on trouve une pathologie mentale sévère avérée dans 90% des cas de suicide et sous jacente dans les 10% restant. Les taux sont très élevés, là aussi en partie car il s'agit d'une population à risque, pour les personnes emprisonnées. D'abord parce qu'on compte de plus en plus de malades mentaux dans les prisons ainsi qu'un taux élevé de personnes ayant des troubles d'usage de substances et des troubles du comportement ; ensuite parce que l'emprisonnement est la plupart du temps un événement marquant et très dévalorisant. Auquel s'ajoutent les conditions d'emprisonnement largement décriées; d'où la nécessité d'avoir une politique de prévention particulièrement active dans ce contexte.
Parmi ceux qui ont une profession, ce sont les médecins (surtout les femmes) qui sont les plus exposés au risque de suicide, suivie par les infirmières et les vétérinaires. Parmi les médecins, les anesthésistes et les psychiatres ont les risques les plus élevés. Après les médecins viennent les agriculteurs et agricultrices.
Selon l'étude dite «COSMOP» de l'Institut de veille sanitaire qui assure un suivi de la mortalité par profession, il existerait une surmortalité par suicide pour les agriculteurs (hommes et femmes) ainsi que chez les employés du secteur de la production de minerais et de matériaux de construction ainsi qu'une sous mortalité par suicide chez les enseignants. La mortalité par suicide dans le secteur «télécommunications et poste» est celle de la population générale française: on ne s'attend donc pas à ce qu'elle soit plus basse. Mais cette étude présente plusieurs biais méthodologiques, notamment par l'absence de connaissance de la consommation de tabac et d'alcool qui sont des facteurs très importants de déterminants de la mortalité et sont eux mêmes liés à la profession.
A partir des données dont nous disposons, on ne peut conclure qu'il n'y aurait pas un taux plus élevé de suicide chez France Télécom que dans la population correspondante française.
Peut-on selon vous, comme vient de le faire Christian Charpy, directeur général de Pôle Emploi, parler de « syndrome France Télécom » (pour dire que ce syndrome n'existe pas à Pôle Emploi...)
Il est difficile de parler d'un «syndrome France Télécom» dans la mesure où le taux n'est pas plus élevé que celui qu'on attend. Cependant, il existe une littérature scientifique importante concernant l'influence des médias sur le suicide; que ce soit parce qu'une personne célèbre se suicide ou qu'on en parle beaucoup sous une forme sensationnelle comme c'est le cas des suicides sur le lieu de travail en ce moment. Alors oui de ce point de vue, on peut parler d'un «syndrome France Télécom» puisqu'on en parle tous les jours et que c'est devenu un objet de polémique.
Selon le psychiatre Christophe Dejours, le questionnaire sur la souffrance au travail adressé aux salariés de France Télécom (auquel 25.000 personnes ont d'ores et déjà répondu ne sert «strictement à rien»? Partagez-vous ce point de vue?
Il est très difficile de répondre à cette question sans connaître le contexte dans cette entreprise, le questionnaire en question et de quelle manière il sera exploité. Christophe Dejours connaît cela mieux que moi. Il faudrait clarifier ce qu'on appelle «servir à quelque chose». S'agit-il de faire baisser le taux de suicide, des tentatives de suicide, de faire que les personnes se suicident ailleurs que dans leur entreprise ou que les médias arrêtent de s'en occuper ou encore que les personnes se sentent mieux, moins menacées?
Existe-t-il des exemples de prévention dans ce domaine?
A ma connaissance, le seul programme documenté qui ait fait baisser un taux de suicide est le programme de l'Ile de Gotland (Suède). Ce dernier est basé sur la formation des généralistes à reconnaître et à traiter la dépression qui est en cause dans plus de la moitié des suicides ainsi que leur capacité à gérer les problèmes avec l'alcool et leur capacité à bien évaluer les tendances suicidaires. Ce programme a depuis été utilisé dans plusieurs pays et fait partie des recommandations de l'OMS dans la prévention du suicide. L'envoi d'un questionnaire ne rentre pas dans cette ligne. Par contre, un élément essentiel est l'estime de soi et l'impression qu'ont les personnes d'être respectées. On peut gérer très différemment les stress de la vie professionnelle du personnel en tant qu'employeur et gestionnaire de ressources humaines. Je ne suis pas convaincue que le stress soit un problème, du moins dans le contexte du suicide. En revanche, la perte de l'estime de soi et l'impression de perdre la face ou d'être humilié et considéré comme «moins que rien» sont des facteurs de risque de la dépression et, par là même, du suicide. Donc toute action qui redonne de la considération aux personnes et leur donne l'impression d'être respectée est positive même si on continue à demander des efforts de mobilité, de reconversion et de cadences à augmenter; c'est d'autre chose dont il s'agit. Le fait de se sentir piégé est aussi un facteur de risque de la dépression donc du suicide, il devient donc très important d'ouvrir des possibilités de reconversion crédibles et d'amener les personnes à envisager des portes de sortie acceptables.
