France

Au FN, la recomposition des droites va passer par le Sud de la France

Jérémy Collado, mis à jour le 01.08.2016 à 10 h 33

Quelques jours avant l'attentat terroriste de Nice, le FN se réunissait au Pontet et observait 2017 avec impatience, malgré les divisions. Aujourd'hui, ce sont leurs propositions qui polarisent le débat.

Les jeunes du Front national chantent la Marseillaise aux côtés de Marine Le Pen, Marion Maréchal-Le Pen, Gilbert Collard et Louis Alliot, lors du rassemblement "BBR" du Pontet, samedi 9 juillet. (Crédit: Jérémy Collado)

Les jeunes du Front national chantent la Marseillaise aux côtés de Marine Le Pen, Marion Maréchal-Le Pen, Gilbert Collard et Louis Alliot, lors du rassemblement "BBR" du Pontet, samedi 9 juillet. (Crédit: Jérémy Collado)

Le Pontet (Vaucluse)

En politique, tout est question de temps. Pour les observateurs comme pour les militants, il s'agit de ne pas se laisser aveugler par le court terme, –un rassemblement festif et convivial–, pour mieux oublier les mouvements de fond, c'est-à-dire la recomposition d'une droite identitaire, libérale, eurosceptique et catholique, qui taille des croupières au parti Les Républicains dans la région PACA. Et les force peu à peu à se droitiser, alors que la colère sourde des élécteurs, inquiets de l'impuissance des politiques face au terrorisme, gronde...

Pour le court terme, le 9 juillet au Pontet (Vaucluse), dans l'une des villes remportée par le FN en 2014, les journalistes ont été servis pour le grand retour des fêtes «BBR», bien connues des militants frontistes. Marion Maréchal-Le Pen, actrice principale de cette nouvelle synthèse idéologique, jurait d'ailleurs dans Le Figaro le matin même:

«Les fêtes Bleu Blanc Rouge sont très ancrées dans l'inconscient collectif du FN. Je suis très fière de cet héritage qui incarne bien l'esprit du parti. Notre honneur est de rester un parti populaire quand les autres partis préfèrent souvent les petits fours, canapés et champagne»

Pas de champagne sous le soleil vauclusien mais du rosé «cuvé Marion», des spectacles médiévaux, un tri des journalistes à l'entrée et une polémique sur la vente de produits siglés de la région PACA. Et puis cette arrivée surprise de Marine Le Pen, alors en week-end à Perpignan, venue ce jour-là pour montrer qui est la vraie patronne, quelques jours après son interview dans Valeurs Actuelles où elle reprochait à sa nièce d'être «un peu rigide» et de ne pas «jouer collectif».

«Bien sûr qu'il y a un message politique derrière», jure un proche de la députée de Vaucluse, «mais ça n'était pas orchestré», promet-il.

Prévenue le matin même par SMS, Marion Maréchal-Le Pen, qui joue parfois sa partition en solo au sein du FN, a même convié sa tante sur l'estrade pour une Marseillaise a capella, avant que les 2.000 personnes présentes sous un soleil de plomb réclament un discours... qui n'est jamais venu. «Rares sont les partis qui peuvent se permettre d'organiser deux universités d'été, une avant les vacances et une autre après. C'est le signe d'une bonne santé du parti», jure, «d'expérience», Franck Allisio, passé avec armes et bagages de l'UMP au FN lors des dernières régionales. Il fut d'ailleurs l'une des rares prises de guerre, à l'époque.

Marine Le Pen signe des autographes lors du rassemblement BBR au Pontet, samedi 9 juillet 2016 (Crédit: ©JC)

Quand on l'interroge sur le «rabibochage» mis en scène entre les deux femmes lors de ce grand raout, Allisio évacue d'un revers de main: «Pour qu'il y ait un rabibochage entre Marine et Marion, il faut déjà qu'il y ait eu séparation, ce qui n'est pas le cas», se convainc-t-il. «Il y a des sensibilités au Front national, une diversité, c'est normal», confirme calmement Gaëtan Dussausaye, responsable du Front national des Jeunes (FNJ) depuis un an et demie. «Mais à chaque fois qu'une décision est prise en bureau politique, c'est à l'unanimité

Recomposition des droites

La guerre est déclarée en interne entre deux lignes qui s'opposent

Il n'empêche: la guerre est déclarée en interne entre deux lignes qui s'opposent. L'une qui prend sa source dans ce Grand Sud depuis plusieurs années, et qui se nourrit d'une réflexion identitaire dont l'un des points d'orgue pourrait être, dans la bouche de Marion Le Pen, une opposition radicale à l'islam: «Si tous les musulmans ne sont pas djihadistes, tous les djihadistes sont musulmans», estime-t-elle par exemple...

