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Voici pourquoi le monde est devenu fou de «Pokémon Go»

Grégor Brandy et Vincent Manilève, mis à jour le 13.07.2016 à 10 h 22

Le jeu pour smartphones crée beaucoup de passions et de débats, y compris chez ceux qui ne connaissent pas du tout le phénomène.

Image du jeu Pokémon Go.

Image du jeu Pokémon Go.

À moins que vous n’ayez vécu dans une grotte au cours des dernières semaines (ou que vous ayez passé vos vacances loin d’internet, ce qui revient sensiblement à la même chose), vous n’avez probablement pas échappé au phénomène Pokémon Go.

Pokémon Go, c’est le nouveau jeu vidéo développé par Nintendo, qui crée de grosses jalousies chez les possesseurs d’iPhone, en France, qui n’y ont pas encore accès sans passer par un compte étranger (alors que ceux d’Android ont juste besoin de télécharger un fichier). Le principe est simple (vous envoyer dans la rue chasser et collectionner des petits monstres virtuels) mais, pour bien comprendre l’engouement suscité, il faut revenir aux origines de la série.

Tout est parti de deux versions initiales (rouge et bleue) d’un jeu lancé en 1996 au Japon sur Game Boy, et trois ans plus tard en France. On y incarne un jeune dresseur dont le but est de collectionner tous les Pokémons existant (151 à l’époque), de devenir le meilleur du monde et remporter tous les défis. Au total, 23,6 millions de cartouches seront vendues dans le monde, faisant de la première génération le deuxième jeu le plus vendu de l’histoire de la Game Boy, derrière Tetris (35 millions). Plus largement, en comptant les versions suivantes, Kotaku indiquait en mars 2016 que la franchise et ses dérivés avaient permis à Nintendo de vendre 279 millions de jeux.

Un dessin animé a suivi en 1997, avec les personnages de Sacha, Pikachu, Ondine et Pierre. Bon nombre de jeunes adultes se souviennent encore des matinées sur TF1 à suivre leurs aventures.

 

926 épisodes et 19 saisons plus tard, la série continue encore aujourd’hui.

Il ne faut pas non plus oublier les cartes Pokémon, qui, en faisant s’affronter les enfants, ont probablement ruiné quelques amitiés forgées dans les cours de récré. Polygon annonçait en 2014 que 21,5 milliards de cartes étaient en circulation, dans soixante-quatorze pays et dix langues. 

Autant dire que la folie Pokémon a fait grandir toute une génération qui fantasmait à l’idée de parcourir les hautes herbes pour trouver des petits monstres plus ou moins gentils.

Avec Pokémon Go, l’univers prend vie

Aujourd’hui, après des années d’hésitation, Nintendo a décidé de lancer ses petits monstres à l’assaut des smartphones et de la «vraie vie». Tout est parti d’une blague de Google il y a quelques années, qui proposait aux utilisateurs de Google Maps de chercher les Pokémon sur leurs cartes virtuelles. Sauf que Nintendo a réellement lancé le projet en s’appuyant sur la société Niantic, propriété de Google à qui l’on doit notamment Google Earth et le jeu Ingress.

Le jeu se lance et vous vous retrouvez sur une carte qui vous semble familière: il s’agit de votre quartier, comme si vous étiez sur Google Maps, avec des Pokémons en plus

L’annonce du partenariat Nintendo-Niantic a été dévoilée officiellement à l’été 2015 et une bande-annonce attisait l’impatience des fans, qui ont compris qu’ils devraient aller se balader pour trouver les petits monstres au coin de leur rue.


Après une période en bêta qui a pris fin le 30 juin, Nintendo a pris tout le monde de court en sortant le jeu sur Android et iPhone le 5 juillet. D’abord disponible en Australie et en Nouvelle-Zélande, le jeu devient disponible aux États-Unis mais toujours pas en France, notamment parce que Niantic doit s’assurer que les serveurs tiendront le coup.

Et c’est là que tout le monde a compris que le Pokémon marquerait sûrement un tournant dans l’industrie du jeu vidéo. Pour bien comprendre son fonctionnement, nous allons reprendre le jeu étape par étape.

En ouvrant l’application, le professeur Saule, petit nouveau dans l’univers, vous propose d’aller chasser des Pokémons pour l’aider dans ses recherches. Après avoir créé votre personnage, le jeu se lance et vous vous retrouvez sur une carte qui vous semble familière, et pour cause: il s’agit de votre quartier, représenté comme si vous étiez sur Google Maps. En utilisant la base technologique des cartes du géant américain et le GPS de votre smartphone, l’application vous permet de détecter autour de vous des Pokémons, placés aléatoirement autour de vous.

Un Rattata près de la bouche de métro

Par exemple, imaginons que votre radar Pokémon vous indique un Rondoudou à quelques dizaines de mètres de votre position géographique. Pour l’attraper, il suffit alors de marcher dans la bonne direction et de surveiller son apparition sur la carte. Différents types de Pokémons peuvent alors surgir lors de vos balades en fonction d’où vous vous trouvez, et seulement si vous avez votre application ouverte sur votre téléphone. Si vous vous approchez de rivières, vous aurez plus de chance de voir des Magicarpe ou des Psykokwak apparaître sur votre carte, l’environnement ayant une influence sur les bestioles que vous croisez. Près des locaux de Slate.fr, il y a par exemple beaucoup de Rattata, de Roucoul et de Nosferapti, une population plutôt normale pour une ville urbaine comme Paris.

