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Et si, à Varsovie, une détente s'était amorcée avec la Russie?

Temps de lecture : 5 min

Le sommet de l'Otan qui s'est tenu dans la capitale polonaise pourrait, au-delà des effets de manche, amorcer une désescalade des tensions.

A Varsovie, le 9 juillet 2016. Mandel Ngan / AFP.
A Varsovie, le 9 juillet 2016. Mandel Ngan / AFP.

Était-ce le dernier sommet avant la désescalade? Les chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de l’Alliance atlantique étaient réunis, vendredi 8 et samedi 9 juillet, à Varsovie, jadis capitale du Pacte du même nom qui rassemblait l’URSS et ses satellites européens. Au menu: comment répondre à «l’agressivité» de la Russie et dissuader Vladimir Poutine d’aller plus loin dans ses efforts pour déstabiliser ses voisins. L’Alliance et son organisation militaire, l’Otan, semblaient avoir retrouvé leur raison d’être d’origine, quand elles avaient été créées en 1949: contenir la Russie, comme au temps de la guerre froide. Et de guerre froide, il en était question des deux côtés, à Moscou et dans les capitales occidentales, soit pour la conjurer, soit pour décrire une situation qui se tendait de plus en plus.

Depuis l’annexion de la Crimée et l’intervention à peine masquée dans l’est de l’Ukraine, la Russie a multiplié les actes d’intimidation: violation de l’espace aérien des Etats européens riverains de la mer Baltique mais aussi jusque vers les côtes britanniques, cyberattaques dans les pays baltes, etc. Ce qui n’empêchait pas le Kremlin de dénoncer «la rhétorique et les actions agressives» de l’Otan à proximité des frontières russes. Il visait par exemple les manœuvres Anaconda, qui ont impliqué plus de 30.000 soldats venus de plusieurs pays de l’Alliance, dans les Etats baltes et en Pologne. Ce sont eux en effet qui se sentent le plus menacés par la Russie. En 2008, la guerre en Géorgie avait déjà été un coup de semonce. En 2014, la crise en Ukraine a apporté la preuve que Vladimir Poutine était prêt à violer le droit international et à modifier les frontières par la force au cœur même de l’Europe, en contradiction avec tous les accords passés au début des années 1990.

L'effet de dissuasion est-il crédible?

La mission première de l’Otan, qu’elle avait un peu perdue de vue en allant faire le gendarme hors de son territoire, est la «réassurance» de ses membres et en particulier de ceux qui se sentent les plus vulnérables. C’est le rôle de l’article 5 de la Charte de Washington, qui affirme que «les parties conviennent qu'une attaque armée contre l'une ou plusieurs d'entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d'elles […] assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d'accord avec les autres parties, telle action qu'elle jugera nécessaire, y compris l'emploi de la force armée […]».

Pour que l’effet de dissuasion soit aussi efficace que possible, il convient que l’hypothèse d’un soutien collectif apporté à un ou plusieurs membres menacés soit crédible, d’où la nécessité de renforcer le dispositif militaire dans les pays les plus exposés. Le sommet de Varsovie a décidé par exemple de déployer, par rotation, quatre bataillons internationaux de 1.000 hommes chacun dans les Etats baltes où des chars seront prépositionnés. De plus, la force de réaction rapide de l’Otan sera triplée pour passer à environ 40.000 soldats déployables en quarante-huit heures.

Les chefs d’Etat et de gouvernement ont d’autre part annoncé ce que, dans le jargon de l’Otan, on appelle «la déclaration de la capacité initiale opérationnelle» du bouclier antimissile installé en Europe. Destiné à intercepter les missiles balistiques avant qu’ils n’atteignent leur cible en Europe ou aux Etats-Unis, ce bouclier n‘est pas dirigé officiellement contre la Russie. Il vise les missiles de l’Iran, par exemple. Toutefois, les Russes ont toujours affirmé qu’il avait en fait pour but de rendre inopérante leur force de frappe nucléaire et donc de détruire, au profit des Etats-Unis, l’équilibre de la dissuasion nucléaire. Ils n’ont pas exclu des mesures de rétorsion.

