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Réagir à chaud à l'horreur, cette nouvelle et terrible habitude

Mélissa Bounoua, mis à jour le 15.07.2016 à 15 h 40

Après l'attentat de Nice, comme ceux de Bruxelles, ou du 13-Novembre, la chronologie des réactions vient montrer que nous nous habituons à des faits invraisemblables qui, paradoxalement, nous semblent de moins en moins extraordinaires.

Montage Slate.fr à partir d'une illustration du site du gouvernement

Montage Slate.fr à partir d'une illustration du site du gouvernement

La force de l'habitude. À peine les premières informations étaient-elles diffusées sur les chaînes d'information à propos de l'attentat mené à Nice le soir du 14-Juillet –un homme a foncé sur la foule avec un semi-remorque après le feu d'artifice– que les Français se dirigeaient vers leurs téléphones, leurs ordinateurs et leurs télévisions pour en savoir plus. Constatant notamment la triste téléscopage de deux événements relayés en direct: le feu d'artifice à Paris et les premières informations sur l'attaque à Nice.

Il y a eu les attentats à Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, à l'Hyper Cacher le 9 janvier, les attentats à Paris le 13 novembre 2015, les attentats à Bruxelles le 22 mars dernier, à Lahore au Bangladesh le 27 mars, ceux en Turquie à l'aéroport d'Istanbul le 28 juin et dans le reste du pays cette annéeen Irak le 3 juillet...

Au-delà de la stupeur, avec cette sucession d'événements, nous avons développé des réflexes, nous l'écrivions déjà au lendemain des attentats de Bruxelles. Titiou Lecoq dresse aussi ce malheureux constat dans sa newsletter pour Slate.fr au lendemain de ce qu'il s'est passé à Nice:

«Je ne sais qu'une chose: ce vendredi matin en se levant on entendra avec horreur le bilan, encore provisoire. Je sais que ce soir, j'ai eu la très désagréable impression d'avoir des réflexes. Réflexes des amis à contacter, des sources à consulter, etc. On a redit les mêmes choses: attention aux intox, ne diffusez pas les photos du massacre, les hashtags pour les portes ouvertes etc. Les photos de gens souriants que leurs proches recherchent. Etc.» 

Les images violentes à la télévision et sur les réseaux sociaux

«Depuis hier, c’est “festival” sur les réseaux sociaux», déplore David Thomson journaliste à RFI, auteur du livre Les Français jihadistes sur Rue89. L'attentat de Nice a eu lieu dans un lieu public à l'extérieur, sur la Promenade des Anglais, les photos émergent rapidement, prises par des Niçois qui habitent aux alentours ou ceux qui étaient sur place quand les faits ont eu lieu. 

Nous n'allons pas les montrer ici. Mais parce que les internautes semblent vouloir réaliser ou se tenir au courant dans la nuit de jeudi à vendredi, nombreuses ont été les images publiées des corps de victimes sur la chaussée, y compris par la presse internationale et notamment le New York Times. AP a mis en ligne la vidéo de l'opération policière qui a mené à la mort du conducteur.

La rumeur d'une prise d'otages dans un hôtel à Nice est démentie, ainsi qu'un incendie à la Tour Eiffel, vérifient Les Décodeurs du Monde.

Les dessins

Après Charlie Hebdo, réagir en dessinant était évident pour les dessinateurs. La réaction se reproduit depuis, le 13-Novembre ou à Bruxelles le 22 mars.

La tristesse

«Je suis» et les hashtags

#PrayforNice, #Nice06, #Niceattacks, #JesuisNice... La France et le monde entier ont utilisé des mots-clé pour faire passer leur émotion et rendre hommage aux victimes. Tout comme la formule «Je suis» utilisée après Charlie Hebdo.

 

Les hommages du monde entier

La classe politique a exprimé ce 15 juillet son émotion et a adressé à la France tout son soutien.

Le Premier ministre belge, Charles Michel:

Le président américain, Barack Obama:

Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau:

L'ancien Premier ministre britannique David Cameron:

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker:

Le président fédéral allemand, Joachim Gauck:

Le président russe:

«Mes condoléances au président français François Hollande pour les vies perdues lors de l'attaque terroriste de Nice.»