La littérature spécialisée décrit-elle des phénomènes similaires à celui que l'on observe aujourd'hui chez France Télécom en France ou à l'étranger? Existe-t-il des facteurs explicatifs communs? Plus généralement existe-t-il des facteurs de risque bien identifiés dans les liens entre travail, maladie mentale et suicide ou, plus généralement, entre environnement et suicide?
J'ai effectué récemment une recherche sur «travail et suicide» et sur «évènements de vie et suicide». Le travail et les conditions de travail ne sont pas considérés comme ayant un impact significatif.
Outre le fait que le suicide concerne les personnes ayant des troubles psychiatriques, les événements qui ont été trouvés comme semblant avoir un impact sont les événements concernant la famille: les enfants, la séparation d'avec une personne importante affectivement et les événements concernant la santé; la sienne ou celle d'un proche. Il y a aussi des facteurs génétiques, des troubles neurobiologiques, des événements traumatiques dans l'enfance, tout particulièrement les abus sexuels. Dans tous les cas, on est loin des conditions de travail alors qu'ils faisaient explicitement partie des événements proposés.
A l'inverse existe-t-il des facteurs «protecteurs»? Peut-on selon vous redouter qu'il existe une forme de «contagiosité» de ce phénomène au sein de l'entreprise voire vers d'autres entreprises?
Les actions préconisées pour diminuer le suicide sont les actions sur les moyens utilisés: couvrir les ponts et les points en hauteur, protéger certaines zones de transports en commun (comme les métros urbains et tout particulièrement la ligne 14 à Paris) et contrôler l'usage des armes à feu pour citer quelques exemples. Et puis vient la formation des médecins généralistes pour ce qui est de tous les facteurs de risques connus (dépression, mésusage de l'alcool etc). Il y a aussi des actions possibles vis à vis des médias; en particulier sur la façon dont elles couvrent ce type d'événement. Une vague de suicide dans le métro de Vienne aurait été enrayée quand les médias auraient accepté de ne plus en parler. Dans certains pays, des chartes de bonne conduite sont proposées aux médias sur la manière de couvrir ces événements ainsi que l'image qu'ils véhiculent des malades mentaux et la violence. Donc oui, la contagiosité existe; ce phénomène est documenté et il peut être prévenue.
Selon un récent sondage, un Français sur dix a déjà pensé à se suicider; 3% à cause de difficultés professionnelles. Et 73% des sondés pensent que les cas récents de suicides de salariés montrent que la vie au travail est plus difficile qu'avant...
Les idées suicidaires sont relativement banales: d'après une étude récente faite en France dans quatre régions, 17,7% des personnes avaient pensé au moins une fois dans leur vie au suicide; une autre étude faite sur un échantillon France entière montrait des taux de 12,2 (7,7 pour les hommes et 16,2 pour les femmes)... Le sondage BVA colle tout à fait avec ces chiffres. Dans ces mêmes études, entre 4,8% et 3,7 % des personnes avaient fait une tentative au cours de leur vie (5% des femmes et 1% des hommes).
La question du «à cause de» est très compliquée. Ce n'est parce qu'une personne se suicide sur son lieu de travail ou qu'elle laisse une lettre mettant en cause le travail qu'elle se suicide «à cause du travail». La causalité dans le cadre de la santé mentale est très difficile à établir parce que les choses sont complexes et les facteurs multiples. L'autopsie psychologique est une technique qui permet de faire la part des choses entre une pathologie psychiatrique sous jacente pas forcément connue par le médecin du travail ni repérée par l'entourage, des éléments de vie personnelle et ce qui se passe au travail.
Le monde du travail est-il à vos yeux plus «suicidogène» aujourd'hui qu'il ne l'était dans le passé?
Bien difficile à dire. D'une part parce que le taux de suicide a constamment baissé ces dernières années en partie parce que la consommation d'alcool a baissé et que la dépression est mieux prise en charge mais aussi parce que les soins se sont améliorés (transport, réanimation) et que des efforts ont été faits en matière de prévention.