L'autre, «gaullo-chevènementiste», incarnée par Florian Philippot, qui se concentre surtout sur la question européenne et n'hésite pas à défendre l'assimilation des Français de confession musulmane. Ce dont certains militants, venus au Pontet pour acclamer leur championne, doutent ostensiblement. Entre les deux tendances, la guerre est interne et bruisse parfois dans les médias. Et, a priori, rien n'éclatera au grand jour avant le prochain Congrès du parti, après la présidentielle de 2017.

Le récent attentat terroriste de Nice, où la droite et l'extrême-droite sont très bien implantées, a pour conséquence une polarisation du débat autour des thèmes mis en avant par le FN. Et une lutte toujours plus acharnée entre les deux partis, qui se concurrencent le même électorat, ou presque. Comme le raconte Le Monde, la montée du FN «inquiète depuis plusieurs mois l’état-major du parti LR, qui craint que cet attentat à Nice ne renforce encore la poussée frontiste. Cette donnée explique aussi les positions de plus en plus radicales de l’opposition, coincée entre un exécutif à la manœuvre et un FN antisystème

Sur le terrorisme, droite et extrême-droite se rapprochent

Eric Ciotti, député et président du Conseil départemental des Alpes-Martimes, réagit de façon ultra rapide et concrète à tous les évènements qui servent ses thèses sécuritaires: «La prochaine élection présidentielle se jouera sur la façon de protéger les Français et l’homme le mieux placé pour être un chef de guerre», jure-t-il. «Cette question sera essentielle, bien avant celle du chômage».

Mais à ces électeurs déçus du sarkozysme, il faudra expliquer pourquoi c'est sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy que plus de 10.000 postes de policiers ont été supprimés, au nom de la Révision générale des politiques publiques (RGPP)...

Comme toujours après les tragédies, la politique reprend le dessus: même Alain Juppé, d'ordinaire plutôt modéré, ou François Fillon, critique face aux dérives droitières de Nicolas Sarkozy, ont attaqué de front le gouvernement sur sa responsabilité dans l'attentat de Nice. Preuve que la primaire se jouera à droite et que personne ne veut paraître laxiste. Au Sud, c'est le FN qui dit quoi penser.

Et les propositions radicales de Marion Maréchal-Le Pen, qui pense que «l'état d'urgence est un pansement sur une hémorragie», ne diffèrent plus vraiment de celles de Christian Estrosi ou de Eric Ciotti, sans parler des têtes de pont de la droite Populaire que sont Thierry Mariani (autrefois élu dans le Vaucluse) ou Lionnel Luca (élu à quelques encablures de Nice): réforme du droit d'asile, «devenu une filière majeure d'immigration clandestine» selon Marion Le Pen, suppression du droit du sol et du regroupement familial, expulsion immédiate des étrangers condamnés pour des crimes et délits graves, création d'une commission d'enquête sur le financement du culte musulman en France...

Vierge de tout bilan national, le FN entend aller toujours plus loin. Suivi de près par une droite qui ne veut pas se laisser distancer. C'est de la politique, certes, mais c'est aussi la survie de la Nation qui est en jeu. Alors tout le monde est sur ses gardes.

Renouveau

L'an dernier, à la fin de la journée au Pontet, Marion était là avec nous et elle nous a aidé à plier tout. Elle est proche de nous. Plus que Marine...

Marc, bénévole

À 68 ans, moustache grise soignée et t-shirt rouge de bénévole sur le dos, Marc vante d'ailleurs les qualités de la «petite Marion», qui symbolise le renouveau d'une droite dure et fière de ses valeurs: «L'an dernier, à la fin de la journée au Pontet, Marion était là avec nous et elle nous a aidé à plier tout. J'en connais pas beaucoup des politiques qui font ça, qui donnent un coup de main aux militants. Elle est proche de nous. Plus que Marine...»

