Science & santé

Nice a-t-elle les capacités de faire face à l'attentat?

Jean-Yves Nau, mis à jour le 15.07.2016 à 13 h 53

Après l'attentat qui a frappé la ville pendant les festivités du 14 Juillet, 18 blessés sont toujours en «urgence absolue». On compte aussi «une cinquantaine de blessés légers» et 120 autres personnes «impliquées», choquées ou prises en charge par les secours.

A Nice, le 15 juillet sur la Promenade des Anglais
BORIS HORVAT / AFP

A Nice, le 15 juillet sur la Promenade des Anglais BORIS HORVAT / AFP

Le bilan est très lourd: 84 personnes sont mortes, 18 blessés sont en état d'«urgence absolue». Et on compte encore «une cinquantaine de blessés légers» et 120 autres personnes «impliquées», choquées ou prises en charge par les secours, selon les dernières informations du ministère de l'Intérieur, relayées par Le Figaro. La ville de Nice peut-elle faire face à la gravité de la situation? 

1.Une ville très préparée

A Nice, ces derniers mois, bien des scénarios terroristes avaient été prévus –à l’exception de celui d’un camion fauchant sur deux kilomètres une foule rassemblée sur la Promenade des Anglais. Il y avait ainsi eu la mise en application des procédures élaborées pour toutes les villes hôtes de l’Euro 2016 de football. Un exercice de simulation avait été organisé le 8 mars, en présence du GIGN, auquel participait l’ensemble des forces de sécurité et des services de secours.

On avait alors retenu, parmi les hypothèses, celle d’un afflux de blessés provoqué par une attaque visant le stade de football Allianz Riviera. Les blessés devaient être évacués vers les établissements hospitaliers de Nice mais aussi de Cannes et de Monaco. Le cas échéant ceux de Marseille pouvaient être sollicités, de même que les services spécialisés de l’hôpital militaire de Toulon. «Toutes les hypothèses seront testées, y compris une attaque nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique», promettait à l’époque François-Xavier Lauch, sous-préfet des Alpes-Maritimes.

Depuis novembre, nous avons acquis des réflexes qui augmentent considérablement notre efficacité

Dr Jean-Pierre Orsini

A Nice, comme dans l’ensemble des villes organisatrices de l'Euro 2016, les spécialistes médicaux directement concernés par des attentats avaient été formés par des médecins militaires. Tous les responsables redoutaient alors que les stades et les fan zones soient les cibles d’attaques terroristes du type de celles du 13 novembre 2015. «C'est toujours dans un coin de la tête, mais on essaie de ne pas trop y penser, confiait il y a quelques jours au Figaro le Dr Jean-Pierre Orsini, médecin urgentiste à Paris. Nous voulons garder la tête sur les épaules. Depuis novembre, nous avons acquis des réflexes qui augmentent considérablement notre efficacité.»

 

2.La mutation des services de secours français

De fait après les attentats du 7 janvier et ceux du 13 novembre 2015  les services de secours français ont connu une véritable mutation –une mutation considérée comme nécessaire et devant être encouragée par les auteurs du rapport de la commission d’enquête sur les attentats de 2015 rendu publique le 5 juillet dernier. Les auteurs préconisaient notamment de «mieux appliquer les préceptes de la médecine de guerre»:

«Si les attaques du 13 novembre étaient inédites par leur ampleur, elles n’ont cependant pas désorganisé les équipes de la Brigade des Sapeurs Pompiers de Paris (BSSP) et du SAMU. Les deux services travaillent en effet sur ce type de scenario et avaient intégré à leurs réflexions les retours d’expérience des attentats de Madrid, en 2004, Londres, en 2005 et Bombay, en 2008: le plan "Rouge Alpha" de la BSPP et le plan "Attentats multi-sites" du SAMU ont tous deux été élaborés en 2006. La BSPP s’est en outre dotée d’un plan "Jaune" en 2006 pour répondre à une attaque majeure de type NRBC, qui a été décliné au mois de mai dernier en plan "Jaune Alpha" pour s’adapter à des attaques simultanées.

Le plan "Rouge Alpha" des sapeurs-pompiers de Paris, qui permet une économie de moyens et une prise en charge rapide des blessés en cas d’attentats multi-sites, a fait preuve de sa pertinence le soir du 13 novembre. Votre rapporteur souhaite donc son extension à l’ensemble des services départementaux d’incendie et de secours (SDIS).»

«Il faut bien comprendre que nous n'avons pas attendu la remise du rapport pour réagir, expliquait il y a peu au Figaro le Pr Pierre Carli, médecin-chef du Samu de Paris. Dès le début de l'année, nous avons pu discuter avec les membres de la commission pour avoir les grandes lignes et travailler dans ce sens. Il fallait être prêt pour l'Euro. Le rapport, maintenant disponible, nous conforte dans notre vision des choses et il a un poids non négligeable quand nous demandons des financements.»

La mutation actuelle des services français de secours s’inscrit dans un contexte plus général comme l’expliquait à Slate.fr le Pr Cali en novembre dernier:  

Nous travaillons en permanence des scénarios de catastrophe sanitaire et les attaques terroristes en font bien évidemment partie

 Professeur Cali

«Nous travaillons en permanence des scénarios de catastrophe sanitaire et les attaques terroristes en font bien évidemment partie. Avant janvier, la France n’avait pas connu de telles attaques depuis celle du RER Saint-Michel en juillet 1995. Pour autant, notre communauté médicale et scientifique restait en réseau et nous avons échangé avec nos collègues espagnols et britanniques après les attentats terroristes de Madrid [2004; 200 morts,1.400 blessés] et de Londres [2005; 56 morts, 700 blessés]. Nous sommes également en contact avec nos collègues israéliens et nous avons partagé les expériences des médecins militaires français en Afghanistan.»

Comme je l'écrivais en novembre 2015, au fil du temps, s’est constituée une somme de connaissances sur les prises en charge les plus adaptées en fonction des types d’armes utilisée (bombes artisanales, ceintures d’explosifs, mitraillage, etc.), de la vélocité et du type de projectiles, du nombre, du type et de la gravité des lésions...

3.La spécificité de l'attentat

La méthode retenue par les terroristes du 13 novembre 2015 avait poussé les responsables de service de secours à porter leur attention sur la prise en charge des personnes victimes de blessures équivalentes à celles rencontrées sur le théâtre d’opérations militaires. «À terme, nous voulons que toutes les équipes du Samu en France soient capables de faire de la médecine de guerre», expliquait il y a peu le Pr Pierre Carli.

Aujourd’hui l’attentat de Nice et les blessures les plus graves dont sont victimes les blessés ne correspondent pas à une médecine de guerre mais bien à une chirurgie traumatologique classique du type de celle mise en œuvre dans les catastrophes routières ou ferroviaires. Dans un tel cas de figure l’urgence réside dans le déclenchement immédiat du «Plan blanc», la coordination des secours permettant  de réduire le nombre des personnes qui, sinon, seraient rapidement condamnées.

Jean-Yves Nau
Jean-Yves Nau (803 articles)
Journaliste
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