Double XParents & enfants

Et si on lâchait enfin l'utérus de Jennifer Aniston?

Nadia Daam, mis à jour le 18.07.2016 à 13 h 30

(Et de toutes les femmes.)

Jennifer Aniston le 23 février 2016 à Hollywood, Californie. Mike Windle/Getty Images for smartwater/AFP

Jennifer Aniston le 23 février 2016 à Hollywood, Californie. Mike Windle/Getty Images for smartwater/AFP

Elle a beau marteler depuis des années que les femmes ont parfaitement le droit de ne pas avoir d'enfant et appeler les tabloïds à cesser d'être obsédés par son utérus, Jennifer Aniston a dû en remettre encore une énième couche. Et disons le clairement: OUI, on a le droit d'être une richissime star mondialement connue ET de se plaindre de la traque incessante des paparazzi, surtout quand cette dernière prend la forme de l'épuisant jeu «grosse ou enceinte?». Soit l'alliance parfaite entre le tristement classique body-shaming et le harcèlement non moins commun à l'endroit des femmes sommées d'expliquer pourquoi diable elles n'ont toujours pas enfanté.

C'est que ce mois de juin, la presse people s'est particulièrement acharnée sur l'actrice en dévoilant des photos d'un ventre supposément arrondi et laissant planer le doute sur une probable grossesse.

«Non, je ne suis pas enceinte, écrit Jennifer Aniston, dans une tribune publiée sur le Huffington post le 12 juillet, ce que je suis, c'est fatiguée de tout ça. Fatiguée de cette observation qui confine au sport national et de ce perpétuel bodyshaming, sous couvert de journalisme et d'infos people.

Chaque jour, mon mari et moi sommes harcelés par des dizaines de photographes  agressifs plantés devant chez nous, qui feront tout pour obtenir une photo, quitte à nous mettre en danger, nous ou les passants qui ont la malchance de se trouver là. Mais laissons de côté la question de la sécurité, je veux parler du problème plus large que pose ce rituel insensé mené par les tabloïds».

Ce problème dont parle Aniston, c'est encore et toujours la représentation qu'un certain type de presse se fait du corps féminin, et plus largement, la manière dont le corps des femmes est scruté, qui pour être encensé parce que suffisamment mince et beau, qui pour être répudié parce que jugé trop gros. Le corps des femmes est perpetuellement soumis à la validation d'autrui:

«l'objectification des femmes est absurde et inquiétante, (...) nous sommes responsables des conventions que nous acceptons. Des petites filles partout les intègrent, passivement ou non».

Une analyse qui résonne avec la façon dont une autre actrice avait elle aussi été publiquement invectivée parce que son corps n'était pas jugé assez mince. En 2014, le site Première.fr écrivait à propos de l'actrice Olivia Wilde, «qu'on l'avait connue si bien foutue», qu'elle a aujourd'hui «des gros poteaux plein de cellulite» et que le fait qu'elle ait «ait gonflé autant enceinte» et «n'ait pas fondu rapidement» est «vraiment décevant».

La pression de la maternité

Mais le corps de Jennifer Aniston n'est pas jaugé que par ce biais là. Il est aussi et même surtout l'objet de l'obsession de la société tout entière pour les femmes qui n'ont pas d'enfant. Après avoir longtemps été jugée pour son célibat, l'actrice, mariée à l'acteur Justin Theroux, est aussi sommée de manifester publiquement un désir d'enfant, ou en tout cas d'évoquer une future maternité. Pour Jennifer Aniston, cela «illustre la perpetuation de cette idée que les femmes seraient inachevées, ratées et malheureuses si elles ne sont pas mariées et mères de familles.»

Nous sommes entières avec ou sans compagnon, avec ou sans enfant

Jennifer Aniston

Et d'asséner encore une fois:

«Nous sommes entières avec ou sans compagnon, avec ou sans enfant. C'est à nous de décider par nous-mêmes ce qui est bien pour nos corps. Ces choix nous reviennent, et à nous seules».

D'autres célébrités, d'Oprah Winfrey à Condoleeza Rice,  se sont elles aussi échinées à expliquer qu'elles n'avaient pas d'enfant par choix, et qu'elles allaient très bien, merci.

Mais le message peine à être entendu, et les femmes de plus de 40 ans, voire de 35, qui ne sont pas mères, continuent à être perçues comme des anomalies. Selon une étude du Pew Research center, 38% d'Américains considèrent que le fait que la proportion de femmes qui ont sauté la case maternité a doublé, est «néfaste pour la société».

En France aussi, cela demeure mal perçu, et ces femmes peuvent faire l'objet de violences verbales inouies de la part de leurs proches, d'inconnus ou même du corps médical.

Le harcèlement dirigé vers ces femmmes (et presque jamais vers les hommes sans enfants), qu'il prenne la forme d'une traque dans la presse people, d'une remarque dégueulasse d'un gynécologue ou d'une question sur le mode passif-agressif du type «et toi quand est-ce que tu t'y mets?» contribue à donner des coups de boutoir sur les acquis essentiels du libre choix à disposer de son corps et conditionne les petites filles à vouloir devenir forcément des mères et des épouses. Or, comme l'écrit Aniston, «Nous n'avons pas besoin d'être mariées ou mères pour être accomplies. C'est à nous d'écrire, pour nous-mêmes, notre propre version d'"ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants"». 

Nadia Daam
Nadia Daam (199 articles)
Journaliste
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