En sourdine, c'est une opposition de style et d'ambitions qui se trame derrière ces petites phrases, dans un Sud de la France balayé par les vents migratoires et où les pieds-noirs conditionnent largement le paysage politique. Preuve en est le discours de Stéphane Ravier, sénateur-maire des 13e et 14e arrondissements de Marseille, qui se lance ce samedi dans un démontage en règle du «général félon» que fut De Gaulle, quelques jours après les commémorations du 5 juillet 1962, jour du Massacre d'Oran, trois mois et demi après le cessez-le-feu de la Guerre d'Algérie.

À la tribune, Louis Alliot en remet une couche et demande qu'on respecte «toutes les mémoires». Avant d'exhorter tout ce petit monde à «accueillir ceux qui n'étaient pas au FN autrefois»: «Il y a des gens qui se sont trompés de bonne foi!», jure-t-il, chapeau de paille vissé sur la tête. «Nous n’avons pas le droit à l’échec, pas le droit à la division. Les querelles des uns et des autres, laissez-les aux journaux».

Plusieurs centaines de personnes étaient réunies pour écouter les cadres frontistes faire leurs discours. Marine Le Pen ne s'est pas exprimée (Crédit: JC).

Quelques jours avant, des proches de Florian Philippot s'étaient emportés sur les réseaux sociaux sur fond de guerre de mémoires, en défendant notamment la figure de l'ancien premier ministre Michel Rocard, accusé d'avoir soutenu le FLN algérien. En interne, l'histoire a fait grand bruit. Et réactivé les tensions autour de la ligne idéologique du Front national. «J'ai l'impression que tout le monde s'enferme un peu dans son idéologie et n'en démord pas», avance un proche de Marion Maréchal-Le Pen. Au risque de faire tanguer le navire, bien parti pour hisser Marine Le Pen au deuxième tour de l'élection de 2017.

Le FN a toujours été fort dans le sud<

Comme le rappelle la benjamine de l'Assemblée, le FN enregistre depuis longtemps des scores historiques dans le Sud. Le Var dispose d'une fédération frontiste puissante, avec des maires comme celui de Cogolin, Marc-Etienne Lansade, venu au Pontet et qui disposait même d'un stand attittré lors de cette fête BBR. Quant au Vaucluse, il fut longtemps le terrau d'un vote poujadiste qui n'est pas mort, même s'il s'est éparpillé entre la droite extrême et l'extrême-droite.

Si Marion Le Pen veut faire du Grand Sud un laboratoire pour l'avenir, c'est aussi parce que la sociologie de son électorat l'y incite. Confrontée à une forte immigration, du Languedoc jusqu'aux Alpes-Maritimes, cette population, attachée à son identité, est sensible à la transformation culturelle de ce territoire qui a largement changé depuis quarante ans. La population immigrée, souvent musulmane, cristallise toutes les tensions. Dans le Vaucluse, des villes comme Avignon ou Carpentras «ont connu une désertion des Français de souche, qui sont allés s'installer plus loin», détaillait à Slate Rémy Rayé, assistant parlementaire de Marion Le Pen. «A Carpentras par exemple, le sentiment qui prévaut, c'est que les gens ont l'impression de ne plus être chez eux. Ils sont face à une déferlante de femmes voilées ou d'hommes en djellabas avec des babouches. Ça, les gens ne le supportent plus.»

Du miel de Provence en vente sur les étals au Pontet (Crédit: JC)

Classe moyenne, artisans, salariés et commerçants déclassés à l'Ouest, propriétaires bourgeois ou jeunes militants européens attachés à leurs racines à l'Est, les électeurs du Sud ont tout pour voter à droite. Ou au FN... si cette droite classique les déçoit. Mais faute d'une véritable implantation locale et d'un manque de cadres, Jean-Marie Le Pen se contentait autrefois de remotiver ses troupes à l'occasion des présidentielles et se privait d'un véritable bastion. Il méprisait le travail laborieux des technocrates qui bossaient les dossiers et s'impliquaient dans leurs villes et leurs villages. Le FN d'aujourd'hui veut faire l'inverse, en démontrant par l'exemple que les expériences de gestion locale peuvent servir de laboratoire à une arrivée au pouvoir dès 2017, ou après.

