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Ce que la malbouffe fait à votre cerveau

Temps de lecture : 4 min

Les fast-foods, les chips et la délicieuse glace Macadamia de votre frigo sont mauvais pour la santé et pour la ligne, vous le savez bien. Mais ce n'est pas tout. La malbouffe affecte aussi votre santé mentale.

Burger | Danijel-James Wynyard via Flickr CC License by
Burger | Danijel-James Wynyard via Flickr CC License by

Eliane a 28 ans. Il y a quelques semaines, elle a consulté une psychanalyste parce qu'elle souffrait à la fois d'une sévère dépression et d'une surcharge pondérale importante. Au fil des questions, cette dernière l'a aidée a identifier les origines de sa souffrance. «Depuis quand êtes-vous en surpoids?» «L'âge de 12 ans», répond-elle. «Avez-vous vécu un événement particulier à l'époque?» «Non.» «Comment avez-vous traversé les débuts de votre puberté?» Silence, gêne, sanglots.

La psychanalyse a fini par faire remonter le traumatisme enfoui qui a marqué sa vie à jamais: des sévices sexuels. Pour elle, prendre du poids a été une stratégie assez logique pour se protéger, pour ne plus plaire et pour éviter d'être à nouveau victime, nous explique sa thérapeute, Catherine Grangeard.

Aujourd'hui, cette mauvaise alimentation est pourtant devenu une cause supplémentaire de souffrance pour la jeune fille, estime la psychanalyste, auteur de Comprendre l'obésité, Une question de personne, un problème de société (Albin Michel):

«Si vous êtes déjà vulnérable, le fait de mal manger va vous faire encore un peu plus de mal, c'est évident. Ça ne vous aide pas à affronter l'existence. Et de plus en plus d'études confirment que c'est nocif pour l'organisme, pour le cerveau notamment.»

Plus de risques de dépression chez les mauvais mangeurs

Comme Catherine Grangeard, les psychologues et psychanalystes sont de plus en plus nombreux à intégrer dans leurs consultations des entretiens sur les habitudes alimentaires de leurs patients. Depuis 2012, le Pentagone tente également de lutter contre la dépression et les suicides des vétérans américains en modifiant leur régime. C'est maintenant une certitude: avoir une alimentation déséquilibrée dérègle le fonctionnement de notre cerveau et peut le rendre malade.

En 2011, des chercheurs espagnols ont d'abord publié dans la revue PLoS One des résultats inquiétants, après avoir suivi l'alimentation et l'état de santé de 12.000 volontaires pendant six ans. Au début de l'étude, les participants étaient tous en bonne santé. À la fin, 657 d'entre eux souffraient de dépression.

Une hypothèse indique que les acides gras trans rigidifient la membrane des neurones et perturbent les communications entre les cellules et donc le fonctionnement du cerveau

Les chercheurs ont alors constaté que les participants qui avaient consommé régulièrement des acides gras trans et des graisses saturées –que l'on trouve dans les plats préparés, la nourriture très transformée ou les frites– «avaient un risque de dépression 48% plus élevé que ceux qui n'avaient pas absorbé d'aliments contenant ces graisses». Pire: plus la quantité d'acides gras trans et graisses saturées absorbées par les participants étaient importantes, plus les effets sur la santé mentale étaient sévères.

Attention, ces résultats ne veulent pas dire que le seul fait de manger régulièrement des cochonneries peut vous faire tomber en dépression, alerte Catherine Grangeard:

«Il faut éviter les analystes simplistes, qui consistent à dire “vous mangez mal donc vous risquez la dépression”. Il y a des structures qui font qu'un facteur plus un autre plus autre peuvent vous conduire à la dépression. L'alimentation est un des facteurs. Il faut aussi savoir que les gens qui mangent de la malbouffe répondent à certaines injonctions, notamment celles de la publicité. On n'est pas tous égaux face à ces tentations, surtout si on a été malmené par la vie. Et si en plus vous êtes pauvres, ça peut être très difficile de bien manger.»

Problèmes de mémoire à l'adolescence

Depuis 2011 et l'étude publiée dans PLoS One, plusieurs travaux sont parvenus à des conclusions semblables, notamment en étudiant la santé mentale de personnes ayant ou non suivi un régime alimentaire méditerranéen. Depuis, les recherches se multiplient encore, notamment sur certains groupes de populations fragiles. En 2015, des chercheurs de l’unité NutriNeuro de l'Inra Bordeaux ont montré grâce à des expériences sur des rats que la malbouffe provoque des problèmes de mémoires et des retards d'apprentissage significatifs, notamment chez les adolescents.

Reste à comprendre exactement comment ces mécanismes fonctionnent. Dans le cas de la mémoire, les chercheurs de Bordeaux ont constaté qu'un régime obésogène entraîne une inflammation d'une partie du cerveau, l'hippocampe, et dérègle son fonctionnement. Les chercheurs de l'Inra se penchent maintenant sur l'homme et vont comparer le fonctionnement de certaines structures cérébrales chez des adolescents obèses et non obèses.

Florian Ferreri, psychiatre à l'hôpital Saint-Antoine de Paris et auteur du Régime anti-déprime (Odile Jacob), nous confirme que ces mécanismes biologiques ont été également été identifiés pour faire le lien entre dépression et malbouffe:

«Pour bien fonctionner, le cerveau a besoin d'une alimentation équilibrée. Le bon nombre de calories, mais pas en excès non plus. Les bonnes protéines, les bonnes vitamines et aussi par exemple les bons acides gras. Une hypothèse indique que les acides gras trans rigidifient la membrane des neurones et perturbent les communications entre les cellules et donc le fonctionnement du cerveau. Les personnes qui sont dans ce cas ont un risque majoré de dépression.»

La consommation excessive de produits gras et/ou sucrés pourrait aussi contribuer à la production par votre organisme de protéines appelées cytokines. Des protéines mises en cause dans le développement de la dépression. De même, ce régime accroît les risques de déclencher une réaction de stress oxydant, l'un des facteurs de dépression. Bien sûr, on ne va pas soigner tous les malades de dépression en remplaçant leurs burgers par des courgettes vapeur, insiste Catherine Grangeard:

«Tout le monde sait qu'il faut manger moins gras, moins sucré. Les études récentes le confirment mais ce n'est pas vraiment un scoop. Là clé, c'est de comprendre que la personne n'arrive pas à prendre soin d'elle-même en mangeant. Pour ça il faut s'accorder de la valeur. Manger bien est déjà quelque chose qui fait du bien en soit, parce qu'on prend soin de ça. Si c'était si simple, on le saurait. Or, au moins 40% des patients obèses dont on diminue la taille de l'estomac par chirurgie ne perdent pas de poids par la suite, parce que la souffrance est encore enfouie.»

Encore faut-il, aussi, trouver les bonnes ingrédients et les bonnes recettes pour manger équilibré. Ça tombe bien, Slate.fr a une rubrique entière sur le sujet.

Thibaut Schepman Journaliste

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