France

Le coiffeur de Hollande est tout sauf le symbole de l’Élysée noyé dans le luxe

Cyril Simon, mis à jour le 13.07.2016 à 18 h 57

Ce recrutement à 10.000 euros par mois est l’arbre qui cache la forêt. François Hollande réduit chaque année la facture du palais présidentiel.

François Hollande à l’Élysée | Eric FEFERBERG/AFP

François Hollande à l’Élysée | Eric FEFERBERG/AFP

C’était l’une des promesses de sa campagne «normale», et il la tenait jusqu’ici plutôt bien. À l’été 2015, la Cour des comptes louait même la gestion du budget de l’Élysée, en constante baisse depuis 2012 et s’élevant à l’heure actuelle à 98 millions d’euros. Son président Didier Migaud saluait «un recours accru à des modalités d’achats plus économes» depuis l’arrivée de François Hollande trois ans plus tôt.

L’information révélée par Le Canard enchaîné, ce mercredi 13 juillet, vient quelque peu assombrir le tableau. Depuis le 16 mai 2012, 9.895 euros sont versés chaque mois à un certain Olivier B., le coiffeur personnel de François Hollande. Il a été «recruté en qualité d’agent contractuel […] pour la durée du mandat présidentiel en cours», développe l’hebdomadaire, et le directeur de cabinet élyséen lui a offert un «CDD de cinq ans [qui] lui vaut une rémunération brute cumulée de 593.700 euros». À titre de comparaison, c’est un cinquième de la somme allouée à l’entretien des espaces verts du palais, dont sont responsables sept jardiniers. Plus surprenant, cette somme égale celle attribuée à un ministre (9.940,20 euros par mois).

Faut-il pour autant en conclure que l’Élysée la joue à la versaillaise? Ce serait un grossier raccourci.

Déjà, il ne faudrait pas minimiser l’importance de la fonction du coiffeur attitré du président, dont a conscience le responsable de la chevelure de François Hollande: employé à plein temps et soumis au devoir de confidentialité, il en a même raté la naissance de ses enfants. David Fontaine, l’auteur de l’article dans Le Canard enchaîné, a appris de son avocate qu’«il est corvéable à merci jour et nuit quasiment, qu’il doit le coiffer et le recoiffer à chacune de ses interventions publiques», a-t-il déclaré sur RMC. «Chacun se coiffe, non? a réagi le porte-parole Stéphane Le Foll à l’issue du Conseil des ministres, confirmant l’arrivée d’un coiffeur en 2012. Ce n’est pas n’importe qui, voilà, c’est tout.»

«Une tradition de train de vie un peu plus élevé»

Cette pratique ne surprend pas vraiment le député de l’Aisne, René Dosière, apparenté PS, spécialiste de la gestion des finances publiques et auteur en 2007 de L’argent caché de l’Élysée: «En tant qu’homme d’État, il se doit d’être impeccable, je comprends qu’il ait besoin de quelqu’un. Seulement, le problème, c’est le montant de la rémunération. C’est une regrettable erreur.»

Certes, le standing de la vie présidentielle hérite d’une tradition fastueuse qui fait d'elle l'une des plus onéreuses du monde. «On a peut-être une tradition de train de vie un peu plus élevé en France, c’est vrai, concède René Dosière. Il y a toujours un médecin, un aide de camp, une sorte de “majordome” pour les vêtements et les chaussures, et quelqu’un pour le maquillage». Selon lui, le maquilleur est par ailleurs trois fois moins payé que le coiffeur de François Hollande. Il faut rappeler que l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy s’était lui attaché les services d’une maquilleuse durant son mandat. La rémunération mensuelle s’élevait à 8.000 euros, confie la principale concernée, Marina Michenet, dans Le Point. 250 euros la séance, précise-t-elle.

Mais, en vérité, Nicolas Sarkozy puis surtout François Hollande ont sensiblement réduit la voilure. «Sous Hollande, la politique de rémunération du personnel a été simplifiée, les ministres sont payés 30% de moins, et plus aucun collaborateur ne peut recevoir un salaire supérieur à celui de chef de l’État.» Par ailleurs, la Cour des comptes salue «des efforts importants consacrés à la gestion du parc automobile», à savoir l’utilisation de soixnte-neuf voitures, alors qu’il y en avait quatre-vingt-huit en 2012. La restauration à la table de l’Élysée a elle coûté 8% de moins en 2014 qu’en 2012.

806 personnes travaillent au total au 55, rue du Faubourg Saint-Honoré, trente de moins qu’en 2013. 671 agents sont mis à disposition par différentes administrations et 135 sont employés sous contrat. Leur rémunération représente les deux tiers du total des dépenses.

 

Depuis les largesses de Jacques Chirac, le député René Dozière n’a eu vent d’aucun précédent similaire à l’«affaire du coiffeur» à l’Élysée comme au sein des ministères. À une exception près. La garde des Sceaux Rachida Dati (2007-2009) n’a pas atteint «des montants de cet ordre-là, c’est sûr, mais il s’agissait quand même de dépenses ostentatoires, surtout en maquillage». Difficile d'omettre également l'«affaire des cigares». En mai 2010, le secrétaire d’État au Grand Paris avait été épinglé par le fisc pour une facture de 12.000 euros de cigares réglée par le contribuable.

Quoi qu’il en soit, François Hollande doit forcément craindre que, de cette franche réussite, les Français ne retiennent qu’un écart capillaire. Rageant, conclut René Dosière: «Quand le coiffeur a été recruté, il y avait de quoi l’occuper. Alors que maintenant...»

Cyril Simon
Cyril Simon (28 articles)
Journaliste
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