«Dans les années 90, des villes comme Toulon et Nice avaient enregistré de très bons score, fruits de la stratégie locale de Bruno Mégret, finalement abandonnée pour des raisons financières. La volonté de Marine Le Pen de revenir à cette stratégie d'implantation locale a eu immédiatement des effets, dès les municipales en 2014», souligne Marion Le Pen, qui n'en manque pas une pour dénoncer la stratégie de son rival, Christian Estrosi, jadis proche d'une droite conservatrice sur le plan des mœurs et libérale économiquement, plutôt en phase avec certains discours du FN sur l'immigration, mais qui prône désormais une image plus apaisée et centriste depuis sa victoire aux régionales en décembre 2015. «Il a choisi de se saborder avec la gauche. Une partie de la droite ne pourra pas faire autrement, sauf à se renier, que de travailler avec nous car nous sommes devenus incontournables», estime Marion Le Pen.

Ces questions de rapprochement, d’explosion, se posent à chaque fois que la droite est en mauvaise posture. Sauf que c’est scénarisé et dramatisé différemment par les médias

Alexandre Dézé, auteur de Front national: à la conquête du pouvoir?

Sauf que la porosité des électorats qui existe bel et bien n'a pas encore suscité de vagues d'adhésions pour le FN d'ex-UMP déçus. «Ces questions de rapprochement, d’explosion, se posent à chaque fois que la droite est en mauvaise posture. Sauf que c’est scénarisé et dramatisé différemment par les médias», expliquait à Slate en 2012 Alexandre Dézé, auteur de Front national: à la conquête du pouvoir? et maître de conférences à l’université Montpellier 1.

Sarkozy, qui a siphonné l'électorat FN en 2007, est bien parti pour être candidat en 2017... avec un bilan que ne manque pas de rappeler le Front national, pour mieux conserver ceux qui votent à droite et furent jadis tentés par le vote UMP. «Aujourd'hui, Sarkozy fait du gros rouge qui tâche pour nous reprendre des électeurs. Le problème, c'est qu'il est en équilibre entre Wauquiez et NKM. C'est impossible à tenir», jure un cadre frontiste.

Même si la sociologie de l'électorat de droite pousse certains électeurs à se détourner de la droite classique pour voter FN, le parti continue d'inspirer une certaine crainte, alimentée en partie par les médias et surtout par les dérapages de certains militants ou de cadres historiques et par l'histoire d'un parti fondé notamment par d'anciens pétainistes. «Si c'est pour ramener les Muselier, Gaudin ou Estrosi, qui affichent une appartenance à la droite mais appliquent la même politique que la gauche, non merci!», jure Stéphane Ravier, qui du haut de sa mairie des quartiers Nord de Marseille, tente bon gré mal gré d'exister face à la mairie centrale, dirigée par la droite.

«Ce qui m'intéresse, c'est plutôt de convaincre les électeurs proches de la droite qui se sentent trahis par LR et qui sont pour l'ordre, pour défendre les racines chrétiennes de l'Europe», poursuit-il. «Entre nous et les fossoyeurs de ces idées, qui se présentent comme des gens de droite, il y un fossé énorme.» D'autant qu'à droite, on fait tout pour s'opposer, sur la forme comme sur le fond, à Marine Le Pen, en mettant notamment en avant son programme économique, soit-disant proche de Jean-Luc Mélenchon ou du PCF des années 70. Un argument que reprend notamment Robert Ménard, élu à Béziers avec le soutien du FN, et qui organisait récemment un meeting de toutes les droites dans sa ville. Tentative ratée de faire l'union des droites, puisque l'ancien journaliste a surtout réussi à se fâcher avec ses alliés - qui l'accusent d'oublier grâce à qui il a été élu - mais aussi Marion Maréchal-Le Pen, qui rejette certaines outrances du maire de Béziers de peur que cela nuise à son propre parcours personnel.

