Sciences

Nourris d'ordures, les ours deviennent de grosses feignasses

Temps de lecture : 2 min

Écologiquement parlant, fermer les décharges semble avoir tout d'une bonne idée, mais cela peut profondément perturber la vie des ours bruns habitués à s'y restaurer –et, au passage, augmenter les risques mortels pour les humains.

Un ours mange des fruits dans de la glace au zoo Bioparco à Rome pour se rafraîchir, le 13 juillet 2016  | TIZIANA FABI / AFP
Un ours mange des fruits dans de la glace au zoo Bioparco à Rome pour se rafraîchir, le 13 juillet 2016 | TIZIANA FABI / AFP

Les ours bruns (Ursus arcto) habitués à se nourrir dans une décharge deviennent plus sédentaires, ne migrent plus avant d'hiberner et affichent un kilométrage annuel bien inférieur à celui de leurs congénères qui perpétuent les traditions de leurs ancêtres en cherchant pitance dans la forêt. Telle est la principale conclusion d'une étude menée par une équipe de sept chercheurs internationaux dirigée par Gabriele Cozzi, démécologue à l'Université de Zurich.

Il s'agit du premier travail scientifique d'envergure à attester d'une «dichotomie comportementale anthropogénique» – alias, directement causée par l'humain – entre deux groupes d'une même population du plus grand carnivore du monde, surveillés pendant un an grâce à des balises GPS.

Au nord-est de la Turquie, la décharge à ciel ouvert de Sarıkamış est promise à la fermeture. Un effort écologique salué par beaucoup, notamment parce qu'elle borde le parc national des montagnes de Sarıkamış-Allahuekber, habitat naturel de l'ours brun, espèce protégée dans bien des pays.

L'écologie à l'emporte-pièce

Sur le papier, ce projet a donc tout de la bonne nouvelle verte, sauf que l'étude est aussi une belle mise en garde contre l'écologie à l'emporte-pièce, où la rapidité des décisions le dispute à la minceur de la base factuelle étayant l'évaluation de leur efficacité, cause inévitable d'une «allocation erronée des ressources limitées» sur lesquelles la protection de l'environnement peut aujourd'hui compter.

Premièrement, les chercheurs soulignent que si anthropogénie il y a, reste à savoir si cette modification comportementale induite par l'homme est délétère ou non aux ours. En l'état actuel des connaissances, rien ne permet d'affirmer que les ours «feignasses» survivent et se reproduisent moins (ou mieux) que leurs frères et sœurs adeptes du recours aux forêts.

Ensuite, vu que des ours ont pris l'habitude de venir se restaurer dans la décharge depuis des années, habitude qui a significativement modifié leurs comportements «naturels» –par exemple, ils ne parcourent plus une centaine de kilomètres avant l'hibernation pour s'engraisser un maximum vu qu'ils ont tout sur place–, leur couper les vivres trop vite et trop brutalement pourrait avoir des conséquences plus ou moins fâcheuses pour tout le monde.

Ou, comme le résume dans le New Scientist Andrea Flack, ornithologue à l'Institut Max Planck et auteure d'observations similaires sur des cigognes qui préfèrent passer l'hiver dans des tas d'ordures que se fatiguer à voler vers le sud, «si la fermeture des décharges dans un futur proche sera probablement bénéfique pour l'environnement, il faut nous assurer que nous ne fassions pas de mal aux espèces qui en ont désormais besoin».

Trois scénarios

Après la fermeture de la décharge turque, les chercheurs avancent trois scénarios. Le premier, c'est que les ours reprennent leurs habitudes migrato-alimentaires «normales». Mais c'est le moins probable, surtout si les animaux n'ont pas de solution de repli, prenant entre autres la forme d'un «corridor biologique» leur permettant de rejoindre des régions moins anthropomorphisées près de la Géorgie et de la Mer Noire. Le second, un peu plus crédible et beaucoup plus tragique pour les ours «feignasses», c'est qu'ils en viennent à mourir de dénutrition avant l'hibernation. Le troisième et le plus certain, c'est qu'ils se rapprochent des zones habitées et tuent quelques humains dans la manœuvre.

«Pour limiter les interactions et éviter les accidents mortels», recommandent les scientifiques, «la fermeture de la décharge devra donc être accompagnée de mesures» qui ont fait leurs preuves, comme l'usage de poubelles dans lesquelles les ours ne peuvent pas venir se servir «et l'enlèvement quotidien des ordures ménagères».

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