Parents & enfants

Le temps passé par les enfants devant les écrans, nouvel outil de culpabilisation des mères

Temps de lecture : 2 min

Les innovations offrant aux mères davantage d'autonomie ont toujours été regardées d'un mauvais œil.

Une enfant devant un ordinateur, 2006 | eynermedia via Flickr CC License by

On sait combien l’éducation est aujourd’hui un sujet plus que sensible et le débat concernant le temps où les enfants sont devant un écran concerne en réalité bien plus les mères que leur progéniture. Aucune donnée scientifique fiable ne prouve que regarder la télévision ou jouer avec une tablette soit intrinsèquement nocif aux enfants de plus de 2 ans (et même aux plus petits).

Mais, quoi qu’il en soit, beaucoup de mères mentionnent la consommation d’écran de leurs enfants avec un ton résigné ou cachottier. Le message sous-jacent étant: «Pardon, je ne suis pas une bonne mère.» D’autres préfèrent tout simplement ne jamais en parler à d’autres parents, cette technique étant le seul moyen d’éviter le ton moralisateur ou culpabilisant qui ternit d’ordinaire de telles conversations.

Le caractère sexiste du tabou anti-écrans

Dans un article publié début mai, Alexandra Samuel, journaliste spécialisée dans les technologies, comparait le temps passé devant un écran à un croque-mitaines contemporain et arguait que la diabolisation de la télé, de l’ordinateur ou des tablettes s’ancrait dans un préjugé antiféministe pas toujours conscient. Alexandra Samuel souligne l’indéniable utilité de tous ces gadgets pour des parents qui, parfois, ont besoin de s’éloigner un peu de leurs enfants pour préparer à manger, passer un coup de fil professionnel ou, comble de l’horreur, souffler et se détendre. Elle développe ensuite en montrant qu’historiquement, les innovations offrant aux mères davantage d’autonomie et d’accès à la sphère publique ont toujours été regardées d’un mauvais œil:

«Si la facilitation du travail maternel nous angoisse, c’est parce que nous avons toujours eu énormément de mal à libérer les femmes des exigences domestiques.»

Alexandra Samuel est très convaincante en soulignant le caractère sexiste du tabou anti-écrans, et j’ajouterais même qu’il relève aussi probablement du mépris de classe. Il est bien plus facile d’éloigner vos enfants de la télévision si vous êtes assez riche pour leur éviter la nounou électronique. Mais, si vous êtes une mère célibataire, et/ou que vous ne pouvez pas vous offrir les services d’une baby-sitter, laisser vos enfants jouer avec votre téléphone ou regarder la télé peut être votre seul moyen de trouver du temps pour travailler, faire des courses ou le ménage.

Bonne nouvelle pour les mamans, riches comme pauvres, l’Académie américaine de pédiatrie affirme qu’une à deux heures d’écrans «ludiques» sont tout à fait acceptables pour des enfants de plus de 2 ans. En dessous de cet âge, l’académie travaille actuellement à la mise à jour de ses recommandations –qui prescrivent aujourd’hui pas d’écran du tout– pour les adapter aux récentes évolutions technologiques.

Un problème socioculturel

Indubitablement, une consommation excessive d’écrans peut avoir des conséquences négatives sur les enfants –même si les recherches sont bien moins concluantes qu’on le laisse d’ordinaire penser–, mais aucun expert n’affirme que les enfants ne devraient jamais être mis devant la télévision ou une tablette. Comme l’a expliqué Steven Gortmaker, enseignant à Harvard en sociologie de la santé travaillant sur la question du temps d’exposition aux écran depuis les années 1980, «le but n’est pas de jeter la technologie aux orties, mais d’abaisser les doses et de fixer des limites».

Reste que le fond du problème n’est pas scientifique, il est socioculturel: tous les cris d’orfraie qu’un enfant rivé à sa tablette suscite n’ont pas vraiment comme objet sa santé, mais bien plutôt toutes les injonctions délirantes que nous pouvons assigner à la maternité. Et c’est à ces délires que les mères doivent résister, c’est de ces injonctions qu’elles doivent débattre –si besoin, pendant que leurs enfants sont branchés sur Gulli.

Elissa Strauss Journaliste

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