Tech & internetMonde

Quand Erdogan le censeur se tourne vers FaceTime pour contrer le putsch

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 16.07.2016 à 0 h 50

Connu pour les restrictions apportées à la liberté d'expression en ligne, le président turc est apparu à la télévision... via l'application d'Apple FaceTime.

Quelle que soit l'issue du coup d'État en Turquie, l'image restera: celle du président turc Recep Tayyip Erdogan intervenant en direct sur le CNN Turk, non pas en plateau ou dans un duplex classique mais via un téléphone mobile et l'application de visioconférence d'Apple FaceTime, afin d'inciter ses concitoyens à se mobiliser contre les militaires rebelles. Et ce alors même que, en plein putsch, l'accès à YouTube, Facebook et Twitter était fortement restreint dans le pays, sans que l'on sache au juste quel acteur était responsable de ce blocage, et que Erdogan est connu pour ses pratiques de censure des réseaux sociaux.

Comme le résume ironiquement le site Engadget, «le président Recep Tayyip Erdogan a fréquemment censuré des services internet, mais il en avait besoin d'un aujourd'hui». Dans le même genre, un journaliste de la BBC a noté que le chef de l'Etat turc avait aussi tweeté, lui qui est plutôt connu pour bloquer le réseau de microblogging.

Ainsi, en mars 2014, le pouvoir turc avait bloqué l'accès à Twitter et Facebook dans le but de contrer les critiques exprimées envers lui à l'approche des élections locales, ce qui avait valu au site Mother Jones de classer le pays dans une liste peu enviable comprenant également la Corée du Nord, la Chine et l'Iran. Erdogan avait d'ailleurs qualifié un jour Twitter de «pire menace qui soit pour la société». YouTube avait également été bloqué du fait de vidéos jugées compromettantes pour le régime. Le pays s'est aussi signalé par des niveaux très élevés de demandes de retraits de contenus de Google.

Cette guerre virtuelle avait été particulièrement évidente en 2013, au moment du mouvement de Gezi quand, pour contrer l'activisme des opposants sur les réseaux sociaux, le gouvernement avait voulu lever une véritable armée virtuelle sur les réseaux sociaux.

En 2015, l'organisation Freedom on the Net avait classé la Turquie parmi les pays «partiellement libres» en matière d'internet, du fait de ces restrictions. Début juillet, le site The Daily Dot notait qu'elles avaient tendance à stimuler l'ingéniosité des internautes turcs, pointant que «le web à obstacles» du pays «a transformé beaucoup de citoyens en activistes numériques anonymes».

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (942 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte