Culture

Comment un écrivain a trollé le FBI

Temps de lecture : 2 min

L'auteur James Baldwin a laissé entendre qu'il comptait publier un livre sur l'agence de sécurité américaine. Qui a pris peur.

Baldwin with Shakespeare
 | Allan Warren via Wikipedia/ CC 3.0 License by
Baldwin with Shakespeare | Allan Warren via Wikipedia/ CC 3.0 License by

En juillet 1964, James Baldwin réside à Paris. L’écrivain noir américain est installé en France depuis déjà seize ans. Il a quitté les États-Unis parce qu’il avait l’impression que dans son pays, son œuvre ne serait jamais que celle d’un noir. Dans la capitale française, il est admiré. Il fréquente les intellectuels de la rive gauche et observe de loin le succès de sa pièce, Blues for Mister Charlie, qui a commencé à jouer à Broadway depuis le mois d’avril. Et il observe surtout la révolution en train de s’opérer sous l’impulsion du pasteur Martin Luther King dans son pays natale, qui s’apprête à signer le Civil Rights Act, qui abolit la ségrégation raciale. L’année passée, l’écrivain a fait la couverture du Time, comme figure emblématique du mouvement des droits civiques.

Aux yeux de l’opinion internationale, les États-Unis s’ouvrent. Mais, en secret, le mouvement antiraciste continue d’effrayer les autorités. Et James Baldwin est dans la ligne de mire.

Cet été-là, le FBI met la main sur un numéro de Playbill, un mensuel américain de théâtre. Dans le magazine, il est écrit que l’écrivain travaille à un livre sur le FBI, raconte le site muckrock.com, qui publie les documents du bureau fédéral d’investigation américain. James Baldwin est particulièrement dangereux, car ses livres se vendent bien, explique la note de l’agence américaine...

La revanche de Baldwin

Et de plus, «James Baldwin n’est-il pas un pervers?», se demande John Edgar Hoover, le directeur du FBI, dans une allusion à l’homosexualité de l’écrivain, déclenchant l’ouverture d’une enquête à ce sujet. Pendant des mois, le FBI va enquêter sur le projet de livre de James Baldwin et sur son homosexualité pour tenter de lui nuire.

Mais l'écrivain n’a jamais publié de livre sur le FBI. En fait, il n’a peut-être même jamais eu l’intention de publier un livre sur le FBI. Son annonce a même de grandes chances d’avoir été une simple tentative de troller l’agence américaine, de faire diversion, de se venger des multiples fois où il s’était fait espionner, comme l’explique le chercheur Maurice Wallace dans un ouvrage collectif sur l’écrivain américain:

«En fait, l’annonce de James Baldwin de la publication d’un livre sur le FBI, intitulé The Blood counters, peut apparaître comme une façon d’inverser la vapeur, et de s’immiscer dans les activités du bureau fédéral comme le bureau fédéral avait tenté de s’immiscer dans les siennes. Il n’y a aucune preuve que Baldwin ait eu le moindre manuscrit de The Blood counters, même inachevé. Et son éditeur, James Silberman de Dial Press, disait lui-même qu’il “mentait horriblement” et “avait un projet de livre pour tout le monde”. L’annonce du livre sur le FBI est sans doute la revanche de Baldwin.»

Si ce trolling est véridique, c’est sans doute l’un des plus audacieux et des plus fins d’esprit jamais tenté par un homme contre le FBI.

Slate.fr

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