Il nous faudrait des enquêtes antérieures sur des échantillons comparables avec des méthodes identiques y compris les taux de réponse et à ma connaissance cela n'existe pas.
En tout cas il est difficile de conclure des suicides à France Télécom que le monde du travail est plus ou moins «suicidogène». Le suicide est un phénomène qui frappe les esprits mais obéit à des lois bien plus compliquées que la quantité de stress: le suicide diminue en période de guerre où les personnes sont très stressées, a augmenté dans les deux pays d'Europe dont l'économie se portait le mieux: Irlande et au Luxembourg, est très bas en Suède et très élevé en Finlande qui sont sous les mêmes conditions climatiques donc cette relation simple ne peut être faite. Ce qui est certain est que dans une entreprise où les personnes sont en grande détresse, le suicide d'un employé est considéré par chacun comme quelque chose qui les concerne personnellement et de ce fait on peut comprendre le lien qui se fait entre ce suicide et les conditions de travail et le climat dans l'entreprise.
Propos recueillis par Jean-Yves Nau
Image de une: CC Flickr tranchis
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Comments
Merci
Merci d'avoir eu le courage de publier cet article qui va à l'encontre de l'un des maux grandissant de notre société : la polémique.
Quelques règles de base de la polémique :
Trouver des victimes et de méchants coupables (les politiques assoiffés de pouvoir ou les dirigeants d'entreprise avides et sans scrupules le sont par définition).
Éviter le lancement dans la presse car au début de l'opération (avant le buzz) un travail sérieux de journalisme peut démonter l'opération, mais avec une publication internet bien organisée on saute cet obstacle. Une fois que l'émotion aura fait son effet, il sera quasi impossible de faire revenir le débat sur les éléments objectifs.
Faire lancer le bruit par des responsables associatifs ou syndicaux (par définition leur action n'étant motivée ni par l'argent ni par la soif de pouvoir, ils ne peuvent qu'exprimer des vérités irréfutables).
Se repaître ensuite des conséquences. Si l'on arrive à déquiller quelques méchants, quel bonheur !
Il y a en la matière des must. La polémique sur la nocivité des téléphones portables en est un. Lancée sur des affirmations totalement non étayées, nous en somme aujourd'hui arrivés à un point où, avec l'aide de notre bien ringard principe de précaution, les raisonnements et études de scientifiques reconnus n'ont pas permis de faire cesser un débat inepte.
Un travail sérieux de journalisme
D'abord, je suis en gros assez d'accord avec ce que vous dîtes...
Néanmoins je relève ceci:
"Éviter le lancement dans la presse car au début de l'opération (avant le buzz) un travail sérieux de journalisme peut démonter l'opération, mais avec une publication internet bien organisée on saute cet obstacle. Une fois que l'émotion aura fait son effet, il sera quasi impossible de faire revenir le débat sur les éléments objectifs."
Vous semblez assumer que les journalistes ont une méthodologie plus honnête que les non-journalistes. Là, je dis "méfiance"!
Nous avons été habitué à un "formatage" de l'info "officielle" (excuser l'abondance de guillemets). Pour avoir travaillé longtemps dans les médias, je sais très bien comment on peut mentir tout en disant la vérité. Croire à l'objectivité de certains média est naïf. Il y a mille et un facteurs qui sont lié 1/ à la perception, l'expérience et la culture de la ou des personnes personnes qui créent l'article 2/ aux enjeux économiques qui sous-tendent la production, la distribution et la commercialisation du média en question.
L'avantage de l'internet c'est ce foisonnement désordonné d'infos ou le vrai côtoie le faux en permanence. Les internautes aguerris savent ou et comment trouver l'info qui va correspondre à leur perception du vrai, mais ce faisant, il va entrer en contact avec une multitude d'autres opinions et version des faits. Mon opinion, par exemple, la meilleure à mes yeux puisque c'est la mienne, est formée par une multitude de sources francophones, anglophones et lusophones. Certaines sont de gauches, d'autres de droite. Je lis des blogs ( Huffington Post, Slate, Roots, Wired etc) , des dépêches d'agences, des médias "old economy" ( Libé, le Monde, Le Figaro, WSJ, The Indépendent, Guardian, The Times, NY Times,...) et, plus important encore, les commentaires des lecteurs. Ce qui est important, c'est la diversité.