Les Identitaires au FN

Depuis l'arrivée de la petite-fille de Jean-Marie Le Pen au sein du paysage politique, le FN canal historique, représenté jadis par son grand-père, désormais exclu du parti et qui aura adopté de nombreuses convictions au gré de sa carrière politique, a refait surface. Sa ligne: libérale sur l'économie, conservatrice sur les valeurs (opposition farouche au mariage pour tous, par exemple, et réticence sur l'avortement), en s'appuyant notamment sur l'héritage chrétien de la France... et plutôt pro-européenne, dans une perspective de défense face à l'immigration musulmane.

Une véritable ligne identitaire qui n'est pas étonnante, quand on observe les ralliements de certains ex-Identitaires comme Philippe Vardon, à Nice, qui a pris une place prépondérante dans la gestion du FN au niveau local ces derniers mois. «Tous ceux que nous avions tenté d'écarter lors des municipales de 2014 sont désormais aux manettes», décrit un déçu du FN, qui a désormais rallié LR au moment des régionales. «Personnellement, ça me conforte dans mon jugement et dans ma décision de quitter le Front national, qui s'est rapproché des identitaires

Il n'est pas rare d'entendre certains de ces militants parler de «Grand Remplacement» ou de «remigration», arguant qu'il est impossible d'être à la fois musulman et Français. Une posture idéologique loin de faire l'unanimité chez les cadres nationaux du FN. Dont certains, comme Philippot, associent nécessairement Europe technocratique et immigration, alors que la deuxième question est centrale et existe en elle-même pour les Identitaires.

Mais dix mois avant l'élection présidentielle, les troupes se resserent autour de Marine Le Pen et rien ne devrait filtrer avant les grandes échéances. «Il faut que tout le monde se retrouve derrière notre chef», prévient Louis Alliot, souvent envoyé en première ligne pour corriger les dérapages ou les outrances des deux camps, fidèles à Marion Le Pen ou à Florian Philippot, qui semble peser fortement sur les discours de Marine Le Pen. «Quand il y a le feu à la maison, on ne demande pas leur CV aux pompiers lorsqu'ils éteignent le feu», ajoute Alliot. La nomination probable de David Rachline, sénateur-maire de Fréjus (Var), comme directeur de campagne, laisse augurer un remake de 2012, avec une ligne très anti-européenne, où la sortie de l'euro et de l'UE est un préalable à tout le reste...

Depuis des mois, certains poussent Marine Le Pen à droitiser son discours en se focalisant plus sur l'identité, la sécurité, l'islam ou l'immigration

Cette ligne peut-elle coûter cher au FN, qui n'a pas remporté de région en décembre 2015 en partie à cause de ce positionnement, qui ne manque pas d'effrayer les petits ménages ou les retraités, clientèles électorales frontistes qui craignent d'avoir plus à perdre qu'à gagner d'une sortie de l'UE? Depuis des mois, certains poussent Marine Le Pen à droitiser son discours en se focalisant plus sur l'identité, la sécurité, l'islam ou l'immigration, thèmes porteurs à droite et qui risquent d'être centraux lors de la prochaine présidentielle, dans un contexte fortement marqué par la crise des migrants et le terrorisme.

«Au moment même où la droite était à terre, nous n'avons fait que du chevènementisme», regrettait en juin 2015 Julien Rochedy, ex-directeur du FNJ, qui a désormais quitté le Front national. «On n'a parlé qu'à la gauche, on n'a envoyé aucun signal à cet électorat, dans les domaines économiques, sociétaux. Une bonne partie de ce peuple de droite était susceptible de rejoindre Marine (...), une candidate brillante, charismatique et efficace. Avec un discours mieux senti, elle aurait pu attirer cet électorat».

«Avant 2017, il n'y aura pas de changement de ligne», croit savoir un proche de Marion Le Pen. «Chacun va tenter de tirer la couverture à soi. Aujourd'hui, le camp gaullo-chevènementiste se croit protégé par la toute-puissance de Philippot.» Une toute-puissance qui pourrait un jour prendre fin, à condition que Marine Le Pen le décide. Ou que Marion Maréchal-Le Pen, qui espère que des signaux positifs viendront de l'étranger dans les prochains mois (élections en Autriche, par exemple), soit confortée dans sa stratégie de fusionner toutes les droites comme elle le fait dans le sud depuis 2012.

Jérémy Collado
Jérémy Collado (133 articles)
Journaliste
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