Il y a quelques jours, nous sommes donc tombés, grâce à la réalité augmentée, un principe qui consiste à ajouter des éléments virtuels dans un monde réel grâce à un écran, sur le très sympathique Evoli.

Si vous vous approchez d’une rivière, vous aurez plus de chance de voir des Magicarpe ou des Psykokwak apparaître sur votre carte

«Quant tu te fais arrêter mais que tu dois tous les attraper»

Une fois que le Pokémon est apparu devant vous, il faut le capturer. C’est là que Pokémon Go prend un virage assez différent des jeux classiques, dans le sens où vous ne combattez pas les Pokémons. À la place, vous utilisez des Pokéballs, des objets que vous pouvez récupérer dans des lieux plus ou moins connus des villes, pour tenter de les capturer directement. Une fois que vous avez appuyé sur votre écran sur le Pokémon, il vous faut lancer la Pokéball avec adresse pour pouvoir capturer l’animal avant qu’il ne vous échappe.

Le but de Pokémon Go est de les «attraper tous», comme le dit le slogan de la franchise, mais aussi de combattre d’autres dresseurs. Dans les jeux Game Boy, il fallait affronter des dresseurs dans la rue ou les hautes herbes ou des maîtres dans les arènes. Dans ce nouveau jeu, le principe est légèrement différent puisqu’il est (pour l’instant au moins), impossible de combattre d’autres joueurs à l’arrêt de bus. On peut, en revanche, prendre possession d’arènes, situés sur des lieux publics très fréquentés comme les parcs, les gares, les musées ou d’autres lieux plus insolites. Il suffit de s’y rendre physiquement et de combattre les Pokémons du joueur en place avec ses propres petits monstres. Si vous gagnez, vous devenez maître des lieux; si vous perdez, vous retenterez votre chance une autre fois.

Ne pas sous-estimer les rêves de gosses qui se réalisent

Il y a beaucoup d’autres fonctionnalités qui font de Pokémon Go un jeu très riche et capable de se renouveler en permanence (beaucoup attendent avec impatience de combattre d’autres joueurs dans la rue). Mais ce qu’il est important de retenir ici, c’est que Pokémon Go donne la possibilité à des millions de fans de la première heure l’opportunité d’incarner enfin leur héros et de quitter leur chambre pour partir à la chasse. Pour des personnes qui n’ont pas connu Pokémon, l’engouement peut paraître incompréhensible, voire franchement ridicule.

Pokémon est un univers dans lequel des millions d’adolescents et de jeunes se sont immergés pendant des centaines d’heures. Aujourd’hui, grâce à la réalité augmentée, c’est l’inverse qui se produit, le virtuel s’immerge dans notre réalité

«Un mec vient de demander à sa copine de retenir le train pendant qu’il attrape un Pokémon, elle est montée et est partie sans lui.»

S’il peut paraître difficile à comprendre, c’est une erreur de le trouver ridicule sans en comprendre le sens: Pokémon est bien un jeu pour adultes. Il s’agit d’un univers où des millions d’adolescents et de jeunes se sont immergés pendant des centaines d’heures. Et aujourd’hui, grâce à la réalité augmentée, c’est l’inverse qui se produit, le virtuel s’immerge dans notre réalité:

«La technologie a évolué au point d’être capable de simuler un monde dans lequel les Pokémon sont réels, analyse avec justesse le site Vox.com. C’est essentiellement ce que Pokémon Go essaye de faire: en utilisant la capacité de votre téléphone à traquer le temps et à savoir où vous vous trouvez, le jeu imite ce qu’il se passerait si les Pokémons pouvaient vraiment traîner autour de vous à n’importe quel moment, prêts à être attrapés et collectés.»

Ce n’est pas un hasard si, grâce à cette prouesse technologique, le jeu a été téléchargé plus de 7,5 millions de fois aux États-Unis en quelques jours à peine et s’il génère 1,6 million de dollars de recette sur les appareils Apple. Pokémon Go est même déjà plus téléchargé que Tinder, sur les smartphones Android, et n’est pas loin de surpasser Twitter.

Dans la vidéo ci-dessous, tournée à Central Park, certains verront des gens les yeux rivés sur leur téléphone en train de capturer des bestioles. Mais d’autres y verront la naissance d’une nouvelle façon de jouer, d’évoluer dans son environnement ou d’interagir avec les gens.

Qu’on le veuille ou non, Pokémon Go s’affirme comme un phénomène, et ce alors qu’il n’est toujours pas (officiellement) disponible en France. Après la crue de la Seine, les Français doivent donc se préparer à affronter une nouvelle vague, faite de Pikachu, de Carapuce et de Rattata.

Grégor Brandy
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