Le Buzz a toujours existé. Avant il était contrôlé par les élites, maintenant, et c'est une très bonne chose, il l'est, entre autres, par des petits malins qui contourne le "capital" ( The Man en slang US) et les élites. Ils ouvrent les portes à de nouvelles opportunités, notamment à ceux qui en ont peu.
Entendez moi bien, ce texte ne constitue en aucun cas une critique de votre point de vue général auquel j'adhère.
Très cordialement,
merci pour cet article
Cela fait du bien de lire un article de spécialiste bien étayé, non polémique et qui montre les difficultés de conclure en ce domaine ... mais met, à contrario, en exergue tous les partis pris des syndicats, politiques, média (oh pardon), etc ...et des défouloirs Internetesques qui ne vont pas manquer d'apparaitre; Oui l'industrie nucléaire renvoie à Hiroshima, les vaccins aux empoisonements et le népotisme de Sarkozy à Staline ou Pinochet...! Cet article est une respiration.
Chris15
F telecom
En 2005, et plus, 2006, des membres de la DRH de France Telecom ont signalé à la Direction générale une augmentation anormale de psychopathologies et de suicides au sein de l'entreprise. Le patron du Coaching interne a été licencié. Le phénomène de l'hyperstress au sein de cette entreprise est vieux d'AU MOINS QUATRE ANS ET CONNU DE LA DIRECTION GENERALE. Simplement, la loi du silence a été brisée récemment. Le suicide FT n'est que la pointe émergée de l'iceberg. Mais la résonance est mondiale. Il suffit de lire l'anglais. Amitiés à Slate. Goliath.
goliath
Le titre contredit la conclusion de l'article
Je ne comprends pas comment Mr J-Y Nau peut intituler son article "Il n'y a pas de «vague de suicides» à France Télécom" alors que la conclusion de Mme Kovess Masfety est :"A partir des données dont nous disposons, on ne peut conclure qu'il n'y aurait pas un taux plus élevé de suicide chez France Télécom que dans la population correspondante française".
Si j'analyse correctement la conclusion de Mme Kovess Masfety, il y a deux éléments de phrase à la forme négative (double négation):
1. On ne peut conclure que
2. Il n'y aurait pas un taux de suicide plus élevé chez FT que dans le reste de la population.
Si je simplifie le propos, à l'instar de l'auteur, j'obtiens : "On ne peut conclure qu'il n'y a pas de «vague de suicides» à FT". Il me semble donc que le titre dénature complètement la conclusion. Je me trompe ?
Jeanbar
Quid du lieu de suicide
Voici donc démontré que les employés de France Telecom ne se suicident pas plus que les autres. Mais ca ne repond pas completement à la question : Se suicide-t-on *à* France Télécom plus qu'ailleurs ? Car ce me parait très symptomatique dans toute cette histoire, c'est que les suicides aient lieu sur le lieu de travail. Même si les employés de FT se suicident autant que les employés de, mettons, EDF, s'il s'averait qu'il y a plus de suicides dans les locaux de FT que dans ceux d'EDF (ce que la couverture médiatique laisse penser), il y aurait bel et bien un problème spécifique à France Télécom.
Très bonne analyse, merci...
Très bonne analyse, merci!
De la même manière qu'il n'y a pas de pandémie mortelle de la grippe, il n'y a pas de vague de suicide chez FT. Il y a juste un ensemble de forces qui ont intérêt à faire exister cette "hallucination collective". Les syndicats ont beau jeu d'exploiter ce nouveau filon. Les mass-médias traditionnels ont quelque chose à raconter pour tenter désespérément de continuer à agréger des audiences suffisantes pour retenir les annonceurs qui migrent vers Google en masse.
Un point intéressant est de noter que dans certains cas, les lettres des suicidés mettaient plus en cause leurs collègues "ex-service publique" que la hiérarchie. En fait on pourrait, tout aussi éhontément, exploiter cet aberration pour dénoncer les syndicats et les menaces qu'il font peser sur les non syndiqués. Il faudra qu'un jour on examine ce sujet complétement tabou... entendons nous bien, je ne suis certainement pas du côté de FT. Je crois que la "stupidité" des syndicats n'a d'égale que la "cupidité" des patrons.
Sur les statistiques et leur rôle dans nos sociétés hyper-connectés je recommande la lecture (en Anglais) de "Super Crunchers": http://www.randomhouse.com/bantamdell/supercrunchers/
Bonne journée à tous.. et ne vous suicidez pas, surtout si vous travaillez chez FT...