Le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy Brey:

Le Premier ministre indien, Narendra Modi:

«J'espère que les blessés retrouveront la santé rapidement. L'Inde partage la douleur et se tient aux côtés de ses frères et sœurs de France en cette période d'immense tristesse.»

Le monde aux couleurs de la France

Les monuments emblématiques du monde entier ont rapidement affiché les couleurs bleu-blanc-rouge pour exprimer leur solidarité. Aussi parce que certains expatriés fêtaient le 14-Juillet.

Un drapeau français flotte au dessus du 10 Downing Street à Londres | CHRIS J. RATCLIFFE / AFP

L'opération «porte ouverte»

Alors que les suspects des attentats de Paris étaient encore en circulation le 13 novembre, les Parisiens avaient lancé le mot-clé #porteouverte sur les réseaux sociaux. L'opération s'est renouvelée rapidement à Nice car beaucoup de monde était réuni sur la Promenade des Anglais.

Le safety-check de Facebook

Critiqué pour ne pas avoir réagi pour d'autres attentats du monde entier (un attentat avait eu lieu au Liban le 12 novembre 2015), Facebook a réagi relativement vite pour celui de Nice le 14 juillet et activé le safety check –une fonction permettant aux gens potentiellement touchés de dire s'ils sont en sécurité.

L'application SAIP

Après les attentats de janvier et novembre 2015, le gouvernement avait lancé une application mobile, le Système d'alerte et d'information des populations (SAIP). Disponible depuis l'Euro de football début juin, elle a mis beaucoup de temps à prévenir des faits, à 1h34 a été donné, plus de trois heures après les faits, relève le Huffington Post.

L'expression de la résignation

Les internautes ont rapidement partagé la même liste de ce «Je suis» qui était devenu le symbole après ce qu'il s'est passé à Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 en listant les derniers attentats survenus dans le monde. Et en exprimant leur fatigue à la fin de cette longue liste.

 

La récupération

Après les attentats de Bruxelles, la récupération en France était allée très vite. Cela s'est encore reproduit ce 15 juillet lorsque les représentants de l'opposition ont été invités dans les matinales de radio et sur les plateaux de télévision.

Interrogé sur France Info dans sa matinale du 15 juillet, l'ancien maire de Nice Christian Estrosi, a été très critique de l'action du gouvernement. «Je suis très étonné que, quelques heures avant, le président de la République ait annoncé la fin de l'état d'urgence en annonçant, après l'attentat, qu'il le prorogeait de trois mois. »

Alain Juppé laisse entendre des arguments similaires:

Ainsi que l'ancien ministre de droite Eric Woerth:

Le député des Yvelines Henri Guaino sur RTL:

«On a décrété l'opération Sentinelle. Nous avons sur le terrain des militaires armés d'armes de guerre. Eh bien, à la guerre, on peut arrêter un char de 30 tonnes en pleine course. Si nous sommes en guerre, il y a des militaires en armes de guerre qui doivent pouvoir utiliser leurs armes de guerre. Les soldats auraient dû être à l'entrée de la zone piétonnière.»

L'identification d'un héros

Après l'attentat à l'Hyper Cacher le 9 janvier 2015, l'homme qui a conseillé à ceux présents dans le magasin de se cacher, Lassana Bathily, a reçu la légion d'honneur. Le Bataclan avait aussi son «héros ordinaire» Didi, depuis naturalisé français. Aujourd'hui, l'homme qui a fait ralentir le camion du terroriste à l'origine de l'attentat est un homme qui a voulu monter dans la cabine du véhicule, selon Eric Ciotti cité par M6, et ce journaliste du Figaro.

Les réactions aux réactions

«Charognards», le terme a été lâché de nombreuses fois quand des internautes ont diffusé images quelques minutes après l'attentat, à l'image de ce qu'a constaté ce journaliste de France24.

Ceux qui diffusaient les rumeurs d'une prise d'otages dans un hôtel à Nice ont été aussi vivement critiqués. Au point que certains demandent à d'autres de ne pas être moralisateur au milieu de ces nombreuses réactions.

Comme nous le soulignions après les attentats de Bruxelles, une journaliste notait c'est une autre façon de réagir à ce qui semble inconcevable. D'autant que les faits se déroulent de plus en plus souvent (et de plus en plus vite) sous nos nos yeux.

Mélissa Bounoua
Mélissa Bounoua (93 articles)
Rédactrice en chef adjointe de Slate.fr
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