L’article 5 est-il crédible? La réponse ne peut qu’être donnée «en creux». Aucun pays couvert par cet article n’a été attaqué et les Etats européens qui ont été en conflit armé avec la Russie ont été deux Etats auxquels l’adhésion à l’Otan, donc la garantie de l’article 5 avaient été refusée, la Géorgie et l’Ukraine (au sommet de Bucarest, en 2008, quelques semaines avant la guerre russo-géorgienne). Ce qui fait dire à Jochen Bitter, directeur de l’hebdomadaire allemand Die Zeit, que si l’article 5 n’existait pas, il n’est pas sûr que l’Alliance atlantique l’inventerait en 2016. Il crée des obligations, fussent-elles imprécises, que les Occidentaux ne sont pas tous prêts à assumer en cette période de l’après post-guerre froide où la perception de la menace varie d’un pays membre à l’autre.

«Moulinets de sabre»

Comme il se doit lors d’un sommet de l’Otan, les décisions ont cependant été prises à l’unanimité, même si tous les participants n’étaient pas animés par les mêmes arrière-pensées. Avant la réunion, des voix discordantes s’étaient fait entendre. François Hollande avait déclaré que, selon lui, la Russie ne représentait pas une «menace pour la France», c’est un «partenaire qui, c’est vrai, a-t-il ajouté en un plaisant euphémisme, peut parfois, on l’a vu en Ukraine, utiliser la force». Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, avait critiqué «les cris de guerre» et les «moulinets de sabre», visant implicitement les manœuvres de l’Otan. «On ne doit pas fournir de prétexte au retour d’une vieille confrontation, avait-il dit. Qui croit que l’on crée plus de sécurité avec des parades de chars se trompe.»

Les partisans du dialogue avec la Russie peuvent se féliciter d’avoir été entendus. Les autres peuvent arguer que l’Alliance ayant montré sa détermination, elle est d’autant mieux placée pour réengager ce dialogue. Du côté de Moscou, on s’y dit prêt. En visite dans la Finlande voisine, Vladimir Poutine a accepté qu’une réunion du Conseil Otan-Russie se tienne le mercredi 13 juillet à Bruxelles. Ce conseil avait tenu une brève réunion en avril, pour la première fois depuis deux ans et l’annexion de la Crimée par Moscou. Il a été créé en 1997 afin d’associer la Russie à l’activité de l’Otan à un moment où celle-ci s’apprêtait à s’élargir vers l’est. Un des engagements des Occidentaux avaient été de ne pas créer de bases permanentes de l’Otan dans les nouveaux pays membres, pour l’essentiel des anciens alliés de l’URSS voire, dans le cas des Etats baltes, des anciennes républiques soviétiques. C’est la raison pour laquelle le déploiement de 4.000 soldats de l’Otan dans les Etats baltes, décidé au sommet de Varsovie, ne sera pas permanent mais par rotation.

La stratégie des Occidentaux –fermeté et offre de dialogue– a son pendant du côté russe. Le Kremlin continue de critiquer les sanctions imposées à la Russie et a décidé de prolonger l’embargo sur les produits agricoles européens. Tout en demandant à Angela Merkel et à François Hollande de faire pression sur le président ukrainien Porochenko pour l’application des accords de Minsk, Vladimir Poutine ne fait rien pour pousser ses obligés du Donbass au compromis. Toutefois, le président russe a récemment adopté un ton plus conciliant, reconnaissant les Etats-Unis comme la seule superpuissance dans le monde et appelant de ses vœux une «étroite coopération avec les Américains sur les questions internationales», notamment contre le terrorisme. On peut y voir un effet des sanctions qui ont touché l’économie russe, mais moins que la chute du prix des hydrocarbures, il s'agit surtout de la conséquence de deux «coups» montés par Poutine, l’un en Ukraine en 2014, l’autre en Syrie en 2015. S’ils n’ont pas été pleinement réussis, ils ont remis la Russie au centre du jeu et en ont fait un interlocuteur indispensable dans la solution des crises internationales.

Des deux côtés donc, on a intérêt à reprendre le dialogue, chacun pensant avoir consolidé ses positions avant la confrontation diplomatique. En ce sens, le sommet de Varsovie pourrait bien, malgré ou à cause de ses «moulinets de sabre», annoncer la désescalade.

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