Vague de suicides ou pas
Nous vivons aujourd’hui dans le monde du travail sous le règne du paradigme de la performance individuelle, seule justification de la reconnaissance professionnelle.
La raison avancée est qu’elle est source de différentiation et donc de richesse pour l’entreprise reine.
Au nom de ce dogme inébranlable et dont il serait inconvenant de contester la validité, le monde de l’entreprise devient de plus en plus celui de chacun pour soi, une jungle dont seuls survivent les plus forts, les mieux armés, d’aucuns diraient les plus "doués" sous fond d’évidence historique (et soit disant scientifique) des bienfaits de la sélection naturelle.
Et l’homme dans ce pressoir sans âme, sans morale et sans scrupule ?
Et la motivation qui est de loin le meilleur moteur de la créativité et de la performance lorsque les tâches affectées aux collaborateurs sont uniquement dictées par les sacrosaintes obligations du service sans tenir compte des compétences et des goûts du collaborateur ?
Difficile bien sûr de voir dans ce constat un peu brutal et schématique, l’ultime et rassurante, en quelques sortes, raison de la "vague de suicides" au travail évoquée à propos de France Télécom mais aussi Renault, Peugeot, le corps médical, les agriculteurs et j’en passe probablement.
Dans votre article le professeur Viviane Kovess Masfety démonte avec méthode et impartialité la différence entre un ressenti collectif et un fait objectif.
Il n’empêche que le ressenti sur la dureté des conditions de travail, sur la dévalorisation méthodique des hommes et femmes, sur la méfiance systématique que ressentent certains collaborateurs n’en sont pas moins des faits aussi objectifs que le doute émis sur la "vague de suicides".
Peut-être assistons-nous à l’éveil d’un nouveau paradigme du monde du travail ?
Car il y a aussi de bonnes raisons de penser que les choses peuvent changer et que l’exaspération compétitive n’est pas une fatalité incontournable pour survivre dans notre système économique largement secoué par la crise.
Il n’est pas interdit d’espérer qu’avec les fantastiques progrès des technologies de la communication et de l’information, les structures hiérarchiques, pyramidales héritées d’un modèle militaire désuet dans l’économie en réseau dans laquelle nous évoluons finissent par être reléguées un jour au musée des antiquités organisationnelles.
Victor Hugo écrivait dans les contemplations :
"Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules ;
Ils vont de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement..."
Aujourd’hui le sort des enfants qui travaillaient dès l’âge de six ou sept ans dans des conditions effroyables pour des salaires quatre fois inférieurs au misérable émolument d’un adulte nous parait tout simplement odieux.
Peut-être à un terme pas si lointain il paraitra à nos descendants aussi insupportable, absurde et indigne d’avoir contraint des hommes à aliéner leurs légitimes désirs d’épanouissement à l’obéissance aveugle d’une hiérarchie souvent elle-même prisonnière de patrons rétrogrades qu’il nous est aujourd’hui révoltant d’évoquer le travail des enfants au début du siècle passé.
La sélection naturelle est depuis longtemps mise en échec par la médecine et ses progrès fabuleux et l’entreprise considérée comme un lieu de combat acharné, de sélection impitoyable des "meilleurs" n’est pas une fatalité incontournable dans la recherche du progrès et dans l’amélioration de la condition humaine qui va bien au delà de l’aisance matérielle.
contradiction?
effectivement. L'auteur - comme René Padieu d'ailleurs - ne dit pas: je peux prouver qu'il n'y a pas de phénomène de suicide chez France Télécom. Mais elle dit: ceux qui ont parlé d'une vague de suicides ne peuvent pas prouver qu'il y en ait eu une.
elle montre aussi les conséquences d'une médiatisation de ce phénomène. bref, je préfèrerais que les journalistes soient meilleurs en statistique, plutôt que les scientifiques soit meilleurs en grammaire.
D'accord avec votre analyse...
Je suis d'accord avec votre analyse qui recoupe la conclusion de Mme Kovess Masfety: au vu des simples chiffres dont nous disposons, il est impossible de conclure qu'il y ait plus ou moins de suicides à FT que dans le reste de la population.
