Monde

Donald Trump instrumentalise les tragédies plus vite que son ombre

Grégor Brandy, mis à jour le 15.07.2016 à 19 h 25

Pour changer, le futur candidat républicain a profité de la tragédie pour mettre en avant son programme.

Donald Trump et son colistier, le gouverneur de l'Indiana Mike Pence. Tasos Katopodis / AFP.

Donald Trump et son colistier, le gouverneur de l'Indiana Mike Pence. Tasos Katopodis / AFP.

84 morts et des dizaines de blessés, dont 52 encore entre la vie et la mort: tel est le terrible (et encore provisoire) bilan de l'attaque menée par un homme à bord d'un camion, jeudi 14 juillet, après le feu d'artifice sur la promenade des Anglais à Nice. Les réactions internationales à cette attaque ont été nombreuses et la classe politique étrangère a tenu à montrer à la France son soutien, du Premier ministre belge Charles Michel au président américain Barack Obama en passant par le Premier ministre canadien Justin Trudeau, le président russe Vladimir Poutine ou encore le Premier ministre indien Narendra Modi.

Aux États-Unis, les deux candidats principaux à la présidentielle de novembre ont également évoqué ce qui s'est passé à Nice. La probable candidate démocrate Hillary Clinton –qui doit être investie officiellement en août– a indiqué que «tous les Américains étaient au côté des Français».

De son côté, Donald Trump a été fidèle a lui-même: à la limite de l'indécence, préférant d'abord rappeler une nouvelle fois qu'il avait raison et qu'on ne l'écoute pas, puis annoncer qu'il reportait la conférence de presse devant annoncer le choix de son colistier pour l'élection, avant de finalement parler des victimes et de leurs familles.

«Une nouvelle attaque horrible, cette fois-ci à Nice, en France. De nombreux morts et blessés. Quand apprendra-t-on? Ça ne fait qu'empirer.»

«À la lumière de cet horrible attentat à Nice, j'ai reporté la conférence de presse d'annonce de mon futur vice-président.»

«Mes prières et condoléances vont vers les victimes et les familles de cette terrible tragédie à Nice. Nous sommes avec vous de toutes les façons possibles!»

«Il s'attribue une certaine forme de mérite»

Comme le souligne Vox, le premier tweet, envoyé à peine deux heures après l'attaque sur la promenade des Anglais, est «assez vague, mais Trump semble faire référence à ses avertissements constants à propos de la menace posée par des groupes islamistes radicaux. Avec ce tweet, il s'attribue une certaine forme de mérite: Trump a averti que les djihadistes posaient une menace pour l'Occident, et ensuite les djihadistes ont tué des Occidentaux».

Et ce n'est pas la première fois que le magnat de l'immobilier agit ainsi. Après l'attentat dans un club gay d'Orlando, début juin, il s'était déjà autocongratulé d'avoir vu venir ce que les autres refusaient de voir selon lui:

«J'apprécie les messages de félicitations pour avoir vu juste sur le terrorisme islamiste radical. Je ne veux pas de félicitations, je veux de la sévérité et de la vigilance. Nous devons être intelligents!»

Or, comme le note le site américain, personne ne connaît encore les raisons qui ont poussé le suspect de Nice à commettre cet acte. Si les membres et sympathisants de Daech se félicitent de l'attaque, personne ne l'a encore revendiquée. Et ce même si le journaliste spécialiste des mouvements djihadistes David Thomson rappelle «le mode opératoire demeure celui auquel avait appelé le porte-parole officiel de l'EI en septembre 2014».

Rappelons par ailleurs que Donald Trump était allé trop vite en besogne en qualifiant de «terroriste» la disparition du vol 804 d'EgyptAir, en mai dernier, alors que les causes du crash ne sont toujours pas connues à ce jour. Il s'est également servi à plusieurs reprises de l'attaque du Bataclan pour défendre la législation américaine sur les armes, affirmant que s'il avait été présent dans la salle ce soir-là, il aurait «ouvert le feu», ou encore que «si Sarah Palin avait été dans cette salle, si quelqu'un avait été dans cette salle avec un flingue à son côté, alors des balles auraient pu aller dans la direction opposée».  En janvier 2015, déjà, après la tuerie de Charlie Hebdo, il avait tweeté: «N'est-ce pas étrange que la tragédie ait eu lieu à Paris, dans un des pays où la législation est la plus dure contre le port d'armes?»


Interviews et levée de fonds

Interrogé jeudi soir par Bill O'Reilly sur Fox News, Donald Trump a parlé d'une «guerre mondiale», reprenant les mots de son intervieweur:

«C'est vrai et je le dis depuis un moment déjà et c'est en train de devenir hors de contrôle. [...] Le World Trade Center, San Bernardino, Paris, Orlando, c'est hors de contrôle. Et à moins qu'on ne fasse preuve d'une grande autorité et qu'on ne montre des qualités de dirigeant, ça ne va qu'empirer.»

Le tout avant d'indiquer que si jamais il était élu président en novembre, il n'hésiterait pas à se présenter devant le Congrès pour demander de voter une déclaration de guerre contre Daech:

«C'est la guerre. Regardez, c'est la guerre. Ça vient de plein d'endroits différents. Franchement, c'est la guerre, et on fait face à des gens sans uniforme. Avant, il y avait des uniformes. On savait qui on combattait. On laisse rentrer des gens dans notre pays dont on ne sait pas qui ils sont, dont on ne connaît pas l'origine. On ne sait pas qui ils sont, ils n'ont pas de papiers dans de nombreux cas et Hillary Clinton veut en autoriser 550% de plus qu'Obama, qui les laisse entrer par centaines.»

Quartz revient sur le comportement très étrange de Donald Trump hier soir. Le site américain indique qu'alors qu'il expliquait qu'il serait «complètement inapproprié de tenir une conférence de presse au lendemain de l'attaque, il a réalisé deux interviews avec Bill O'Reilly dans lesquelles il s'en est pris au président Obama et à Hillary Clinton pour ces attentats. [...] Plus tard, il a participé à un dîner de levée de fonds à Los Angeles, où 200 personnes ont payé des centaines de dollars pour entendre le futur nominé parler et profiter d'un "dîner avec du saumon poêlé et une salade de figues fraîches"».

«Sur CNN, Manafort indique que Trump a "réagi émotionnellement" à l'attentat de Nice et a annulé l'annonce de son colistier.»

Son directeur de campagne, Paul Manafort, a assuré vendredi matin que Trump avait «réagi émotionnellement à [cet attentat], ça l'a vraiment touché, et il a ressenti la douleur et estimé qu'il ne valait pas le coup de faire quelque chose d'intéressé et de politique le jour d'après». À 11 heures heure américaine, il a annoncé comme prévu le nom de son colistier, le gouverneur de l'Indiana Mike Pence, non pas en conférence de presse mais sur Twitter. La conférence de presse aura elle lieu seulement samedi.

Grégor Brandy
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