Monde

Plusieurs milliers de Vénézuéliens vont acheter leur papier toilette en Colombie

Temps de lecture : 2 min

La pénurie de nourriture et de médicaments se transforme en crise humanitaire au Venezuela.

Des Venezueliens rapportent des produits du voisin colombien, le 10 juillet 2016. GEORGE CASTELLANOS / AFP
Des Venezueliens rapportent des produits du voisin colombien, le 10 juillet 2016. GEORGE CASTELLANOS / AFP

Il est six heures du matin à San Cristobal, au nord-ouest du Venezuela, ce dimanche 10 juillet, quand Magola Penaranda, 60 ans, sort du lit. Accompagnée de ses deux filles et de se petite-fille, elle s'apprête à se rendre en Colombie, à quelques kilomètres de là, pour acheter du savon et du papier toilette. Le trajet leur coûte environ vingt-cinq dollars, l’équivalent de deux mois de salaire minimum. «Même si tu as beaucoup d’argent, tu ne peux pas obtenir de riz ici», explique-t-elle à l'agence Associated Press.

Au total, rapporte le New York Times, ce sont 35.000 Vénézuéliens qui ont l'opportunité de faire des courses dans le pays voisin durant les douze heures d’ouverture octroyées par les autorités. Cette autorisation est intervenue cinq jours après que 500 Vénézuéliennes ont franchi de force un cordon militaire. Slate relevait le 22 juin dernier que les pillages de cantines scolaires se multipliaient, signe avant-coureur d'une crise humanitaire.

Des couches, du papier toilettes, de la farine, de l’huile de cuisson... Le peuple est à la recherche des denrées de base aujourd'hui introuvables dans un pays paralysé et miné par 720% d’inflation en 2016. Près de 70% des commerces ont fermé, entraînant la suppression de 15.000 emplois. L'accès du secteur privé aux devises a été très restreint par la chute des prix du pétrole, source de 96% des entrées de devises dans le pays. En outre, l’ONG Codevida alerte sur le fait que 200.000 patients souffrant d’une maladie chronique sont affectés par les pénuries de médicaments.

Le 9 juillet, l'usine américaine Kimberly-Clark annonçait qu'elle cessait sa production d'articles d'hygiène en raison d'un «manque de devises» pour acheter les matières premières. Deux jours plus tard, le gouvernement de Nicolas Maduro, qui persiste à accuser les patrons de droite d'envenimer la situation, a relancé l'activité de l'entreprise.

«Usine arrêtée, usine occupée par la classe ouvrière», telle est la menace brandie depuis deux mois. Le successeur d'Hugo Chavez l'a mis en application. Difficile pour autant de croire à une nouvelle feuille de route construite autour d'une série de nationalisations, après plusieurs décennies de prospérité stimulée par les entreprises privées.

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