France

Sur la Promenade des Anglais, c'est la vie des Niçois qui défile

Temps de lecture : 3 min

J’habite à Nice depuis cinq mois. Je passe souvent par cette Promenade, un lieu mythique érigé au XIXe siècle. Pour moi, c'était un symbole chic et touristique. C'est devenu un lieu tragique, que les Niçois aiment envers et contre tout.

Sur la Promenade des Anglais, le 15 juillet 2016. GIUSEPPE CACACE / AFP.
Sur la Promenade des Anglais, le 15 juillet 2016. GIUSEPPE CACACE / AFP.

Nice (Alpes-Maritimes)

Je passe souvent par la promenade des Anglais, surtout à pied ou en voiture, car c'est la meilleure façon de s'y rendre et de profiter du paysage, malgré les embouteillages. Parfois, j'y vais même à vélo, lorsque je me rends (trop rarement) à deux roues au bureau de Nice-Matin, boulevard du Mercantour, tout au bout de cette superbe avenue que les touristes viennent admirer du monde entier. Au-dessus de nos têtes, les avions viennent se poser doucement à l’aéroport de Nice, tout au bout de la Prom', comme on l’appelle ici.

Malgré ce surnom délicieux, les Niçois vont rarement sur cette vaste Promenade, traversée par une piste cyclable et des plages privées, juste à côté desquelles on peut s'asseoir sur les fameuses chaises bleues –qui sont un peu aux Niçois ce que les chaises du Jardin du Luxembourg sont aux Parisiens (désolé, chers amis niçois, vous allez me détester...). Le lieu est candidat pour figurer au patrimoine mondial de l'Unesco, et la mairie s'est engagée à le relooker pour «lui redonner une certaine élégance, une dignité que l'outrage des années lui a fait perdre», comme le disait jadis un certain Christian Estrosi, devenu premier adjoint pour cause de cumul des mandats.

La Promenade, on y passe

Certes, les Niçois passent sur la Prom'. Surtout en voiture car, dans cette ville, on emprunte soit la Promenade, soit la Voie Mathis pour se déplacer. En fait, la Promenade, c’est surtout un truc de touristes, réservé aux riches clients étrangers qui se pâment devant le front de mer et les couleurs sublimes que les peintres ont tant aimées…

Dès le mois de mars, elle se remplit toute la journée. Elle est pleine à craquer. Il y fait un cagnard insupportable: peu de vent, contrairement à Marseille, où le Mistral vient rafraîchir la peau. Le soir, elle se drape de noir, illuminée par toutes les enseignes et les ampoules qui ornent les immeubles et les plages privées.

«On y va uniquement pour se baquer», me jure, vendredi matin, juste après l'attentat, un de mes collègues, Niçois pur jus, qui a vu cette nuit-là des choses qu’il n’oubliera jamais. Comme des poussettes laissées par terre, seules, à côté d’un scooter calciné, comme des paires de claquettes et des traces de sang qui jonchaient le sol. Le spectacle atroce du carnage terroriste qui a touché la Côte d’Azur.

La Promenade a beau être connue dans le monde entier –peut-être autant que les Champs-Elysées–, les Niçois ne s’y rendent pas souvent. Sauf un jour dans l’année, un seul: le 14-Juillet. Ce soir de fête nationale, 30.000 personnes s’étaient réunies pour assister au feu d’artifice. Un beau spectacle que j’entendais par la fenêtre de mon appartement, situé un peu plus haut, vers l’Acropolis.

Comme une vitrine qu'on attaque

La Promenade, c’est aussi plein de souvenirs pour les Niçois. Gamins, leurs parents les y baladaient dans la poussette. C’est leur première glace qu’ils dégustent au soleil. Leur premier ballon de foot. Leur première plage. Leur première baignade. Et leur première soirée...

D’un bout à l’autre de la Promenade, les Niçois voient défiler une partie de leur vie. Du port, où ils se promènent, en passant par le Casino, les dîners en ville, jusqu’à l’aéroport, où ils vont prendre leur avion pour quitter Nice… et vite y revenir. D’un bout à l’autre de la Prom’, les Niçois vieillissent.

Leur Promenade, c’est comme une vitrine qu’on attaque et qu’ils veulent protéger. Un lieu un peu caricatural qui leur ressemble quand même, un lieu dont ils sont fiers sans pour autant l’arpenter tous les jours. Pour preuve, après le Brexit, certains se sont même demandés s'il ne fallait pas débaptiser la Prom'. Impossible.

Dès le vendredi matin, quelques heures après le massacre, beaucoup de monde s’est retrouvé pour fleurir cette Promenade dans une ambiance pesante. Des bouquets, des larmes, face à une bâche qui recouvrait le camion criblé de balles du terroriste. Et des gens en short, casquette vissée sur la tête, claquettes aux pieds, qui prenaient des selfies avec la mer en arrière-plan.

Quand la Promenade est fermée, c’est un petit drame. Et après l’attentat, elle l'a été, pour que les forces de l’ordre et les secours puissent faire leur travail correctement. A priori, elle ne sera réouverte que samedi en début d’après-midi.

Ce sera, pour tous les Niçois, le début d’une nouvelle vie.

Jérémy Collado Journaliste

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