Je considère néammoins que Mr Padieu défend une position tranchée, assez éloignée, me semble t'il, de la modération que vous lui prêtez:
En 2007 (cela varie peu d’une année à l’autre), on avait pour la population d’âge actif (20 à 60 ans) un taux de 19,6 suicides pour 100 000 (1). Vingt-quatre suicides en dix-neuf mois, cela fait 15 sur une année. L’entreprise compte à peu près 100 000 employés. Conclusion : on se suicide plutôt moins à France Télécom qu’ailleurs. Et, semble-il, moins qu’il y a quelques années. Il n’y a pas de « vague de suicides » (Source: entrevue "La Croix", http://www.la-croix.com/Sur-une-vague-de-suicides-par-Rene-Padieu/articl...)
et de citer l'enquête de "Pénombre" sur les taux de suicide dans la police (http://www.penombre.org/lg/03_02.htm), pouvant, selon lui, "qu'ils [les policiers] se suicidaient autant, pas plus, pas moins, que leurs compatriotes."
L'enquête de Pénombre est instructive et ses conclusions beaucoup moins péremptoires. L'analyse, portant sur plusieurs années, met en lumière un certain nombre de facteurs influençant la moyenne générale (l'âge, le sexe, l'état matrimonial, le grade et la situation géographique). Ces élements sont à prendre en considération pour éliminer les effets de structure qui peuvent modifier considérablement les moyennes: on passe presque du simple au double !
De plus, Pénombre soulève 2 points de méthode dans ses conclusions:
1. La population avec laquelle nous avons comparé la suicidité des policiers est la population générale, toutes catégories confondues. Il aurait été plus satisfaisant méthodologiquement de choisir la population ayant une activité professionnelle, ce qui aurait eu pour effet d'abaisser très légèrement le taux de suicide de la population témoin et donc de remonter la valeur de la sur-suicidité policière.
2. Nous avons supposé implicitement que la sous-déclaration des suicides dans la police était du même ordre que celle existant dans la population générale, ce qui permettait une comparaison directe au niveau des taux déclarés. Un certain nombre de travaux étrangers font cependant état d'une dissimulation particulièrement forte en milieu policier.
Pour résumer, je dirai que les arguments fournis par les uns (la presse en général) et les autres (Mr Padieu en particulier) sont du même ordre, c'est-à-dire une caricature de la réalité.
Jeanbar
épidémie de suicide
Un des faits évoqués par le professeur Viviane Kovess Masfety, à savoir:
"il existe une littérature scientifique importante concernant l'influence des médias sur le suicide; que ce soit parce qu'une personne célèbre se suicide ou qu'on en parle beaucoup sous une forme sensationnelle comme c'est le cas des suicides sur le lieu de travail en ce moment"
... me fait penser au livre de Malcolm Gladwell intitulé "The tipping point", qui donne plusieurs exemples de phénomènes sociaux où une forme d'accélération s'opère une fois passé un "tipping point" ou "point de bascule". Il évoque notamment une "épidémie de suicide", comme si le fait qu'une première personne se suicide d'une certaine manière, entraîne d'autres personnes déjà fragilisées à faire de même, alors qu'elle ne l'auraient peut-être jamais fait, provoquant éventuellement une forme d'épidémie. Ici, l'acte de se suicider sur le lieu de travail, pour des hommes de plus de 50 ans, semble le coeur de l'épidémie.
A toutes fins utiles, ce commentaire n'est rien d'autre qu'un rapprochement entre les évènements tragiques de FT et ce livre de Malcolm Gladwell; ce n'est pas une théorie!
Pour plus de détails (en anglais, sorry) sur ce livre:
http://www.gladwell.com/tippingpoint/index.html
des suicides quand même
Si selon les statistiques le taux n'est peut être pas plus élevé qu'ailleurs, le problème de fond est toujours le même: il y a des suicides.
Ayant mes deux parents qui travaillent à FT, je reçois régulièrement des infos sur le quotidien des gens qui forment les bases de cette entreprise, et sa ne fait pas envie. On pousse les gens à bout sous prétexte de résultats à améliorer, des gens d'une moyenne d'age assez avancé (environ 45-50 ans et plus), qui doivent vendre ou s'occuper de technologies qu'ils ne comprennent pas entièrement voir pas du tout.
Ces personnes sont stressés au travail, certaines droguées aux médicaments, d'autres se font arrêtés en longue maladie pour sortir de ce cercle infernal (c'est ce que mon père a fait il y a quelques années). Enfin d'autres encore sont tellement à bout qu'ils se suicident.
Si le cas des suicides de FT est cité par tous, c'est aussi parce qu'il représente beaucoup d'entreprises ou les méthodes de management sont les mêmes, au dela de la récupération de ce sujet par des médias et une société assoiffés de faits divers et de polémiques sans fin.