Sports

Le golf malade du virus de l'égoïsme

Temps de lecture : 5 min

Les meilleurs joueurs du monde ont décidé de ne pas se rendre aux JO de Rio, où la discipline fait son entrée. Officiellement, à cause de Zika. Officieusement, car ils estiment qu'un titre olympique n'ajouterait rien à leur gloire...

Rory McIlroy lors du French Open, le 3 juillet 2016. DOMINIQUE FAGET / AFP.
Rory McIlroy lors du French Open, le 3 juillet 2016. DOMINIQUE FAGET / AFP.

Le 145e British Open, troisième levée du Grand Chelem de golf qui se déroule sur le parcours du Royal Troon, en Ecosse, du 14 au 17 juillet, a été précédé d’une polémique qui a permis à beaucoup de se défouler en toute facilité sur un sport déjà largement connoté dans l’opinion (française notamment) et qui n’avait évidemment pas besoin de ce tir de barrage supplémentaire pour ternir encore plus sa réputation.

Le golf revient au programme des Jeux olympiques pour la première fois depuis 112 ans comme cela avait été décidé en 2009, mais le voyage de Rio n’a pas suscité un élan débordant d’enthousiasme parmi les meilleurs joueurs de la planète. En effet, les quatre meilleurs golfeurs actuels –Jason Day, Dustin Johnson, Jordan Spieth et Rory McIlroy– ont tous choisi de déclarer forfait pour une raison commune: la peur du virus Zika transmis par un moustique et susceptible de mettre leur santé en danger. En d’autres termes, ils n’avaient tout simplement pas envie –ou au moins un désir profond– de participer à l’épreuve, comme a fini par l’avouer McIlroy avec une honnêteté presque glaçante.

«Le golf ne sera pas un événement que je vais regarder»

«Le golf ne sera pas un événement que je vais regarder», a-t-il dit à Troon avant de détailler ses choix télévisuels au mois d’août: «Les épreuves d’athlétisme, de natation et de plongeon. En fait, les sports importants!» Puis face à la «responsabilité» du champion qui aurait été la sienne en cas de participation aux JO, il n’a pas pris de gant (de golf):

«Je ne joue pas au golf pour le développement de ce sport et pour essayer de le rendre populaire. Je joue au golf pour gagner des championnats et des tournois majeurs. Soudainement, à ce stade, on me colle la responsabilité de développer le sport. Ce n’est pas pour cette raison que je joue. Je joue pour gagner, pas pour amener des golfeurs sur le terrain.»

Lus ainsi, de tels propos n’engagent évidemment pas la moindre sympathie pour un golfeur qui vaut toutefois mieux que cela. Dénigrer sa propre discipline n’est pas le signe d’une grande clairvoyance, mais au moins, McIlroy propose le portrait, en brut, de ce que sont devenus les sportifs les plus en vue d’aujourd’hui, y compris ceux issus de sports collectifs: de profonds individualistes.

McIlroy n’a pas complètement tort sur un point: tous les sports dont le but ultime n’est pas une médaille olympique, comme le golf, le tennis, le football, le cyclisme sur route etc., ne devraient pas avoir leur place aux JO puisque, pour eux, le meilleur est ailleurs: une veste verte à Augusta, un trophée doré à Wimbledon, une Coupe du monde ici ou là, un maillot jaune sur les Champs-Elysées etc.

En voulant attirer vers lui toutes les stars du sport professionnel –les Jeux de Barcelone en 1992 avec les icônes de la NBA ont été un tournant majeur de cette stratégie–, le Comité international olympique (CIO) a choisi une autre option guidée essentiellement par le marketing, quitte à proposer un nombre trop important d’épreuves qui ne peuvent pas toutes avoir la même attention médiatique pendant deux semaines. A Rio, en dehors des chaînes payantes spécialisées et dédiées à ce sport, le golf sera pratiquement invisible sur les principaux réseaux gratuits détenant les droits des JO. Il en sera de même pour le football et le tennis et, il faut bien l’affirmer, tant mieux pour l’athlétisme, la natation, la gymnastique, le judo, etc.

Le tennis comme modèle

Néanmoins, le procès dont est victime le golf est aussi injuste dans la mesure où toutes les meilleures golfeuses seront elles bien là, car conscientes que leur sport gagnera davantage à être dans la famille olympique plutôt qu’en dehors. S’il fallait donner un peu d’espoir à l’avenir du golf aux JO, il s’agirait de rappeler combien le tennis, lors de son retour sous le signe des anneaux en 1988 après 64 ans de mise à l’écart, avait également offert une moue aussi dégoûtée de la part de ses têtes couronnées. A Séoul, en septembre 1988, huit des dix premiers mondiaux (Mats Wilander, Ivan Lendl, Andre Agassi, Boris Becker, Kent Carlsson, Pat Cash, Yannick Noah et Jimmy Connors ) étaient ainsi restés à la maison pour des raisons variables, un manque d’intérêt, notamment du côté des Américains, ayant tout de même été clairement signifié. La finale avait été remporté par le 12e mondial, le Tchèque Miroslav Mecir, contre le 10e, l'Américain Tim Mayotte. En revanche, les femmes, à l’exception de Martina Navratilova, n°2, avaient toutes répondu présentes, Steffi Graf saisissant l'occasion de remporter un «Grand Chelem doré». Preuve que ces dames avaient eu plus de nez au regard de l’histoire puisqu’aucune des vedettes du tennis d’aujourd’hui ne manquera de se rendre à Rio la passion chevillée au cœur à l’image de Serena Williams, Novak Djokovic, Andy Murray, Roger Federer et Rafael Nadal. Zika ne leur fait apparemment pas très peur…

Tous, il est vrai, ont grandi avec le tennis comme sport olympique puisque le plus âgé des cinq cités plus tôt, Federer, avait sept ans lors des JO de Séoul. Ces cinq-là ne se sont donc jamais posé la question d’une quelconque illégitimité du tennis aux JO –comme ce sera éventuellement le cas demain pour les futurs champions golfeurs qui ont aujourd’hui moins de dix ans. Pour eux, le tournoi olympique a toujours fait partie d’un tout, d’un «paquet global», comme la Coupe Davis qui est agrégée chaque saison aux quatre rendez-vous du Grand Chelem.

Le tennis, dont la présence aux JO importe toujours peu aux yeux du grand public, a mis du temps à y trouver une forme de place depuis 28 ans. C’est en 1996, à Atlanta, grâce à la victoire d’Andre Agassi qu’il a paru trouver un début de raison d’être olympique. Il n’empêche, le format reste contestable, voire mauvais. Aux JO, le tennis comme le golf auraient eu intérêt à proposer une compétition par équipes nationales, style Coupe Davis ou Ryder Cup, plutôt qu’un tournoi individuel classique –et ne parlons pas de la grotesque idée d’avoir ajouté en 2012 l’épreuve de double mixte qui n’a absolument aucune valeur sportive.

En principe, le golf a deux olympiades, celle-ci et la suivante à Tokyo, en 2020, pour faire ses preuves auprès du CIO. Ne doutons pas une seconde que les meilleurs se rendront dans quatre ans au Japon, pays fou de ce sport et qui représente donc un marché important pour toutes les marques investies dans le golf. Sans passé golfique, le Brésil, où il a fallu construire spécialement un parcours pour ce tournoi olympique, n’avait pas, hélas pour lui, le même attrait. Un moustique, qui n’effraie pas les golfeurs quand ils se rendent dans les Caraïbes pour leurs vacances comme Rory McIlroy au printemps dernier, a seulement propagé un virus bien identifié depuis longtemps: l’hypocrisie.

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